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**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan endormi**
L’Algérie contemporaine est un pays où les temporalités s’entrechoquent avec une violence feutrée. D’un côté, une modernité agressive, portée par des dynamiques économiques et sécuritaires qui s’étendent bien au-delà de ses frontières ; de l’autre, une société arc-boutée sur des traditions réinventées, des luttes mémorielles et des contradictions systémiques qui, loin de se résorber, semblent s’aiguiser. Les actualités de ces derniers mois dessinent une cartographie où se croisent l’urgence humanitaire, la realpolitik africaine, les soubresauts d’une économie en quête de souffle et les résistances culturelles d’un peuple qui refuse de se laisser définir par les seuls rapports de force.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de linéarité. L’Algérie n’est ni en transition ni en stagnation : elle est en superposition. Comme ces strates géologiques qui, sous la pression, finissent par se fracturer, le pays semble osciller entre plusieurs états simultanés – post-colonial, rentier, autoritaire, résilient, créatif, paranoïaque. Et c’est dans ces interstices que se jouent les véritables enjeux.
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**LA LOI, LE CORPS ET LA PEUR : L’ALGÉRIE FACE À SES DÉMONS INTÉRIEURS**
**1. La prison, miroir grossissant des dysfonctionnements étatiques**
Mais là où la France est épinglée par l’ONU, l’Algérie, elle, reste dans l’angle mort des condamnations internationales. Pourquoi ? Parce que son appareil répressif est à la fois plus discret et plus efficace. La persécution des LGBTQ+, qualifiée par certains de « crime contre l’humanité », en est l’illustration parfaite : l’État algérien criminalise les corps dissidents tout en niant leur existence, préférant les enfermer dans un silence administratif plutôt que de les exposer à la vindicte populaire. Une stratégie de l’effacement qui rappelle les pires heures du colonialisme, où l’on faisait disparaître les indésirables sans laisser de traces.
**2. La corruption, ou l’économie politique de la prédation**
Ce qui est fascinant, c’est la manière dont cette corruption s’articule avec les dynamiques régionales. L’Algérie, qui se présente comme un acteur clé en Afrique subsaharienne (notamment via ses investissements militaires et énergétiques), exporte aussi son modèle de prédation. Les affaires de corruption au Mali ou au Niger, où des intermédiaires algériens jouent un rôle trouble, révèlent une stratégie de soft power fondée sur la cooptation des élites locales. En somme, l’Algérie n’est pas seulement un pays qui lutte contre la corruption : c’est un pays qui exporte sa corruption, comme elle exporte son gaz ou ses armes.
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**L’ÉCONOMIE, ENTRE RENTIERISME ET RÉSISTANCE CULTURELLE**
**1. Les céréales, ou l’illusion de la souveraineté alimentaire**
Pourquoi ? Parce que l’économie algérienne est prisonnière d’un paradoxe : elle a les moyens de se diversifier, mais elle reste accrochée à la rente pétrolière et gazière, qui représente encore 90% de ses exportations. Le débat sur l’inflation, relancé par Belkacem Boukhrouf (qui conteste les chiffres de l’ONS), est révélateur : l’État algérien ment sur les chiffres pour éviter les émeutes, comme il ment sur la corruption pour éviter les révoltes. Mais cette stratégie du mensonge organisé a ses limites. La jeunesse algérienne, de plus en plus connectée et informée, commence à percer le voile.
**2. Le "Made in Algeria", ou l’art de résister par la culture**
Le Festival international d’Oran du film arabe, avec son nouveau commissaire Abdelkader Djeriou, montre que la culture algérienne n’est pas morte : elle se réinvente, malgré la censure et les pressions politiques. Mais cette vitalité culturelle reste fragile. Elle dépend d’une jeunesse qui, faute de perspectives économiques, se tourne vers l’art comme exutoire. Le danger ? Que cette créativité soit récupérée par le pouvoir, qui en fait un outil de soft power – comme le Qatar avec Al Jazeera ou la France avec ses « saisons culturelles ».
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**FEMMES, SÉCURITÉ ET L’ARMÉE : LES TROIS PIEDS DE L’ÉTAT ALGÉRIEN**
**1. Le féminisme algérien, entre avancées et régression**
Pourtant, les femmes algériennes résistent. Dans les universités, les hôpitaux, les entreprises, elles sont en première ligne. Mais leur combat est rendu invisible par un État qui préfère mettre en avant des figures symboliques (comme la « moudjahida ») plutôt que de reconnaître leurs luttes actuelles. Le paradoxe est cruel : l’Algérie, qui se présente comme un pays progressiste en Afrique, est en réalité l’un des plus rétrogrades en matière de droits des femmes.
**2. L’armée, acteur invisible mais omniprésent**
La rivalité avec le Maroc, symbolisée par l’opposition F-16 vs Su-57, est un autre volet de cette stratégie. L’Algérie dépense des milliards dans son armée, non pas pour se défendre, mais pour projeter sa puissance. Une politique qui rappelle celle de la Turquie ou de l’Iran : utiliser l’outil militaire comme levier diplomatique. Mais cette course aux armements a un coût. En 2026, l’Algérie devra choisir : continuer à jouer les gendarmes de l’Afrique, ou investir dans son développement interne.
**3. Le sport, miroir des dysfonctionnements structurels**
Le cas de Brahim Khelladi, qui quitte l’Algérie pour entraîner en France, est emblématique. Comme les médecins, les ingénieurs ou les chercheurs, les sportifs algériens fuient un système qui ne leur offre aucune perspective. Pourtant, le sport pourrait être un outil de cohésion nationale. Au lieu de cela, il est réduit à une vitrine, comme lors des Jeux méditerranéens de 2022, où l’Algérie a brillé… sans que cela change quoi que ce soit sur le terrain.
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**YENNAYER, OU LA RÉINVENTION DES TRADITIONS**
La célébration de Yennayer, le Nouvel An berbère, est un phénomène fascinant. D’un côté, c’est une fête populaire, ancrée dans les traditions amazighes ; de l’autre, c’est un outil politique. En officialisant Yennayer, l’État algérien tente de récupérer une identité berbère qu’il a longtemps niée. Mais cette récupération est partielle : les autorités mettent en avant les aspects folkloriques (les plats traditionnels, les danses) tout en réprimant les revendications politiques (comme la reconnaissance du tamazight comme langue officielle).
Cette schizophrénie culturelle est typique de l’Algérie post-Hirak. Le pouvoir a compris qu’il ne pouvait plus ignorer les demandes identitaires, mais il refuse de leur donner une dimension politique. Résultat : les traditions deviennent des coquilles vides, des spectacles sans substance. Comme si l’Algérie voulait à la fois