Revue de presse : Partis politiques Algérie, Bourse Alger, Relations Algérie Maroc…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan économique**

L’Algérie contemporaine ressemble à un puzzle dont les pièces, jetées pêle-mêle, refusent de s’emboîter. D’un côté, une rhétorique souverainiste intransigeante, martelée par un pouvoir qui se présente comme le dernier rempart contre le néocolonialisme ; de l’autre, une économie structurellement dépendante, où les hydrocarbures financent des importations massives, où la finance islamique promet une moralisation du capitalisme sans en changer les règles, et où les partis politiques, divisés en 42 listes pour des législatives anticipées, peinent à incarner autre chose que des clientèles. Entre la modernisation technocratique (métro d’Alger, bourse en expansion) et les archaïsmes judiciaires (affaires de corruption jugées à l’étranger, justice sélective), le pays oscille entre deux temporalités : celle d’une nation qui rêve de grandeur et celle d’un État qui gère la pénurie.

Cette revue de presse révèle moins une Algérie en crise qu’une Algérie en tension permanente, où chaque domaine d’actualité agit comme un révélateur des contradictions systémiques. Le fil rouge ? Une quête désespérée d’autonomie qui se heurte à des dépendances multiformes – énergétique, monétaire, technologique, et même linguistique.

**La politique, ou l’illusion du choix dans un système verrouillé**

Les législatives anticipées du 12 juin 2024, avec leurs 42 listes et leurs candidats indépendants, ressemblent à une mascarade démocratique. Le pouvoir a besoin d’une légitimité électorale pour justifier ses réformes économiques, mais il craint plus que tout une participation trop faible, synonyme de désaveu populaire. D’où ce paradoxe : l’Algérie organise des élections dont le principal enjeu est… leur taux de participation.

Pourtant, derrière les propositions des partis sur le pouvoir d’achat ou l’emploi, une question plus profonde se pose : qui gouverne vraiment l’Algérie ? Pas les partis, en tout cas, réduits à des faire-valoir. Pas non plus les technocrates, malgré leurs discours sur la modernisation. Le vrai pouvoir réside dans une oligarchie hybride, à la fois militaire, économique et bureaucratique, qui tire les ficelles depuis les coulisses. Ahmed Ouyahia, figure controversée du FLN, en est l’archétype : un hâbleur qui incarne à lui seul les travers d’un système où la parole politique est à la fois surjouée et vidée de sens.

La contradiction est flagrante : l’Algérie se présente comme une démocratie pluraliste, mais son champ politique est verrouillé par des mécanismes informels de cooptation. Les indépendants, souvent des entrepreneurs ou des notables locaux, ne sont là que pour donner l’illusion d’un renouvellement. En réalité, le système algérien fonctionne comme une monarchie élective : le président est élu, mais le pouvoir réel reste concentré entre les mains d’une élite qui se renouvelle par cooptation plutôt que par alternance.

**La finance, entre islamisation du capital et dépendance monétaire**

La finance islamique algérienne est un cas d’école. Chabane Assad, fondateur du cabinet Finabi, évoque une « surliquidité croissante des banques islamiques », comme si ces dernières étaient une panacée. Pourtant, derrière le vernis éthique, la finance islamique algérienne reproduit les mêmes mécanismes que la finance conventionnelle : des taux d’intérêt déguisés (sous forme de mourabaha), une concentration des richesses, et une dépendance aux mêmes marchés internationaux.

Le vrai problème n’est pas la nature des banques, mais leur insuffisance structurelle. L’Algérie souffre d’un paradoxe monétaire : le dinar regagne de la vigueur (grâce à la hausse des prix du pétrole), mais cette appréciation est artificielle, car elle repose sur une rente volatile. Pire, elle pénalise les exportations hors hydrocarbures, déjà marginales. Résultat : le pays reste prisonnier d’un modèle où la monnaie forte est un leurre, et où la diversification économique est sans cesse reportée.

La Banque d’Algérie tente de réguler les taux bancaires excessifs, mais ces mesures sont cosmétiques. Tant que le système financier algérien dépendra des devises générées par les hydrocarbures, il restera vulnérable aux chocs externes. La finance islamique, présentée comme une solution morale, n’est qu’un cache-misère : elle ne change pas les rapports de force économiques, elle les habille d’un discours religieux.

**Énergie et souveraineté : le mirage pétrolier**

L’Algérie se rêve en puissance énergétique, mais la réalité est moins glorieuse. Les hydrocarbures représentent encore 90% des exportations, et malgré les discours sur la transition énergétique, le pays reste un rentier dépendant. Le conflit au Moyen-Orient, loin d’être une aubaine, est un mirage : les prix du pétrole fluctuent, mais l’Algérie n’a pas les moyens de les contrôler.

Pire, le pays est pris dans une course contre la montre. Les réserves de gaz s’épuisent, et les investissements dans les énergies renouvelables sont insuffisants. Pourtant, l’Algérie continue de jouer la carte de la rente, comme en témoigne son rapprochement avec le Royaume-Uni sur l’agroalimentaire – une façon de monnayer son gaz contre des denrées de base.

