Revue de presse : Politique étrangère Algérie, Innovation Algérie, Tramway Algérie…

**L’ALGÉRIE COMME MIROIR BRISÉ : QUAND L’ACTUALITÉ RÉVÈLE LES LIGNES DE FAILLE D’UN MODÈLE EN SUSPENS**

L’Algérie de 2025 se présente comme un kaléidoscope d’initiatives contradictoires, où chaque domaine d’actualité agit comme un révélateur des tensions structurelles d’un pays pris entre deux feux : celui d’une modernisation autoritaire, et celui d’une jeunesse en quête de sens, d’emploi et de libertés. Ces dix fils d’actualité, en apparence disparates, tissent en réalité la trame d’un même récit – celui d’un État qui tente de maîtriser les flux (énergétiques, numériques, humains) tout en laissant s’échapper les forces vives du pays. Derrière les annonces triomphales sur la transition énergétique ou les importations massives de panneaux solaires chinois, se dessine une économie politique de la dépendance, où l’innovation sert moins à libérer qu’à contrôler. Derrière les discours sur l’emploi des jeunes, perce l’échec d’un modèle rentier incapable de générer autre chose que des allocations-chômage. Et derrière les silences sur la justice ou les médias, se devine l’ombre d’un système qui craint moins la contestation que l’irruption d’une société civile autonome.

Ce qui frappe, c’est l’absence de cohérence organique entre ces domaines. L’Algérie ne manque pas de projets – elle en regorge. Mais ces projets semblent souvent conçus en vase clos, comme si chaque secteur fonctionnait selon sa propre logique, sans articulation avec les autres. La transition énergétique, par exemple, est célébrée comme une révolution verte, alors que les importations de panneaux solaires chinois révèlent une dépendance accrue aux chaînes de valeur étrangères. De même, les annonces sur l’emploi des jeunes coexistent avec une jeunesse de plus en plus désocialisée, droguée, ou tentée par le suicide – symptômes d’un mal plus profond que les allocations-chômage ne sauraient guérir. L’Algérie, en somme, est un pays où l’on construit des tramways (symboles de modernité urbaine) sans se demander qui les empruntera, où l’on parle de numérique sans aborder la fracture digitale, et où l’on importe des technologies vertes sans former les ingénieurs capables de les maîtriser.

Cette revue de presse ne se contentera pas d’aligner les faits. Elle cherchera les fils rouges qui relient ces actualités en apparence disjointes, pour révéler les dynamiques systémiques à l’œuvre : la persistance d’un État rentier qui tente de se réinventer sans remettre en cause ses fondements, la montée des contradictions entre une jeunesse connectée et un pouvoir qui craint la libre circulation des idées, et l’émergence d’une société civile qui, malgré la répression, trouve des moyens détournés de s’exprimer (graffiti, rap, cyberactivisme). Enfin, elle posera la question cruciale : l’Algérie est-elle condamnée à reproduire les erreurs du passé, ou peut-elle encore inventer un modèle de développement qui ne soit ni la fuite en avant néolibérale, ni le repli autoritaire ?

**LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : UNE RÉVOLUTION VERTE… OU UN NOUVEAU PIÈGE RENTIER ?**

L’Algérie accélère sa transition énergétique. Les chiffres sont impressionnants : 850 MW de panneaux solaires chinois importés au premier semestre 2025, des projets pharaoniques d’énergies renouvelables, et des discours officiels qui célèbrent l’avènement d’une « Algérie verte ». Pourtant, derrière ces annonces, deux réalités contradictoires émergent.

D’abord, la dépendance technologique. L’Algérie importe massivement des panneaux solaires chinois, ce qui pose une question fondamentale : la transition énergétique algérienne est-elle une véritable révolution industrielle, ou simplement un nouveau marché pour les multinationales étrangères ? Le pays dispose pourtant d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, et d’une main-d’œuvre qualifiée dans les énergies renouvelables. Mais au lieu de développer une filière locale, l’État préfère importer des technologies clés en main, reproduisant ainsi le schéma rentier qui a caractérisé son rapport aux hydrocarbures. Comme le disait Frédéric Lordon, « le capitalisme n’est pas un système économique, c’est un rapport de domination ». Ici, la domination s’exerce par la technologie : l’Algérie reste un pays consommateur, pas producteur, de sa propre transition.

