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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : entre urgence et inertie**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux temporalités : celle, fulgurante, des annonces et des projets, et celle, lente et entêtée, des structures économiques et sociales héritées d’un demi-siècle de rente pétrolière. Les actualités des dix derniers jours dessinent le portrait d’un pays en quête d’un nouveau récit, où chaque domaine – des PME aux traditions culinaires – devient un champ de bataille entre modernisation autoritaire et résistances systémiques.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard dans cette mosaïque. Derrière les chiffres mirobolants (26 120 milliards de dinars injectés en trois ans) et les promesses technocratiques (118 km d’autoroutes livrés en 2025), se cache une logique implacable : l’Algérie tente de substituer à sa dépendance aux hydrocarbures une souveraineté multidimensionnelle – alimentaire, industrielle, sécuritaire. Mais cette transition, menée tambour battant, révèle autant de forces que de faiblesses, autant de volontarisme que de fragilités structurelles.
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**La souveraineté comme obsession : l’agriculture et l’eau, nouveaux champs de bataille géoéconomiques**
L’agriculture algérienne est en train de devenir le laboratoire d’une nouvelle doctrine nationale : celle d’une souveraineté par l’innovation. Le concours Africa Sipsa-Innov, qui récompense sept projets agricoles, et les avantages fiscaux accordés aux technologies modernes (jusqu’à 50%) ne sont pas de simples mesures techniques. Ils s’inscrivent dans une stratégie plus large, où l’État algérien, après des décennies de négligence relative du secteur, mise sur une révolution verte contrôlée.
Pourtant, cette ambition se heurte à deux écueils majeurs. D’abord, la dépendance hydrique : alors que l’Algérie célèbre ses avancées en irrigation (SIPSA-FILAHA 2025), elle reste prisonnière d’un paradoxe climatique. Les nappes phréatiques s’épuisent, les barrages sont sous-dimensionnés, et les projets de dessalement (comme celui de la centrale de Cap Djinet) peinent à suivre la demande. Les actualités sur les polluants éternels en Europe – ces PFAS qui contaminent les sols et les eaux – résonnent comme un avertissement : l’Algérie, avec son usage intensif de pesticides (dénoncé par des collectivités locales en France), pourrait bien être le prochain front de cette crise sanitaire.
Ensuite, la question foncière. Les avantages accordés aux projets agricoles high-tech favorisent les grands groupes et les investisseurs étrangers (comme en témoigne la coopération avec la Corée du Sud), au détriment des petits paysans. Or, ces derniers, souvent cantonnés à des terres marginales, sont les premiers touchés par le changement climatique. L’Algérie risque ainsi de reproduire, dans l’agriculture, le même schéma que dans les hydrocarbures : une modernisation par le haut, qui creuse les inégalités territoriales et sociales.
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**Infrastructures et PME : le mirage de la diversification économique**
Les annonces en matière d’infrastructures – 700 km de signalisation sur l’autoroute Est-Ouest, livraison de 118 km de routes en 2025 – sont spectaculaires. Elles s’inscrivent dans une logique de connectivité régionale, où l’Algérie se positionne comme un hub maghrébin et africain. Le One Business Forum et les partenariats Sud-Sud (avec le Cameroun, notamment) en sont les corollaires : l’Algérie veut attirer les investissements tout en exportant son modèle de développement.
Mais cette stratégie se heurte à un obstacle de taille : l’économie réelle. Les PME, censées être le moteur de la diversification, restent asphyxiées par un système bancaire réticent à prendre des risques. L’accord de 34 millions de dollars entre NSIA Banque CI et la BII est une bouffée d’oxygène, mais il reste marginal face aux besoins colossaux du tissu entrepreneurial algérien. Pire, les PME sont souvent cantonnées à des secteurs à faible valeur ajoutée (BTP, commerce), tandis que les grands contrats (énergie, infrastructures) échappent aux acteurs locaux.
Cette dichotomie révèle une fracture industrielle : d’un côté, un État qui investit massivement dans des mégaprojets (autoroutes, barrages, zones logistiques comme celle de Zenata au Maroc), de l’autre, une économie informelle qui représente encore 30 à 40% du PIB et qui, faute de financement et de cadre juridique stable, peine à se formaliser. L’Algérie est ainsi prise dans un cercle vicieux : pour attirer les investisseurs étrangers, elle a besoin d’infrastructures modernes ; mais pour financer ces infrastructures, elle dépend… des recettes pétrolières.
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**Hydrocarbures : la malédiction des ressources, version 2.0**
L’actualité des hydrocarbures est étrangement discrète : pas de grand contrat gazier, pas de révolution technologique, juste des annonces locales (comme la nomination d’un wali à Ouargla) et des projets logistiques lointains (au Vietnam). Pourtant, c’est là que se joue l’avenir immédiat de l’Algérie.
