La rupture est officielle. Alger et Paris ont mis fin à leur coopération sécuritaire, un pilier des relations bilatérales depuis des décennies. Selon Jeune Afrique, les échanges entre les services de renseignement et les forces de sécurité des deux pays ont été suspendus en janvier 2026, marquant un tournant dans une relation déjà tendue. Cette décision, confirmée par des sources diplomatiques algériennes, intervient après des mois de tensions accumulées, notamment autour des questions mémorielles, des visas et des positions divergentes sur le Sahara occidental.
Les premiers signes de cette dégradation remontent à 2021, lorsque l’Algérie avait rappelé son ambassadeur à Paris pour protester contre les déclarations d’Emmanuel Macron sur la « rente mémorielle ». Depuis, les relations n’ont cessé de se dégrader, malgré des tentatives de réchauffement, comme la visite du président Abdelmadjid Tebboune en France en 2022. Mais les contentieux persistants – notamment la question des archives coloniales et le soutien français au Maroc – ont fini par empoisonner la coopération.
La suspension des échanges sécuritaires touche plusieurs domaines clés. D’abord, la lutte contre le terrorisme, où l’Algérie et la France collaboraient étroitement depuis les années 2000, notamment dans le Sahel. Alger a toujours été un partenaire stratégique pour Paris dans la région, fournissant des renseignements et facilitant les opérations militaires. Ensuite, la coopération policière, qui permettait des échanges d’informations sur les réseaux criminels et les trafics transfrontaliers, est également gelée.
Cette rupture n’est pas sans conséquences pour les deux pays. Pour l’Algérie, la fin de cette collaboration pourrait compliquer la surveillance des groupes armés actifs dans le sud du pays, notamment ceux liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Pour la France, la perte d’un allié clé dans la région pourrait affaiblir sa capacité à anticiper les menaces terroristes, alors que le Sahel reste une zone d’instabilité majeure.
Les raisons de cette décision algérienne sont multiples. D’abord, le sentiment à Alger que Paris n’a pas suffisamment reconnu le rôle de l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme, ni compensé les dommages de la colonisation. Ensuite, les divergences sur le Sahara occidental, où la France a soutenu la position marocaine, ont été perçues comme une trahison par les autorités algériennes. Enfin, les déclarations récentes de responsables français, jugées « inamicales » par Alger, ont accéléré la rupture.
Cette suspension intervient dans un contexte régional tendu. Le Maroc et l’Algérie sont engagés dans une rivalité croissante, notamment autour du Sahara occidental, où Rabat a obtenu le soutien de plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Espagne. Alger, qui soutient le Front Polisario, a réagi en renforçant ses alliances avec d’autres acteurs, comme la Russie et la Turquie, tout en cherchant à diversifier ses partenariats sécuritaires.
Pourtant, malgré cette rupture, les deux pays restent liés par des intérêts économiques et migratoires. La France est le premier partenaire commercial de l’Algérie, avec des échanges dépassant les 10 milliards de dollars par an. De plus, près de 2 millions d’Algériens vivent en France, ce qui rend une rupture totale improbable. Mais la fin de la coopération sécuritaire marque un tournant symbolique, illustrant la défiance croissante entre Alger et Paris.
Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si cette suspension est temporaire ou si elle annonce une nouvelle ère dans les relations algéro-françaises. Pour l’Algérie, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de ses alliances, comme en témoignent les récentes visites de Tebboune en Russie et en Chine. Pour la France, la perte d’un partenaire clé dans la région pourrait contraindre Paris à revoir sa stratégie au Sahel, où la présence militaire française est déjà en déclin.
Cette crise sécuritaire rappelle que les relations entre l’Algérie et la France restent fragiles, malgré les liens historiques et humains. Si les deux pays veulent éviter une escalade, ils devront trouver un terrain d’entente sur les questions mémorielles et géopolitiques. Mais pour l’instant, la méfiance semble l’emporter.