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L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les strates d’un passé révolutionnaire encore brûlant, les impératifs d’une modernisation autoritaire et les tensions d’une société en quête de repères. Les dix domaines d’actualité qui agitent le pays ces dernières semaines ne sont pas des îlots disjoints, mais les symptômes d’une même crise de sens : comment concilier la mémoire d’une nation forgée dans le feu de la guerre d’indépendance avec les exigences d’un État rentier en mutation, tiraillé entre souveraineté affichée et dépendances structurelles ? Derrière les annonces technocratiques (métro, énergies renouvelables, startups) ou les polémiques mémorielles (Nasser, Boumediène, Israël), se dessine une Algérie en proie à trois dynamiques contradictoires : l’obsession du contrôle, la peur du vide post-pétrole, et l’émergence timide d’une société civile qui refuse de se laisser dicter son avenir.
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**1. Le théâtre politique : la Constitution comme miroir brisé**
Pourtant, le vrai débat est ailleurs. La Constitution n’est qu’un leurre : ce qui se joue, c’est la redéfinition du contrat social algérien. Le pouvoir tente de substituer à la légitimité révolutionnaire (épuisée) une légitimité technocratique (métro, énergies vertes, startups), tout en verrouillant le champ politique. Mais cette stratégie bute sur une contradiction majeure : comment promouvoir l’innovation tout en maintenant un contrôle absolu sur la société ? Les startups algériennes, sommées de « devenir une obligation » pour les grandes entreprises, sont prises en étau entre une bureaucratie étouffante et un marché intérieur atrophié. Le message est clair : l’Algérie veut des entrepreneurs, mais pas des citoyens.
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**2. L’urbanisme et les transports : le métro comme métaphore du pouvoir**
L’incident de collision entre deux trains à Blida, rapidement minimisé par la société d’exploitation, est révélateur. Comme le funiculaire de Lisbonne, le métro algérien est un symbole de sécurité relative – mais pour combien de temps ? Les infrastructures vieillissent, les accidents se multiplient (rappelons l’effondrement du viaduc de Constantine en 2020), et le pouvoir, obsédé par l’image, préfère étouffer les scandales plutôt que de réformer en profondeur. Derrière les annonces triomphales se cache une réalité plus sombre : l’Algérie construit des cathédrales technologiques sans se soucier de leur entretien, comme elle a construit un État sans se soucier de ses citoyens.
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**3. Mémoire et histoire : Nasser, Boumediène et les fantômes du passé**
Mais cette instrumentalisation a un prix. En refusant de regarder son histoire en face, l’Algérie se condamne à répéter les mêmes erreurs. La question israélienne, évoquée dans un article sur « la dernière colonie européenne dans le monde arabe », est symptomatique. L’Algérie, qui se présente comme le champion de la cause palestinienne, refuse toute normalisation avec Israël – mais son économie dépend des hydrocarbures vendus à l’Europe, qui elle-même entretient des relations étroites avec Tel-Aviv. Double langage ? Hypocrisie ? Non : schizophrénie d’un État qui veut incarner la résistance tout en étant prisonnier de ses dépendances.
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**4. Énergie et souveraineté : le mirage des renouvelables**
Pourquoi ? Parce que la transition énergétique algérienne est avant tout un discours. Le pays dispose d’un potentiel solaire immense, mais le secteur reste dominé par Sonatrach, géant pétrolier qui n’a aucun intérêt à voir émerger une filière renouvelable indépendante. Les startups locales, comme celle qui s’allie à un « poids lourd suisse », sont des exceptions – et non la règle. L’Algérie veut exporter son soleil, mais refuse de démocratiser son énergie. Résultat : les villages algériens, comme ceux d’Europe, attendent toujours leur révolution verte.
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**5. Cinéma et pharmacie : les deux visages de la dépendance culturelle**
La pharmacie, elle, révèle une autre dépendance : celle aux multinationales. L’affaire Nestlé, dont les produits pour enfants sont plus sucrés en Afrique qu’en Europe, n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une logique néocoloniale où l’Algérie, comme d’autres pays du Sud, sert de débouché pour des produits de moindre qualité. Le ministère de la Santé, qui renforce les mesures contre l’hantavirus des Andes, montre une vigilance accrue – mais face aux géants de l’agroalimentaire ou de la pharmacie, l’État algérien reste désarmé. Comment concilier souveraineté sanitaire et dépendance aux importations ?
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**6. Startups et innovation : le capitalisme d’État à l’algérienne**
Pourtant, des initiatives émergent, comme cette alliance entre une start-up algérienne et un partenaire suisse. Mais ces succès restent marginaux. Le vrai défi n’est pas technologique, mais politique : comment innover dans un système où toute initiative indépendante est suspecte ? L’Algérie a les moyens de devenir un leader africain en matière de tech, mais elle refuse de lâcher les rênes. Résultat : les talents s’exilent, et l’innovation reste un slogan.
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**7. Relations avec la France et la Tunisie : entre rejet et interdépendance**
Avec la Tunisie, les relations sont plus apaisées, mais tout aussi ambiguës. Les déclarations de Patrice Beaumelle sur l’ES Tunis et le cas Belaïli (joueur algérien naturalisé tunisien) montrent que le football, comme la politique, est un terrain de rivalités et de coopérations. La Ligue des champions africaine, dont la finale polémique sera rejouée, est un autre exemple : l’Algérie et la Tunisie, deux pays frères, se disputent la suprématie sportive – comme ils se disputent le leadership régional.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
Le pays a trois options :
– La fuite en avant technocratique : continuer à importer des infrastructures et des technologies sans réformer en profondeur, au risque de voir les inégalités se creuser et la colère sociale exploser.
– L’ouverture contrôlée : accepter une libéralisation partielle (économie, culture, société civile) tout en maintenant un contrôle politique strict – un scénario à la marocaine, mais avec un État plus répressif.
– La rupture révolutionnaire : une nouvelle insurrection, comme en 2019, mais cette fois avec un projet politique clair. Le Hirak a montré que la société algérienne était prête ; reste à savoir si elle aura les moyens de ses ambitions.
Une chose est sûre : l’Algérie ne peut plus se contenter de gérer son déclin. Soit elle accepte de se réinventer, soit elle se condamne à rép