Le pays reste prisonnier d’un modèle extractiviste, où les recettes pétrolières et gazières (qui représentent encore 90% des exportations) financent à la fois les grands travaux et les subventions sociales. Mais cette rente est menacée à moyen terme : la demande européenne en gaz algérien pourrait diminuer avec la transition énergétique, tandis que la concurrence des énergies renouvelables (solaire, éolien) se fait plus pressante.
L’Algérie a bien lancé des plans ambitieux pour les énergies vertes (objectif : 15 000 MW de solaire d’ici 2035), mais leur mise en œuvre est lente. Le vrai défi n’est pas technique, mais politique : comment convaincre les élites économiques, habituées aux rentes faciles, de se reconvertir dans des secteurs plus risqués ? Comment éviter que la transition énergétique ne devienne un nouveau champ de prédation, comme ce fut le cas pour les hydrocarbures ?
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**Sécurité et diplomatie : l’Algérie entre deux feux**
Les relations franco-algériennes, marquées par la visite de Gérald Darmanin à Alger, illustrent une autre contradiction algérienne : celle d’un pays qui revendique sa souveraineté tout en dépendant de ses anciens colonisateurs pour sa sécurité.
D’un côté, l’Algérie affiche une fermeté sans faille sur les questions migratoires et terroristes, refusant toute ingérence extérieure. De l’autre, elle collabore étroitement avec la France sur ces mêmes sujets, comme en témoignent les discussions sur l’immigration et la lutte antiterroriste. Cette ambiguïté n’est pas nouvelle : depuis l’indépendance, l’Algérie a toujours oscillé entre rejet de l’Occident et coopération pragmatique.
Mais aujourd’hui, le contexte a changé. La montée des tensions au Sahel (avec le retrait français du Mali et du Burkina Faso) et la crise au Sahara Occidental (où Washington semble réviser sa position) obligent l’Algérie à repenser sa diplomatie. Le pays se retrouve dans une position délicate : soutenir les mouvements indépendantistes sahraouis (comme le Polisario) tout en évitant une confrontation directe avec le Maroc, son rival régional.
Cette équation géopolitique a des répercussions internes. Les dépenses militaires (en hausse constante) pèsent sur le budget de l’État, au détriment des investissements sociaux. Et la rhétorique sécuritaire, omniprésente, sert aussi à justifier un contrôle accru de la société civile – comme en témoignent les restrictions croissantes sur les libertés d’expression et de manifestation.
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**L’équipe nationale de football : miroir des fractures sociales**
L’actualité sportive, souvent reléguée au rang d’anecdote, est en réalité un révélateur des tensions qui traversent la société algérienne. Les débats autour de la sélection nationale (l’appel de Petkovic à des joueurs locaux, les tergiversations autour de Farès Chaïbi) ne sont pas que des querelles techniques. Ils reflètent une crise d’identité plus profonde.
D’un côté, l’Algérie veut s’affirmer comme une puissance footballistique africaine et mondiale, en misant sur des joueurs formés à l’étranger (comme Himad Abdelli, qui jouera la CAN 2025). De l’autre, elle cherche à promouvoir un football authentiquement algérien, en intégrant des talents locaux. Cette dichotomie recoupe celle de l’économie : entre ouverture au monde et repli sur soi, entre modernité et tradition.
Le football algérien est aussi le théâtre d’un conflit générationnel. Les jeunes joueurs, souvent formés en Europe, incarnent une Algérie globalisée, tandis que les anciens cadres (comme certains membres de la fédération) défendent une vision plus conservatrice du sport. Cette tension se retrouve dans tous les domaines : entre les entrepreneurs high-tech et les rentiers du pétrole, entre les agriculteurs innovants et les paysans traditionnels, entre les jeunes urbains connectés et les élites vieillissantes.
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**Traditions et modernité : le dernier rempart contre l’uniformisation ?**
Enfin, les actualités sur les traditions culinaires (le M’semen d’Oran, les plats de l’Aïd) semblent anecdotiques, mais elles sont en réalité essentielles. Dans un pays en pleine mutation, où les repères économiques et politiques sont brouillés, la culture devient un enjeu de résistance.
L’Algérie, comme beaucoup de sociétés en transition, cherche à préserver son identité face à la mondialisation. Mais cette quête prend une forme particulière : plutôt que de rejeter la modernité, elle tente de l’intégrer à ses traditions. Le M’semen, par exemple, n’est plus seulement un plat de l’Aïd – il devient un symbole de la résilience culinaire, un marqueur d’une algérianité qui se réinvente.
Pourtant, cette réappropriation culturelle n’est pas sans ambiguïté. Elle peut servir de paravent à un conservatisme social, où les traditions deviennent un frein à l’émancipation des femmes (comme en témoignent les débats sur l’entrepreneuriat féminin) ou à la liberté d’expression. L’Algérie est ainsi tiraillée entre deux mouvements : d’un côté, une jeunesse qui aspire à plus d’ouverture, de l’autre, des élites qui instrumentalisent les traditions pour maintenir leur pouvoir.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie de 2024 est un pays en équilibre précaire. Elle a les moyens de ses ambitions