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**L’Algérie à l’épreuve de ses contradictions : entre souveraineté et dépendance**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension fondamentale, aussi vieille que son indépendance : comment concilier l’impératif de souveraineté – économique, énergétique, culturelle – avec les réalités d’un monde globalisé où les dépendances sont des chaînes dorées ? Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte où se superposent ambitions géopolitiques, urgences sociales et inerties systémiques. Le pays oscille entre deux mouvements : une volonté affichée de maîtrise de son destin (énergie solaire, sécurité alimentaire, patrimoine) et une soumission persistante aux logiques extérieures (importations, accords industriels, dépendance hydrique). Cette revue de presse ne se contente pas de compiler des faits ; elle révèle les lignes de fracture d’un modèle en quête de sens.
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**L’énergie solaire : le Sud algérien, nouvelle frontière de l’impérialisme vert ?**
Le Sahara algérien est devenu l’objet d’une convoitise renouvelée. Les annonces d’investissements saoudiens (Abunayyan) et les innovations technologiques comme le vitrage solaire de ClearVue (50 W/m²) ne sont pas de simples avancées industrielles : elles signalent un basculement géoéconomique. L’Europe, asphyxiée par sa crise énergétique, voit dans le Sud algérien une solution clé en main. Mais à quel prix ?
La question n’est pas technique, mais politique. L’Algérie exporte déjà du gaz vers l’Europe via des contrats juteux, mais le solaire introduit une nouvelle donne : une énergie délocalisable, dont la production peut être captée par des acteurs étrangers sans nécessairement bénéficier aux populations locales. Le risque ? Une colonisation énergétique où les infrastructures solaires, financées par des fonds saoudiens ou européens, serviraient prioritairement les besoins des investisseurs, laissant aux Algériens les miettes d’une transition qu’ils ne maîtrisent pas.
Pourtant, cette dynamique pourrait aussi être un levier. Si l’État algérien parvient à imposer des clauses de transfert technologique et de formation locale, le solaire pourrait devenir un outil de souveraineté industrielle. Mais cela suppose une rupture avec la logique rentière actuelle, où les ressources sont exploitées sans vision long terme. La holding Sonelgaz, qui pilote ces projets, a-t-elle les moyens de résister aux pressions des lobbies étrangers ? Rien n’est moins sûr.
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**Sécurité alimentaire et importations : le grand ménage… ou le grand bluff ?**
Le ministère du Commerce annonce un « ménage » dans les circuits d’importation, tandis que le CACQE (Centre algérien de contrôle de la qualité et de l’emballage) est restructuré. Officiellement, il s’agit de lutter contre les fraudes et les produits périmés. Officieusement, c’est une réponse à la crise de confiance des consommateurs, échaudés par les scandales à répétition (viande avariée, lait contaminé).
Mais cette reprise en main cache une réalité plus crue : l’Algérie reste prisonnière d’un modèle d’importation massive, malgré ses terres fertiles et son potentiel agricole. Le récent accord permettant aux « importateurs économiques » d’importer via une plateforme numérique est un aveu d’échec. Au lieu de relancer la production locale, l’État préfère fluidifier les flux d’importation, perpétuant une dépendance coûteuse (7 à 10 milliards de dollars par an en produits alimentaires).
La contradiction est flagrante : d’un côté, on restructure les contrôles pour rassurer les citoyens ; de l’autre, on facilite l’importation, sapant les efforts des agriculteurs locaux. Le Tchad, qui incinère des produits périmés à Sarh, montre ce qu’il en coûte de négliger la chaîne du froid et la logistique. L’Algérie, elle, préfère brûler ses stocks… ou les importer à nouveau.
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**Eau et relations Algérie-Maroc : la guerre des barrages n’aura pas lieu (mais la guerre des récits, si)**
Le fact-checking sur les barrages marocains, qui démentirait une menace sur la sécurité hydrique algérienne, est un cas d’école de guerre informationnelle. En réalité, la question n’est pas tant quantitative (les barrages marocains ne « volent » pas l’eau algérienne) que géopolitique : Rabat utilise l’eau comme outil de soft power, en développant des projets transfrontaliers (comme le barrage de la Moulouya) qui renforcent son influence régionale.
L’Algérie, elle, souffre d’une crise hydrique structurelle, aggravée par la mauvaise gestion et le changement climatique. Les pénuries à répétition (comme à Grabo en Côte d’Ivoire, cité en exemple) rappellent que le problème n’est pas l’ennemi extérieur, mais l’incurie intérieure. Pourtant, le discours officiel préfère désigner des boucs émissaires (le Maroc, la sécheresse) plutôt que d’assumer les échecs des politiques publiques.
La « démocratie de l’eau », promise mais jamais réalisée, révèle une autre contradiction : comment un pays qui se targue de son modèle social peut-il laisser des millions de citoyens sans accès régulier à l’eau potable ? La réponse est dans les chiffres : seulement 60 % des Algériens ont un accès continu à l’eau, et les pertes dans les réseaux dépassent 30 %. La solution ne viendra pas des barrages marocains, mais d’une refonte totale du secteur, aujourd’hui gangrené par la corruption et le clientélisme.
