—
**L’Algérie, ou l’art de danser sur les lignes de faille**
L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un passé colonial encore brûlant, les ambitions d’une souveraineté retrouvée et les contradictions d’un modèle de développement tiraillé entre autarcie et ouverture forcée. Les actualités des dix derniers jours ne sont pas une mosaïque disparate, mais les symptômes d’une société en pleine mutation, où chaque domaine – de la logistique militaire à la pharmacie, en passant par le cinéma et les énergies renouvelables – révèle les mêmes tensions : comment concilier indépendance stratégique et intégration dans la mondialisation ? Comment transformer les rentes (hydrocarbures, géopolitique) en leviers de puissance durable ? Et surtout, comment éviter que la modernisation ne se réduise à une vitrine technocratique, sans ancrage dans les réalités sociales ?
Ces questions traversent l’Algérie comme une déchirure. D’un côté, un État qui affiche sa maîtrise des infrastructures (ligne ferroviaire minière, data centers, désalinisation) et son ambition de devenir un hub énergétique et industriel. De l’autre, une presse muselée, une jeunesse en quête de sens, et des hôpitaux où l’on opère des scolioses avec brio… mais où l’on pleure encore Frantz Fanon, dont les mots sur l’aliénation coloniale résonnent comme un écho douloureux. L’Algérie avance, mais sur quel chemin ?
—
**Souveraineté industrielle : le grand pari (et ses angles morts)**
L’Algérie mise sur l’industrialisation comme clé de sa souveraineté économique. Le président Tebboune a placé la FIA 2026 (Foire internationale d’Alger) sous le signe des « partenariats gagnant-gagnant » et de la « souveraineté économique », tandis que les accords avec la Turquie (jeunesse, sport) et les annonces de l’Algeria Bid Round 2026 (ouverture aux investissements étrangers dans les hydrocarbures) dessinent une stratégie en apparence cohérente : attirer des capitaux sans perdre le contrôle.
Pourtant, cette quête d’autonomie bute sur des réalités structurelles :
– La dépendance aux rentes : Malgré les 43 projets d’énergies renouvelables et les usines de dessalement (40 % des besoins en eau couverts), l’Algérie reste prisonnière de son modèle pétro-gazier. Les recettes des hydrocarbures financent les infrastructures, mais aussi… la dette extérieure, qui pèse sur les marges de manœuvre. Comment industrialiser quand le budget de l’État dépend à 60 % des exportations d’un seul secteur ?
– Les partenariats à sens unique : La Chine confirme le Maroc comme hub logistique entre Afrique, Europe et Asie – un camouflet pour l’Algérie, qui rêve de devenir la porte d’entrée du continent. Les accords avec la Turquie, eux, ressemblent à une fuite en avant : la coopération industrielle turque en Algérie se limite souvent à des usines d’assemblage, sans transfert de technologie. L’Algérie veut-elle vraiment produire, ou seulement assembler ?
– L’innovation sans écosystème : L’inauguration du Data Center d’Algérie Télécom à Constantine est un symbole fort, mais l’Algérie peine à créer un terreau favorable aux start-up. La convention entre la Formation professionnelle et Djezzy pour former aux métiers du numérique est un pas, mais où sont les incubateurs, les fonds d’investissement, les passerelles entre universités et entreprises ? Sans cela, l’innovation restera un slogan.
Le fil rouge : L’Algérie cherche à se réinventer comme puissance industrielle, mais elle le fait avec les outils d’hier – centralisation étatique, rentes, méfiance envers le privé. La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Et pour l’instant, le pays ressemble à un coureur qui sprinte… avec des chaussures de plomb.
—
**Eau, énergie, santé : les trois piliers d’une souveraineté fragile**
**L’eau : le miracle technologique et ses limites**
Pourtant, deux ombres planent :
1. La dépendance énergétique des usines : Le dessalement est énergivore. Or, l’Algérie, malgré ses 2 000 heures d’ensoleillement par an, ne produit que 1 % de son électricité via les renouvelables. Le paradoxe algérien : on dessale l’eau avec du gaz, alors qu’on pourrait le faire avec du solaire. La transition énergétique est une urgence… mais elle avance à pas de fourmi.
2. La gestion sociale de l’eau : Les coupures d’eau dans les quartiers populaires d’Alger ou d’Oran rappellent que la technologie ne suffit pas. Qui a accès à cette eau dessalée ? Les bidonvilles en sont-ils exclus ? Le risque est grand de voir émerger une souveraineté hydrique à deux vitesses : une pour les classes aisées et les zones industrielles, une autre pour le reste.
**La santé : entre prouesses chirurgicales et pénuries**
Le fil rouge : L’Algérie maîtrise les technologies (désalinisation, chirurgie), mais elle échoue à les démocratiser. La souveraineté ne se mesure pas au nombre de data centers ou d’opérations réussies, mais à la capacité d’un État à garantir l’accès de tous à ces avancées.
—
**Culture et éducation : les champs de bataille invisibles**
**Le cinéma, miroir des fractures mémorielles**
**L’éducation : former pour quoi ?**
Le fil rouge** : **La culture et l’éducation sont les parents pauvres de la souveraineté algérienne.** On y investit peu, on y contrôle beaucoup, et on y étouffe les débats. **Un pays qui ne forme pas des citoyens critiques est un pays qui se condamne à répéter les erreurs du passé.
—
**Internet et presse : les deux visages de la censure 2.0**
**La logistique militaire : l’innovation par la contrainte**
Pourtant, cette modernisation militaire contraste avec :
– L’absence de transparence : L’Algérie dépense des milliards en armement (notamment auprès de la Russie), mais personne ne sait vraiment où va cet argent. La corruption dans le secteur de la défense reste un tabou.
– La militarisation de l’économie : L’armée algérienne est un