Revue de presse : Gastronomie algérienne, Relations Algérie France, Solaire Algérie…

L’Algérie se débat dans une tension permanente entre trois temporalités : celle, longue, de son histoire coloniale et postcoloniale ; celle, immédiate, des urgences climatiques et économiques ; et celle, prospective, d’une nation qui cherche à se réinventer sans rompre avec ses racines. Les actualités de ces dix derniers jours dessinent une cartographie complexe, où chaque domaine semble à la fois autonome et profondément lié aux autres. Comme si l’Algérie, tel un organisme vivant, tentait de synchroniser des rythmes disparates – celui de la mémoire, celui de la survie, et celui de l’ambition.

Derrière l’apparent éparpillement des sujets – du caftan à la Bourse d’Alger, des boissons rafraîchissantes aux maladies mentales –, se dégage une logique souterraine : celle d’un pays qui, après des décennies de dépendance aux hydrocarbures, cherche à diversifier ses ressources tout en affirmant une souveraineté multidimensionnelle. Mais cette quête se heurte à des contradictions structurelles, où les avancées technologiques côtoient des retards sociaux, où les symboles de la modernité financière butent sur l’inertie bureaucratique, et où la fierté nationale s’exprime autant dans la reconnaissance internationale du caftan que dans le rappel musclé de l’ambassadeur à Paris.

Pour comprendre cette Algérie en mouvement, il faut accepter de naviguer entre les échelles, de l’intime au géopolitique, du local au global. Et surtout, il faut saisir que chaque domaine n’est jamais isolé : il est un maillon d’une chaîne plus large, où l’énergie, la culture, la santé et l’économie s’entremêlent pour former le visage d’une nation en pleine métamorphose.

**1. L’ÉNERGIE, OU L’ART DE TRANSFORMER LA RENTE EN LEVIER DE SOUVERAINETÉ**

L’Algérie a longtemps été prisonnière de sa rente gazière, ce « pétrole noir » qui a financé son développement tout en étouffant sa diversification. Aujourd’hui, les actualités énergétiques révèlent une volonté de rupture – ou du moins, d’adaptation. Le solaire et les énergies renouvelables ne sont plus des projets marginaux, mais des piliers d’une stratégie nationale. Le communiqué du Conseil des ministres du 14 août 2024, bien que laconique, confirme cette orientation : l’État algérien mise sur 43 nouveaux projets hydrauliques et une eau dessalée couvrant 40 % des besoins, tandis que la formation aux métiers de l’énergie (via des partenariats comme celui avec Schneider Electric en Côte d’Ivoire) suggère une préparation à une économie post-pétrole.

Pourtant, cette transition énergétique reste ambiguë. D’un côté, l’Algérie affiche des ambitions claires : sécuriser son approvisionnement en eau, réduire sa dépendance aux hydrocarbures, et même exporter son savoir-faire (comme en témoigne l’article sur la formation aux énergies renouvelables en Afrique). De l’autre, elle continue de s’appuyer sur des gisements traditionnels, comme celui de Gara Djebilet, dont l’exploitation permettrait d’économiser 1,5 milliard de dollars à court terme. Ce paradoxe n’est pas propre à l’Algérie : c’est celui de tous les pays rentiers qui tentent de se réinventer sans renoncer à leur manne historique.

Mais là où l’Algérie se distingue, c’est dans la manière dont elle lie cette transition énergétique à d’autres enjeux. Le projet de ligne ferroviaire Béchar-Tindouf, présenté comme « bien plus qu’un train », est en réalité un outil de désenclavement économique et géopolitique. En reliant le sud-ouest du pays à la frontière marocaine, cette infrastructure pourrait redessiner les flux commerciaux et renforcer l’influence algérienne dans la région. De même, la sécurisation de l’eau n’est pas seulement une question technique : elle est un enjeu de stabilité sociale, dans un pays où les pénuries ont déjà provoqué des mouvements de protestation.

Fils rouges avec d’autres domaines :
Environnement : La restauration des terres et le reboisement (portés par Sabrina Rachedi) sont indissociables de la gestion de l’eau. Sans une politique environnementale cohérente, les projets hydrauliques risquent de buter sur la désertification.
Numérique : La formation aux métiers de l’énergie suppose une modernisation des infrastructures numériques. Or, le secteur des startups algériennes est au « point mort », selon l’article sur E-Algérie. Comment innover sans écosystème dynamique ?
Géopolitique : La transition énergétique algérienne intéresse la France, qui voit dans l’Algérie un partenaire potentiel pour sa propre transition. Mais les tensions mémorielles (loi criminalisant la colonisation, rappel de l’ambassadeur) compliquent cette coopération.

**2. LA CULTURE, ARME DE SOFT POWER ET DE RÉSISTANCE IDENTITAIRE**

L’inscription du caftan algérien au patrimoine immatériel de l’UNESCO n’est pas un simple fait divers culturel. C’est un acte politique, une manière pour l’Algérie d’affirmer sa primauté dans un domaine où le Maroc, son rival régional, revendique aussi une paternité. Cette bataille symbolique dépasse le cadre vestimentaire : elle s’inscrit dans une stratégie plus large de réappropriation de l’histoire et de la culture, après des décennies de domination coloniale et de tentatives d’effacement.

