Revue de presse : Logement Algérie, Éducation Algérie, Innovation Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de la fuite en avant**

Cette dualité n’est pas nouvelle. Elle rappelle les années Boumediene, où l’industrialisation massive coexistait avec un autoritarisme sourcilleux, ou les années Bouteflika, où la rente pétrolière finançait des infrastructures sans jamais résoudre la question du chômage des jeunes. Aujourd’hui, sous Tebboune, le même schéma se répète : l’Algérie construit, réforme, interdit, mais peine à articuler ces efforts en un projet cohérent. Comme si le pays était condamné à courir après son propre développement sans jamais le rattraper.

**Le logement : la grande illusion quantitative**

Le paradoxe est criant : l’Algérie dispose des ressources (ciment, main-d’œuvre, terrains) pour résoudre la crise du logement, mais le système reste prisonnier de la corruption, du clientélisme et d’une planification centralisée inefficace. Les « Notre-Dame de la construction » – ces mégaprojets symboliques – servent avant tout à alimenter la propagande d’un État qui se présente comme le grand bâtisseur, alors que les Algériens, eux, continuent de se débrouiller dans l’informel.

Et puis, il y a cette question lancinante : à quoi bon construire des millions de logements si l’économie ne crée pas les emplois nécessaires pour les occuper ? Si les jeunes diplômés préfèrent l’exil à l’enfermement dans des cités-dortoirs ? Le logement, en Algérie, n’est pas qu’une question de briques et de mortier. C’est le symptôme d’un modèle de développement qui a échoué à produire une classe moyenne stable.

**L’école algérienne : entre laïcisation autoritaire et privatisation rampante**

Pourtant, cette interdiction cache une autre réalité : l’école algérienne est en train de se privatiser à bas bruit. Le gouvernement annonce une « réforme de l’école privée » et une « nouvelle réglementation », mais ces mesures ressemblent davantage à une régulation a posteriori qu’à une véritable refonte du système. Les écoles privées, souvent religieuses ou élitistes, prospèrent parce que l’école publique, sous-financée et bureaucratisée, ne parvient plus à offrir un enseignement de qualité. Résultat : une fracture éducative se creuse entre ceux qui peuvent payer pour une éducation « à l’occidentale » et ceux qui restent prisonniers d’un système public en déclin.

Cette privatisation rampante est un miroir des inégalités sociales algériennes. Elle révèle aussi une contradiction majeure : comment l’État peut-il à la fois interdire le voile intégral au nom de la modernité et tolérer (voire encourager) un système éducatif à deux vitesses, où les élites envoient leurs enfants dans des écoles privées tandis que les classes populaires s’entassent dans des établissements publics délabrés ?

**Innovation et entrepreneuriat : le mirage des start-up**

D’abord, la bureaucratie. Les entrepreneurs algériens passent plus de temps à naviguer dans les méandres administratifs qu’à développer leurs projets. Ensuite, le financement. Les investisseurs étrangers boudent l’Algérie, et les banques locales, frileuses, préfèrent prêter à l’État plutôt qu’aux start-up. Enfin, la culture entrepreneuriale reste embryonnaire : dans un pays où la fonction publique a longtemps été le seul débouché pour les diplômés, se lancer dans l’aventure entrepreneuriale relève encore du parcours du combattant.

Pourtant, des signes encourageants émergent. Le financement de la logistique et des transports en Afrique au premier trimestre 2025 montre que l’Algérie commence à regarder au-delà de ses frontières. Le Nigeria et la Côte d’Ivoire, avec leurs plateformes de paiements instantanés, pourraient inspirer une modernisation du secteur financier algérien. Mais pour l’instant, ces initiatives restent marginales, cantonnées à des cercles restreints.

Le vrai défi, c’est de passer d’une économie de rente (pétrole, gaz) à une économie de l’innovation. Or, tant que l’État algérien ne lâchera pas prise sur son contrôle tatillon de l’économie, les entrepreneurs algériens continueront de se heurter à un plafond de verre.

**Les femmes algériennes : entre émancipation et régression**

Pourtant, ce féminisme algérien évolue dans un environnement hostile. D’un côté, l’État, qui interdit le voile intégral à l’école au nom de la modernité, mais qui n’a toujours pas réformé le Code de la famille, hérité des années 1980 et profondément inégalitaire. De l’autre, les courants conservateurs, qui instrumentalisent la religion pour justifier le maintien des femmes dans un rôle subalterne.

Le cas de cette ingénieure aérospatiale algérienne partie travailler à Montréal illustre cette tension. D’un côté, elle incarne le succès des femmes algériennes dans des domaines traditionnellement masculins. De l’autre, son exil montre que l’Algérie peine à offrir à ses citoyennes les mêmes opportunités qu’ailleurs.

Le féminisme algérien est donc condamné à une forme de schizophrénie : il doit à la fois lutter contre l’État, qui se présente comme progressiste mais reste patriarcal, et contre les extrémismes religieux, qui veulent renvoyer les femmes à la sphère domestique. Dans ce contexte, les médias féministes jouent un rôle crucial : ils brisent le silence et créent des espaces de résistance.

**Les universités algériennes : entre prestige international et déclassement local**

Pourtant, ces succès internationaux masquent mal le déclassement des universités algériennes sur le plan local. Les campus sont surpeuplés, sous-équipés, et les enseignants, mal payés, sont souvent contraints de cumuler plusieurs emplois pour survivre. Le résultat ? Une fuite des cerveaux massive : les meilleurs étudiants partent étudier à l’étranger, et beaucoup ne reviennent pas.

Cette contradiction est révélatrice d’une stratégie étatique à deux vitesses : d’un côté, l’Algérie investit dans des projets symboliques (chaires à Oxford, partenariats avec la Russie) pour soigner son image ; de l’autre, elle néglige ses propres universités, qui restent des usines à diplômés sans débouchés.

Le vrai défi serait de faire des universités algériennes des moteurs d’innovation et de développement. Mais pour cela, il faudrait une réforme en profondeur : autonomie des établissements, revalorisation des salaires des enseignants, partenariats public-privé. Or, rien ne laisse penser que l’État algérien soit prêt à engager une telle révolution.

**Transports et infrastructures : la grande illusion connectiviste**

Le cas du flyover de Maki est emblématique. Ce projet, financé par une banque africaine, est censé désengorger le trafic dans une zone stratégique. Mais dans un pays où les infrastructures sont souvent mal entretenues, on peut légitimement se demander si cet ouvrage ne sera pas, dans quelques années, une nouvelle ruine moderne.

Plus largement, la stratégie algérienne en matière de transports semble manquer de vision globale. Le pays mise sur des projets pharaoniques (autoroutes, lignes ferroviaires, ports) sans toujours les articuler avec une politique industrielle ou urbaine cohérente. Résultat : des infrastructures sous-utilisées, des coûts exorbitants, et

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