Ensuite, l’absence de lien avec les autres secteurs. À quoi bon produire de l’énergie verte si elle ne sert qu’à alimenter des industries polluantes ou des projets urbains déconnectés des besoins réels ? Les tramways, par exemple, sont présentés comme des symboles de modernité, mais leur déploiement reste limité à quelques villes, sans véritable plan d’intégration avec les autres modes de transport. Pire : ces infrastructures, souvent construites par des entreprises étrangères, servent davantage à afficher une image de progrès qu’à résoudre les problèmes de mobilité des Algériens. Comme le tramway d’Alger, inauguré en 2011 mais toujours en sous-capacité, ces projets risquent de devenir des éléphants blancs – des vitrines coûteuses d’une modernité qui ne profite qu’à une minorité.

Enfin, le paradoxe écologique. L’Algérie mise sur les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, mais elle continue d’exporter du gaz et du pétrole à tour de bras. En 2025, les recettes pétrolières représentent encore plus de 90 % des exportations du pays. La transition énergétique, dans ces conditions, ressemble davantage à une stratégie de diversification qu’à une véritable rupture. Comme le soulignait Aurélien Barrau, « on ne peut pas résoudre un problème avec les outils qui l’ont créé ». Or, c’est précisément ce que fait l’Algérie : elle tente de verdir son économie sans remettre en cause son modèle extractiviste.

Question clé : La transition énergétique algérienne est-elle un leurre, ou peut-elle devenir le levier d’une véritable souveraineté industrielle ?

**LA JEUNESSE ALGÉRIENNE : ENTRE DÉSESPÉRANCE ET RÉSISTANCE INVISIBLE**

Si un fil rouge traverse toutes ces actualités, c’est bien celui de la jeunesse algérienne – une génération prise en étau entre un État qui lui propose des allocations-chômage plutôt que des emplois stables, et une société qui lui offre la drogue et le suicide comme exutoires.

Les chiffres sont alarmants : les jeunes sont désormais plus touchés par les idées suicidaires que la population générale, et l’usage de la drogue en milieu scolaire est qualifié de « fléau national grandissant ». Ces deux phénomènes ne sont pas des épiphénomènes, mais les symptômes d’un mal plus profond : l’absence de perspectives. L’Algérie compte près de 12 millions de jeunes de moins de 30 ans, soit plus de la moitié de la population. Pourtant, le marché du travail reste verrouillé par le clientélisme, le secteur informel et la fuite des cerveaux. Les 140 000 dossiers d’allocation chômage traités par l’ANEM en 2025 ne sont qu’un pansement sur une hémorragie : celle d’une jeunesse qui se sent abandonnée par un système incapable de lui offrir autre chose que des emplois précaires ou des stages non rémunérés.

Pourtant, cette jeunesse n’est pas passive. Elle résiste, mais par des canaux détournés :
Le rap et le street art : Les graffiti à Oran ou le festival Jidar à Rabat (qui inspire des artistes algériens) montrent une jeunesse qui s’empare de l’espace public pour exprimer sa colère et ses espoirs. Le rap, en particulier, est devenu un contre-pouvoir culturel, avec des artistes comme Soolking ou Lacrim qui donnent une voix à ceux que le système ignore.
Le numérique : La visite du ministre Sayoud en Italie pour des partenariats technologiques ou la conférence CyberSud sur la cybercriminalité révèlent une jeunesse hyperconnectée, mais aussi exposée aux risques de la surveillance étatique. L’Algérie compte plus de 30 millions d’internautes, et les réseaux sociaux sont devenus un terrain de contestation (comme lors du Hirak) et de créativité. Pourtant, l’État tente de contrôler ce flux, comme en témoignent les arrestations de blogueurs ou les coupures d’internet lors des manifestations.
L’exil : Face à l’absence de débouchés, des milliers de jeunes Algériens continuent de quitter le pays, légalement ou clandestinement. En 2025, l’Algérie est le deuxième pays d’Afrique en nombre de demandes d’asile en Europe, après le Maroc.

Contradiction majeure : L’État algérien dépense des milliards pour former des ingénieurs, des médecins et des informaticiens, mais il ne parvient pas à les retenir. Pire : il les pousse à l’exil ou à la désillusion. Comme le disait Jacques Vergès, « la répression est le dernier refuge des régimes qui ont perdu la bataille des idées ». En Algérie, la répression des libertés (médias, justice, numérique) est le symptôme d’un pouvoir qui craint moins les émeutes que l’émergence d’une jeunesse autonome.

**MÉDIAS ET JUSTICE : LES DEUX GRANDS SILENCES DE L’ALGÉRIE 2025**

Deux domaines brillent par leur absence dans le débat public algérien : les médias et la justice. Pourtant, ce sont précisément ces secteurs qui révèlent le plus clairement les contradictions du système.

**Les médias : entre censure et subversion**

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