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**Politique étrangère : entre realpolitik et nostalgie postcoloniale**
La visite de Saïd Sayoud à Paris et les discussions franco-coréennes sur la défense illustrent une diplomatie algérienne tiraillée entre deux impératifs : diversifier ses partenariats (Corée du Sud, Arabie saoudite) et maintenir un dialogue avec l’ancienne puissance coloniale. La France reste un partenaire incontournable, ne serait-ce que pour des raisons historiques et migratoires.
Mais cette realpolitik a ses limites. L’Algérie joue sur plusieurs tableaux (Russie pour les armes, Chine pour les infrastructures, UE pour les énergies vertes), mais sans vision cohérente. La coopération franco-algérienne en matière de défense, par exemple, est un serpent de mer : chaque avancée est suivie d’une crise (visas, mémoire coloniale). Quant à la Corée du Sud, son intérêt pour l’Algérie est purement mercantile : elle voit dans le pays un marché pour ses technologies militaires, sans engagement sur le long terme.
Le vrai défi pour Alger est de sortir de cette logique de dépendance. La Chine, avec son accord « zéro douane » au Maroc, montre comment Pékin instrumentalise les rivalités régionales. L’Algérie, elle, reste cantonnée à un rôle de fournisseur de matières premières (gaz, métaux stratégiques), sans capacité à négocier en position de force.
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**Sport et jeunesse : l’Algérie se rêve en puissance culturelle… mais rate le coche numérique**
Le sport algérien est en ébullition : Kaylia Nemour, gymnaste franco-algérienne, offre une médaille d’or à l’Algérie, tandis que le judo connaît un essor sans précédent (hausse des clubs affiliés à Oran). Ces succès sont célébrés comme des victoires nationales, et ils le sont : ils redonnent une fierté collective dans un pays en quête de repères.
Pourtant, derrière ces exploits se cache un paradoxe. L’Algérie mise sur le sport pour exporter une image positive, mais néglige les infrastructures de base. Les stades sont vétustes, les fédérations minées par le clientélisme, et les talents s’exilent (comme Nemour, formée en France). Le sport est un miroir des dysfonctionnements du pays : un potentiel énorme, mais une gestion calamiteuse.
La jeunesse, elle, est au cœur d’un autre enjeu : le numérique. Les candidats aux élections locales utilisent les réseaux sociaux pour séduire les jeunes, mais l’État reste en retard sur les enjeux de l’IA et de l’éducation numérique. La Zambie, avec son projet ZeroAI, montre comment un pays africain peut démocratiser l’apprentissage de l’intelligence artificielle. L’Algérie, elle, se contente de recevoir le directeur d’une école de mathématiques, sans plan concret pour former ses ingénieurs.
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**Patrimoine et artisanat : sauver les savoirs locaux avant qu’il ne soit trop tard**
L’artisanat du tissage de filets à Khenchela est en voie de disparition, comme tant d’autres savoir-faire traditionnels. Le patrimoine algérien, riche et divers, est menacé par l’exode rural, le manque de transmission et l’indifférence des pouvoirs publics. Pourtant, ces métiers pourraient être une source de revenus et d’emplois, à condition d’être modernisés.
La Chambre de l’artisanat de Khenchela tente de sauver ce qui peut l’être, mais elle se heurte à un mur : l’absence de financement et de débouchés. Les savoirs locaux sur les plantes spontanées, eux aussi en déclin, pourraient pourtant être valorisés dans les secteurs pharmaceutique et cosmétique. Mais l’Algérie préfère importer des médicaments plutôt que de développer une filière locale.
Cette négligence du patrimoine est symptomatique d’un pays qui a tourné le dos à son histoire. L’Algérie se rêve en puissance moderne, mais elle oublie que sa force réside aussi dans ses racines. Le tourisme culturel, par exemple, pourrait être un levier économique majeur… si les sites étaient restaurés et promus.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie de 2024 est un pays de contrastes, où les ambitions (solaire, sport, patrimoine) se heurtent aux réalités (dépendance alimentaire, crise hydrique, fuite des cerveaux). Deux scénarios se dessinent pour les années à venir :
1. Le scénario de la résilience locale : L’Algérie mise sur ses ressources internes (énergie solaire, agriculture, artisanat) pour réduire ses dépendances. Elle investit dans l’éducation et la formation, notamment dans les secteurs high-tech, pour préparer l’après-pétrole. Les partenariats étrangers (Chine, Corée, UE) sont négociés en position de force, avec des clauses de transfert technologique. Ce scénario suppose une rupture avec la logique rentière et une refonte des institutions.
2. Le scénario de la soumission douce : L’Algérie reste un fournisseur de matières premières (gaz, métaux, énergie solaire) pour les puissances étrangères, sans capacité à industrialiser son économie. Les importations continuent de croître, la jeunesse s’exile, et le pays devient un terrain de jeu pour les investisseurs saoudiens, chinois ou européens. La souveraineté n’est qu’un slogan, et les inégalités se creusent.
Le choix entre ces deux scénarios dépendra de la capacité de l’Algérie à surmonter ses contradictions internes. Pour l’instant, le pays semble hésiter, tiraillé entre la tentation du repli et la nécessité de s’ouvrir. Une chose est sûre : si l’Algérie ne prend pas