Le caftan n’est pas le seul symbole mobilisé. La gastronomie algérienne, avec ses 27 boissons rafraîchissantes et ses 50 recettes d’apéro, est elle aussi un marqueur identitaire. Mais là encore, la contradiction est flagrante : alors que l’Algérie célèbre ses traditions culinaires, elle peine à les moderniser. Les recettes proposées pour le 14 juillet (un héritage colonial, rappelons-le) montrent une certaine schizophrénie : comment concilier fierté nationale et ouverture au monde ?

Cette tension entre tradition et modernité traverse toute la société algérienne. D’un côté, l’État investit dans la protection du patrimoine (via l’UNESCO) et dans la formation aux métiers de l’artisanat. De l’autre, il peine à créer un environnement propice à l’innovation culturelle. Le numérique, par exemple, pourrait être un levier pour promouvoir la gastronomie ou la mode algériennes à l’international – mais les startups peinent à émerger, faute de soutien institutionnel.

Fils rouges avec d’autres domaines :
Relations franco-algériennes : La loi criminalisant la colonisation et le rappel de l’ambassadeur en France s’inscrivent dans cette logique de réappropriation mémorielle. Le caftan, comme la gastronomie, sont des outils de résistance face à un passé colonial encore brûlant.
Économie : La Bourse d’Alger, avec l’introduction prévue de trois entreprises privées en 2026, pourrait financer des projets culturels. Mais sans une véritable libéralisation du secteur, ces initiatives resteront marginales.
Santé : La stigmatisation des maladies mentales (comme le révèle l’article sur les mères atteintes de troubles psy) montre que la modernisation culturelle a des limites. Certaines traditions (comme le rejet des troubles psychiques) résistent aux évolutions sociales.

**3. LA SANTÉ, MIROIR DES INÉGALITÉS ET DES RETARDS STRUCTURELS**

Si l’Algérie a réalisé des progrès notables en matière de santé publique (baisse de la mortalité infantile, extension de la couverture médicale), les actualités récentes révèlent des failles béantes. Le traitement des maladies mentales, par exemple, reste marqué par l’errance et la stigmatisation. Les articles sur les mères atteintes de troubles psychiques et sur le post-partum montrent une société encore réticente à aborder ces questions, malgré leur importance en termes de santé publique.

Cette réticence n’est pas seulement culturelle : elle est aussi institutionnelle. L’Algérie dépense des milliards dans des infrastructures énergétiques ou ferroviaires, mais peine à investir dans les hôpitaux psychiatriques ou dans la formation des soignants. Pourtant, la santé mentale est un enjeu économique : une population en bonne santé est plus productive, et une meilleure prise en charge des troubles psychiques pourrait réduire les coûts sociaux (chômage, exclusion, etc.).

Fils rouges avec d’autres domaines :
Numérique : La télémédecine et les applications de santé mentale pourraient pallier le manque d’infrastructures. Mais là encore, le retard numérique algérien freine ces innovations.
Énergie : Les projets hydrauliques et solaires ont un impact direct sur la santé publique (accès à l’eau potable, réduction de la pollution). Mais sans une politique sanitaire cohérente, ces avancées resteront incomplètes.
Géopolitique : La France, avec ses instituts comme Paris Brune, pourrait être un partenaire pour la formation des psychiatres algériens. Mais les tensions politiques rendent cette coopération difficile.

**4. LA BOURSE D’ALGER, OU L’ILLUSION DE LA MODERNITÉ FINANCIÈRE**

L’introduction du Crédit Populaire d’Algérie (CPA) à la Bourse d’Alger, avec 28,7 milliards de dinars récupérés du circuit parallèle, est présentée comme une victoire. Pourtant, cette opération révèle les limites du système financier algérien. D’abord, parce que la Bourse d’Alger reste marginale : avec seulement quelques entreprises cotées, elle ne joue pas son rôle de financement de l’économie réelle. Ensuite, parce que l’argent récupéré du circuit parallèle (estimé à des centaines de milliards de dinars) montre l’ampleur de l’économie informelle, qui échappe à l’État.

L’Algérie tente de moderniser son système financier, mais elle le fait sans toucher aux structures de pouvoir. Les trois entreprises privées prévues pour 2026 ne changeront pas la donne si l’État continue de contrôler l’essentiel de l’économie. Pire : en attirant des capitaux du secteur informel, la Bourse pourrait légitimer une économie parallèle qui, jusqu’ici, échappait à toute régulation.

Fils rouges avec d’autres domaines :
Énergie : Les projets solaires et hydrauliques nécessitent des financements. Mais sans une Bourse dynamique, ces investissements resteront dépendants des fonds publics ou étrangers.
Numérique : Le développement des fintechs pourrait moderniser la Bourse d’Alger. Mais le secteur numérique algérien est en retard, faute d’investissements et de formation.
Géopolitique : La France, via ses banques et ses investisseurs, pourrait jouer un rôle dans la modernisation de la Bourse algérienne. Mais les tensions politiques rendent cette coopération improbable.

**5. LES RELATION

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