La contradiction est criante : l’Algérie veut être un « phare des investisseurs », mais elle refuse les réformes structurelles qui rendraient son économie attractive. Elle vante son climat des affaires, mais maintient des barrières bureaucratiques qui découragent les entrepreneurs. Elle exporte du gaz, mais importe massivement des produits manufacturés, creusant un déficit commercial abyssal.

**Entrepreneuriat et importations : la double dépendance**

L’Algérie est un pays de contrastes : d’un côté, une jeunesse dynamique, avide d’entreprendre ; de l’autre, un État qui étouffe l’initiative privée sous des réglementations kafkaïennes. Les nouvelles lois sur l’importation de véhicules illustrent cette schizophrénie : le gouvernement veut limiter les importations pour protéger l’industrie locale, mais il n’a pas les moyens de produire des voitures compétitives. Résultat, les Algériens se ruent vers la Chine pour importer des véhicules, creusant encore le déficit commercial.

Cette dépendance aux importations est le symptôme d’un mal plus profond : l’Algérie n’a pas réussi à diversifier son économie. Elle achète du blé tendre en masse pour nourrir sa population, mais elle n’investit pas assez dans l’agriculture locale. Elle importe des médicaments, mais sa recherche médicale reste sous-financée. Elle veut développer l’entrepreneuriat, mais elle maintient un système bancaire qui privilégie les prêts aux grandes entreprises plutôt qu’aux PME.

Le cas des Algériens qui se rendent en Chine pour importer des voitures est révélateur : c’est la preuve que l’État a échoué à créer un écosystème industriel viable. Au lieu de former des ingénieurs et de soutenir les start-up, il préfère importer des solutions clés en main, perpétuant ainsi la dépendance.

**Justice et corruption : le théâtre des illusions**

La justice algérienne est un miroir déformant de la société. D’un côté, des procès médiatiques comme celui de Patrick Balkany (jugé en France pour détournement de fonds publics) rappellent que la corruption est un fléau transnational. De l’autre, l’Algérie elle-même peine à juger ses propres élites corrompues, comme en témoigne l’affaire FRIVAO en RDC, où un homme d’affaires algérien refuse de comparaître.

Cette sélectivité judiciaire est un aveu d’impuissance : l’État algérien veut donner l’image d’un pays qui lutte contre la corruption, mais il ne peut (ou ne veut) pas s’attaquer aux réseaux qui le soutiennent. Les procès en France ou en Belgique sont commodes : ils permettent de montrer que « la justice passe », sans avoir à affronter les complicités locales.

Pourtant, la corruption n’est pas qu’un problème moral : c’est un frein économique. Elle décourage les investisseurs, fausse la concurrence, et perpétue un système où les privilégiés s’enrichissent aux dépens du contribuable. Tant que l’Algérie n’aura pas une justice indépendante et transparente, elle restera prisonnière de ce cercle vicieux.

**Recherche médicale et innovation : le potentiel gaspillé**

L’Algérie a des atouts en matière de recherche médicale : des partenariats avec les États-Unis, des forums comme celui de l’Officine 2026, et des chercheurs de renom comme le Pr Kamel Mansouri. Pourtant, ces initiatives restent marginales, faute de moyens et de volonté politique.

Le problème est structurel : l’Algérie dépense des milliards pour importer des médicaments, mais elle n’investit pas assez dans la recherche locale. Résultat, ses hôpitaux dépendent des laboratoires étrangers, et ses chercheurs partent à l’étranger faute de perspectives.

Cette fuite des cerveaux est un drame national. L’Algérie forme des médecins et des ingénieurs de haut niveau, mais elle ne leur offre pas les conditions pour innover. Pourtant, le pays pourrait devenir un hub régional en biotechnologie ou en pharmacologie, à condition de changer de modèle. Au lieu de cela, il préfère importer des solutions toutes faites, perpétuant ainsi sa dépendance.

**Relations Algérie-Maroc : la guerre des identités**

Les tensions entre l’Algérie et le Maroc ne sont pas seulement géopolitiques : elles sont aussi culturelles et linguistiques. Les débats sur la darija, la langue amazighe, ou l’Union du Maghreb arabe révèlent une bataille identitaire plus profonde.

Le Maroc mise sur une stratégie de soft power : il promeut la darija comme langue unificatrice, il investit dans le numérique et l’IA, et il se présente comme un pont entre l’Afrique et l’Europe. L’Algérie, elle, reste prisonnière d’un nationalisme rigide, où l’arabe et le français dominent, et où l’amazighité est tolérée mais pas pleinement intégrée.

Cette rivalité linguistique est un symptôme : les deux pays se disputent le leadership régional, mais ils le font avec des outils dépassés. Le Maroc avance en misant sur la modernité ; l’Algérie, elle, reste bloquée dans une logique de confrontation stérile.

**Métro d’Alger et modernisation technologique : le progrès en trompe-l’œil**

Le métro d’Alger, modernisé par Thales, est un symbole de la modernisation algérienne. Pourtant, cette réussite technologique cache une réalité moins glorieuse : l’Algérie dépend des entreprises étrangères pour ses infrastructures critiques.

Ce n’est pas un hasard si les exemples cités (Jakarta, Barcelone, Taipei) viennent de l’étranger : l’Algérie n’a pas les moyens de développer seule ses propres solutions technologiques. Elle achète des systèmes

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