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**L’ARCHÉOLOGIE DU PRÉSENT : QUAND L’ALGÉRIE SE REGARDE DANS LE MIROIR DE SES ACTUALITÉS**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension féconde, celle d’une nation qui oscille entre la réappropriation de son passé et l’urgence de se projeter dans un avenir incertain. Les actualités de ces dernières semaines, loin d’être un simple agrégat de faits disparates, dessinent les contours d’un pays en pleine recomposition identitaire, économique et géopolitique. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence de l’histoire comme grille de lecture du présent – qu’il s’agisse de la redécouverte des archives d’Alger en 1830, des hommages cinématographiques aux héroïnes de la guerre de libération, ou des parallèles tracés entre l’Algérie, le Vietnam et la Palestine. Mais cette historicité assumée se heurte à des défis structurels : une transition énergétique en demi-teinte, une jeunesse en quête d’emplois, une souveraineté alimentaire menacée, et une course aux armements qui révèle les fractures régionales.
Derrière ces dynamiques, un fil rouge se dégage : l’Algérie cherche à maîtriser son récit, à la fois pour résister aux pressions extérieures (géopolitique des céréales, dépendance aux hydrocarbures) et pour construire une modernité endogène (recherche médicale, entrepreneuriat agricole, tourisme saharien). Pourtant, cette quête d’autonomie se heurte à des contradictions internes : comment concilier une défense nationale hyper-technologique avec un marché du travail encore largement administré ? Comment promouvoir un cinéma engagé tout en attirant les investissements étrangers ? Comment célébrer les femmes algériennes dans l’histoire tout en leur offrant des perspectives concrètes dans le présent ?
Ces tensions ne sont pas des faiblesses, mais les symptômes d’une société en mouvement, où les héritages coloniaux, les traumatismes post-indépendance et les espoirs de la jeunesse s’entrechoquent. L’Algérie d’aujourd’hui est un laboratoire où se jouent, en accéléré, les dilemmes de tous les pays du Sud : comment passer d’une économie de rente à une économie de la connaissance ? Comment transformer une mémoire collective en levier de développement ? Et surtout, comment éviter que cette transition ne se fasse au prix d’une nouvelle dépendance – cette fois-ci aux puissances émergentes (Chine, Russie) ou aux multinationales (TotalEnergies) ?
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**LA GUERRE DES RÉCITS : MÉMOIRE, CINÉMA ET SOUVERAINETÉ CULTURELLE**
L’Algérie a toujours été un pays où l’histoire n’est pas un simple objet d’étude, mais une arme politique. La récente découverte d’un relevé militaire de 1831 sur Alger pré-coloniale en est la parfaite illustration : ce document, en révélant la topographie exacte de la ville avant la conquête française, offre une contre-narration à la mythologie coloniale qui a longtemps présenté l’Algérie comme un territoire « sans État » avant 1830. Cette archéologie du présent rejoint le cinéma algérien, qui, à travers des films comme Hadda (hommage aux infirmières de la guerre de libération) ou L’affaire Bojarski (avec Reda Kateb), réactive une mémoire combattante tout en la modernisant. Le cinéma devient ainsi un outil de réappropriation symbolique, mais aussi un enjeu économique : comment financer ces productions sans tomber dans le piège du soft power étranger ?
Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’Algérie tente de se positionner comme un acteur culturel majeur en Afrique et dans le monde arabe. Le succès d’Hadda à Alger, ou la projection de films algériens en Europe, montre que la demande existe. Pourtant, le secteur reste fragile, dépendant à la fois des subventions étatiques et des coproductions internationales. La contradiction est flagrante : d’un côté, l’État algérien encourage un cinéma engagé, de l’autre, il peine à créer un écosystème viable pour les jeunes réalisateurs. Résultat, beaucoup partent tourner à l’étranger (comme Reda Kateb, star internationale mais rarement présente en Algérie), tandis que le marché local reste dominé par des productions commerciales souvent critiquées pour leur manque de profondeur.
Cette tension entre mémoire et modernité se retrouve aussi dans la manière dont l’Algérie aborde son histoire récente. Les comparaisons entre la guerre d’indépendance, la lutte vietnamienne et la résistance palestinienne ne sont pas anodines : elles servent à rappeler que l’Algérie, malgré ses divisions internes, reste un symbole de la lutte anti-impérialiste. Mais cette rhétorique, si elle est utile sur le plan diplomatique, peut aussi masquer les défis internes. Par exemple, la Journée internationale des droits des femmes est l’occasion de célébrer les avancées algériennes (éducation, participation politique), mais elle occulte souvent les inégalités persistantes dans l’accès à l’emploi ou la représentation médiatique.
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**TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : L’ALGÉRIE ENTRE LE PIÈGE DES FOSSILES ET L’ILLUSION VERTE**
La COP28 a été un révélateur des contradictions algériennes en matière de transition énergétique. D’un côté, l’Algérie a signé l’accord de Dubaï sur la « transition hors des énergies fossiles », un engagement qui, sur le papier, marque une rupture avec son modèle économique historique. De l’autre, elle reste l’un des principaux fournisseurs de gaz à l’Europe, et son géant national, Sonatrach, continue de signer des contrats avec des multinationales comme TotalEnergies – une entreprise dont l’ »année climaticide » (selon les termes de certains observateurs) montre que la transition verte est souvent un leurre.
