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**L’Algérie, laboratoire des tensions contemporaines**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard dans cette juxtaposition de thèmes. Le solaire côtoie le métro, l’archéologie dialogue avec les exportations, et la justice se mesure à la gastronomie. Ces domaines ne sont pas des silos étanches, mais les facettes d’un même cristal : une Algérie en mouvement, où chaque avancée technique ou culturelle révèle une fracture, une hésitation, ou une ambition inassouvie. Pour en saisir la cohérence, il faut accepter de lire entre les lignes, là où l’État algérien parle à demi-mot, où les symboles comptent autant que les réalisations, et où le passé colonial et précolonial pèse encore sur les choix du présent.
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**L’ÉNERGIE, OU L’ART DE CONJUGUER SOUVERAINETÉ ET DÉPENDANCE**
Le paradoxe est saisissant. D’un côté, l’État algérien investit massivement dans les infrastructures solaires, comme pour exorciser le spectre d’un épuisement des réserves de gaz. De l’autre, il continue de signer des contrats d’exportation de GNL avec l’Europe, perpétuant une rente qui, depuis les années 1960, a façonné une économie de la dépendance. La formation de techniciens en six mois, si elle répond à une urgence sociale, révèle aussi l’absence d’une filière universitaire et industrielle mature dans le domaine des énergies vertes. L’Algérie veut-elle devenir un leader du solaire en Afrique, ou simplement diversifier ses sources de revenus pour éviter l’effondrement ?
Cette ambiguïté se retrouve dans les infrastructures. Le métro d’Alger, dont les extensions sont officiellement lancées, symbolise une modernité urbaine longtemps fantasmée. Pourtant, les fermetures répétées des lignes (six semaines en 2028 pour la ligne A) rappellent que les grands travaux algériens sont souvent des vitrines plus que des solutions durables. Comme le solaire, le métro est un projet politique avant d’être un projet technique : il s’agit de montrer au monde, et surtout aux Algériens, que le pays avance. Mais avance-t-il vraiment, ou tourne-t-il en rond dans le cercle vicieux des chantiers inachevés et des promesses reportées ?
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**LE FOOTBALL, MIROIR DES TENSIONS IDENTITAIRES**
Moucer incarne une génération de binationaux dont l’allégeance est constamment questionnée. Son arrivée à la DTN, après des années de méfiance envers les joueurs formés en Europe, marque-t-elle une ouverture ou une capitulation face à l’échec des centres de formation locaux ? Le retour d’Abdelkader Ghezzal, ancien international, sous les couleurs des Verts (même pour un match amical) relève du même registre : l’Algérie a besoin de ses enfants expatriés pour briller, mais leur légitimité reste fragile. Comme si le pays, incapable de produire ses propres talents en quantité suffisante, devait sans cesse puiser dans le vivier diasporique pour sauver les apparences.
Cette dépendance footballistique reflète une dépendance plus large : celle d’une économie qui, malgré ses ressources, n’a pas réussi à créer un écosystème industriel et éducatif capable de retenir ses élites. Les joueurs algériens qui brillent en Europe sont les ambassadeurs d’un pays qui, paradoxalement, les a souvent regardés avec suspicion. La FAF, en les rappelant, reconnaît implicitement son échec à former une génération locale compétitive. Mais jusqu’à quand cette stratégie de rattrapage pourra-t-elle tenir ?
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**JUSTICE ET MÉDIAS : LA LIBERTÉ SOUS CONDITIONS**
Les médias algériens, qu’ils soient publics ou privés, évoluent dans un espace où l’autocensure est la règle. Les rares voix critiques sont soit marginalisées, soit récupérées par le système. La rencontre de Tebboune avec les responsables des médias nationaux n’était pas un dialogue, mais une démonstration de force : le pouvoir rappelle qu’il contrôle le récit, et que toute déviance sera sanctionnée. Cette posture n’est pas nouvelle – elle remonte aux années 1990, où la presse était un champ de bataille entre l’État et les islamistes. Mais elle prend une dimension particulière aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux, où les informations circulent malgré les barrières officielles.
L’archéologie, souvent perçue comme un domaine apolitique, est en réalité un autre terrain de contrôle symbolique. Les campagnes de volontariat pour le patrimoine mondial, présentées comme des initiatives citoyennes, sont aussi des outils de légitimation du pouvoir. En mettant en avant le patrimoine précolonial (comme les ruines romaines ou les sites berbères), l’État algérien cherche à ancrer son récit dans une continuité historique qui efface les fractures coloniales. Mais cette archéologie officielle est sélective : elle ignore les traces de la guerre d’indépendance, ou les vestiges de la période socialiste, jugés trop sensibles.
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**GASTRONOMIE ET IDENTITÉ : LE GOÛT DE LA SOUVERAINETÉ**
La controverse El Mordjene est symptomatique d’un problème plus large : l’Algérie peine à imposer ses standards sur la scène internationale. Ses normes sanitaires, ses appellations d’origine, et même ses recettes traditionnelles sont constamment contestées. Pourtant, la gastronomie est un marqueur identitaire puissant. Les boissons rafraîchissantes comme la melonnade ou les recettes d’apéro du 14 juillet (une date qui, ironiquement, rappelle l’ancienne puissance coloniale) sont des symboles de résistance culturelle. Elles disent quelque chose de l’Algérie : un pays qui refuse de se laisser dicter ses goûts, même si cela signifie rester en marge des marchés globaux.
Cette résistance culinaire rejoint la question immobilière. La rénovation urbaine, présentée comme une modernisation nécessaire, cache souvent des logiques de spéculation et d’exclusion. Les démolitions de quartiers populaires au nom de la patrimonialisation rappellent les politiques coloniales de ségrégation spatiale. L’Algérie, qui a tant lutté pour son indépendance territoriale, reproduit aujourd’hui, dans ses villes, les mêmes mécanismes de domination. Les fraudes au RSA ou à l’AAH, évoquées dans les actualités, ne sont que la partie émergée d’un système où l’accès au logement reste un privilège.
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**INFRASTRUCTURES ET DIPLOMATIE : L’ALGÉRIE ENTRE DEUX MONDES**
Les relations avec le Maroc, marquées par le conflit du Sahara occidental, en sont l’illustration la plus criante. L’Algérie, qui soutient le Front Polisario, voit dans le plan d’autonomie marocain une menace pour son influence régionale. Les déclarations du FMI sur la croissance du PIB algérien (317 milliards de dollars en 2026) sont à lire dans ce contexte : elles servent autant à rassurer les investisseurs qu’à envoyer un message au Maroc. « Regardez, nous aussi nous sommes une puissance économique, et nous n’avons pas besoin de votre plan d’autonomie pour prospérer. »
Pourtant, cette rivalité coûte cher. Les deux pays dépensent des fortunes en armement et en propagande, au détriment de leur développement interne. L’Algérie, qui pourrait être un pont entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, reste prisonnière d’une logique de confrontation. Les infrastructures qu’elle construit sont autant de moyens de contourner le Maroc (comme le gazoduc transsaharien) que de le défier. Mais cette stratégie a ses limites : à force de jouer la carte de la division, l’Algérie risque de s’isoler.
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