Cette schizophrénie n’est pas propre à l’Algérie : elle reflète le dilemme de tous les pays producteurs d’hydrocarbures. Mais l’Algérie a une particularité : elle dispose à la fois d’immenses réserves de gaz et d’un potentiel énorme en énergies renouvelables (solaire, éolien, hydrogène vert). Le problème ? La transition coûte cher, et l’État algérien, malgré ses réserves de change, hésite à investir massivement dans les infrastructures vertes. Résultat, le pays reste prisonnier d’un modèle extractiviste, tout en subissant les conséquences du changement climatique (sécheresses, désertification).
La question céréalière illustre cette vulnérabilité. L’Algérie, qui importe près de 70% de son blé, est directement exposée aux fluctuations des marchés internationaux. La baisse récente des prix des céréales pourrait sembler une bonne nouvelle, mais elle cache une réalité plus sombre : la mer Noire, où la Russie domine les exportations, est devenue un enjeu géopolitique majeur. En cas de crise (blocus, guerre, sanctions), l’Algérie serait en première ligne. D’où l’urgence de développer une souveraineté alimentaire, un objectif affiché par les autorités, mais qui se heurte à des obstacles structurels : manque d’investissements dans l’agriculture locale, dépendance aux semences étrangères, et concurrence des pays du Mercosur (Brésil, Argentine) sur les marchés internationaux.
C’est ici que l’entrepreneuriat agricole entre en jeu. Les salons comme AgriTech Expo ou le Salon international de l’investissement agricole montrent une volonté de moderniser le secteur, notamment via les technologies de gestion de l’eau. Mais ces initiatives restent marginales face à l’ampleur des défis. Pire, elles révèlent une autre contradiction : l’Algérie mise sur l’innovation pour résoudre ses problèmes, mais son marché du travail, encore très administré, peine à absorber les jeunes diplômés. Les concours de recrutement dans l’éducation ou la jeunesse (400 postes pour les bacheliers) sont des gouttes d’eau dans un océan de chômage des jeunes, estimé à plus de 30%.
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**DÉFENSE NATIONALE ET SOUVERAINETÉ : QUAND L’ALGÉRIE JOUE LES GRANDS FRÈRES EN AFRIQUE**
La récente annonce du déploiement d’un système de guerre électronique à la frontière marocaine est un coup de semonce. Officiellement, il s’agit d’une mesure défensive, mais dans le contexte de tensions croissantes entre Alger et Rabat (sur le Sahara occidental, la question du gaz, ou les alliances régionales), ce geste prend une dimension stratégique. L’Algérie, qui a toujours prôné une politique de non-alignement, se retrouve aujourd’hui dans une course aux armements avec son voisin, avec des implications bien au-delà du Maghreb.
Cette militarisation croissante pose plusieurs questions. D’abord, celle du coût : les radars GF 300 de Thales ou les systèmes SAMP/T représentent des investissements colossaux, alors que le pays a besoin de financer sa transition énergétique et ses infrastructures sociales. Ensuite, celle de l’équilibre régional : en se dotant de capacités de guerre électronique, l’Algérie envoie un message clair à ses voisins (Maroc, mais aussi Libye, Tunisie), mais elle risque aussi de s’enfermer dans une logique de confrontation. Enfin, celle de la transparence : ces achats d’armes, souvent conclus avec la Russie ou la Chine, échappent en partie au contrôle démocratique.
Pourtant, cette stratégie n’est pas seulement défensive. Elle s’inscrit dans une volonté plus large de projection de puissance en Afrique. L’Algérie, qui a longtemps été perçue comme un acteur secondaire sur le continent, cherche aujourd’hui à jouer un rôle de leader, notamment dans les domaines de la sécurité (lutte contre le terrorisme) et de l’énergie (exportation de gaz vers l’Afrique subsaharienne). Le tourisme saharien, en nette progression, est un autre volet de cette stratégie : en attirant des visiteurs étrangers (notamment européens), l’Algérie veut montrer qu’elle est une destination sûre et stable, contrairement à certains de ses voisins.
Mais cette ambition se heurte à des limites. D’abord, celle de la connectivité : Air Algérie, malgré ses efforts, reste en retard par rapport à Royal Air Maroc, qui domine le ciel africain. Ensuite, celle de l’image : l’Algérie souffre encore d’un déficit de communication à l’international, où elle est souvent réduite à son passé colonial ou à ses crises politiques. Enfin, celle de la cohérence : comment promouvoir le tourisme tout en maintenant un contrôle strict sur les visas et les déplacements des étrangers ?
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**JEUNESSE, EMPLOI ET RECHERCHE : LES TROIS FAIBLESSES STRUCTURELLES**
Si l’Algérie veut réussir sa transition, elle doit impérativement résoudre l’équation de sa jeunesse. Avec plus de 50% de la population âgée de moins de 30 ans, le pays dispose d’un dividende démographique potentiel, mais il peine à le transformer en