Revue de presse : Exportations Algérie, Numérique Algérie, Éducation Algérie…

**L’ALGÉRIE À L’ÉPREUVE DU PRÉSENT : UNE COHÉRENCE EN MIETTES ?**

L’Algérie contemporaine se donne à voir comme un palimpseste où s’entremêlent les strates d’un État rentier en quête de diversification, d’une jeunesse en ébullition, et d’une société civile tiraillée entre résilience et désillusion. Les actualités de ces dernières semaines, loin d’être des fragments épars, dessinent les contours d’une crise systémique – économique, sociale, culturelle – où chaque domaine se répond en écho, révélant les failles d’un modèle à bout de souffle. Le déficit commercial qui resurgit comme un spectre, la jeunesse en proie aux addictions, la tradition qui résiste ou se folklorise, la société civile qui oscille entre formation à la transparence et silence contraint : tout semble converger vers une même question, lancinante : l’Algérie est-elle condamnée à gérer son déclin, ou peut-elle encore inventer une sortie par le haut ?

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’État algérien, héritier d’une légitimité révolutionnaire aujourd’hui érodée, peine à articuler une vision cohérente. Les signaux envoyés sont contradictoires : d’un côté, une volonté affichée de modernisation (numérique, startups, inclusion scolaire), de l’autre, un réflexe sécuritaire et protectionniste qui étouffe toute velléité d’innovation. Comme si l’Algérie, tel un funambule, marchait sur un fil tendu entre deux abîmes – celui de la dépendance aux hydrocarbures, et celui d’une ouverture mal maîtrisée qui menacerait ses équilibres fragiles.

**LE RETOUR DU DÉFICIT COMMERCIAL : QUAND L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE SE HEURTE À SES PROPRES LIMITES**

Le déficit commercial de l’Algérie en 2024 n’est pas une surprise, mais une confirmation. Après deux années d’excédent grâce à la flambée des prix du gaz, le pays replonge dans le rouge, avec une chute vertigineuse de 85 % de son excédent. Les chiffres de l’ONS sont sans appel : les importations de produits finis (électronique, automobiles, médicaments) et de biens intermédiaires (pièces détachées, intrants agricoles) explosent, tandis que les exportations non-hydrocarbures stagnent. Le paradoxe algérien est là : un pays riche en ressources, mais incapable de transformer cette manne en levier de développement industriel.

Cette dépendance aux importations révèle une faille structurelle : l’Algérie reste prisonnière d’un modèle économique extraverti, où la rente pétrolière finance des achats massifs à l’étranger plutôt que de stimuler une production locale. Les startups, censées incarner l’avenir, se heurtent à un environnement hostile – bureaucratie étouffante, accès limité aux financements, méfiance envers l’investissement étranger (comme en témoigne l’encadrement strict de la Bourse d’Alger). Même les initiatives vertes, comme la campagne de rationalisation de la consommation pendant le Ramadhan, sonnent comme des pis-aller face à l’urgence climatique : comment parler de développement durable quand le pays importe 1200 tonnes de gaz pour ses climatiseurs, symbole d’un consumérisme importé et énergivore ?

La question n’est plus de savoir si l’Algérie peut diversifier son économie, mais comment elle peut le faire sans sacrifier sa souveraineté. Le protectionnisme affiché (restrictions sur les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques) est une réponse défensive, mais elle risque de se retourner contre le pays si elle étouffe l’innovation. L’Algérie a besoin d’un choc de compétitivité, pas d’un repli frileux.

**LA JEUNESSE EN PERDITION : ENTRE DÉSESPÉRANCE ET ADDICTIONS, LE PRIX DE L’ABSENCE D’AVENIR**

Si l’économie algérienne est malade, sa jeunesse en est le symptôme le plus alarmant. Les études le confirment : les idées suicidaires et la consommation de drogue en milieu scolaire atteignent des niveaux inédits. Le fléau n’est pas seulement sanitaire, il est existentiel. Dans un pays où 70 % de la population a moins de 30 ans, l’absence de perspectives professionnelles, l’étouffement des libertés et l’effritement des repères traditionnels créent un terreau fertile pour le désespoir.

Le contraste avec l’Islande, citée en exemple pour sa lutte contre l’addiction à l’alcool chez les jeunes, est cruel. Là où Reykjavik a mis en place des politiques publiques intégrées (sport, éducation, implication des familles), l’Algérie se contente de réponses sécuritaires – répression des dealers, discours moralisateurs – sans s’attaquer aux causes profondes. Le problème n’est pas seulement la drogue, mais le vide qu’elle comble. Comment s’étonner que des adolescents se tournent vers les stupéfiants quand l’école algérienne, malgré ses efforts d’inclusion (brochure sur le handicap), reste un espace de reproduction sociale plutôt que d’émancipation ?

La jeunesse algérienne est prise en étau entre deux mondes : celui, traditionnel, des burnous et des kachabiyas, qui résiste mais peine à se renouveler ; et celui, globalisé, des réseaux sociaux et des addictions, qui offre une échappatoire illusoire. Le numérique, présenté comme un levier de modernisation (visites ministérielles en Italie, conférences sur la cybercriminalité), reste un outil mal maîtrisé. Les jeunes Algériens sont hyperconnectés, mais cette connectivité ne se traduit pas en opportunités économiques – faute d’un écosystème favorable aux startups, faute aussi d’une éducation qui formerait des citoyens critiques plutôt que des consommateurs passifs.

**TRADITIONS ET SOCIÉTÉ CIVILE : ENTRE FOLKLORISATION ET RÉSISTANCE**

Le 6ᵉ Festival du costume traditionnel algérien et le décès de la moudjahida Zineb El Mili rappellent une évidence : l’Algérie est un pays où la mémoire est à la fois un enjeu politique et un refuge identitaire. Mais cette mémoire est-elle encore vivante, ou se transforme-t-elle en folklore ?

La kachabiya et le burnous, symboles d’une Algérie rurale et résistante, sont aujourd’hui confrontés à une double menace : d’un côté, la mondialisation vestimentaire (fast fashion, marques internationales) qui uniformise les apparences ; de l’autre, une folklorisation orchestrée par l’État, qui instrumentalise la tradition pour masquer les fractures sociales. Le costume traditionnel devient un marqueur culturel, mais aussi un objet de consommation – porté lors des fêtes nationales, puis rangé au placard le reste de l’année.

La société civile, elle, tente de naviguer entre ces écueils. Les sessions de formation sur la transparence et la lutte contre la corruption, organisées par des associations, sont un signe encourageant. Mais elles butent sur une réalité implacable : en Algérie, dénoncer la corruption reste un acte de courage, voire de témérité. Les exemples de militants harcelés, d’avocats intimidés (à l’image de Jacques Vergès, dont l’héritage algérien est celui d’un défenseur des causes perdues), rappellent que la société civile opère dans un espace étroit, entre légalité et répression.

Là encore, les contradictions sont flagrantes. L’Algérie se présente comme un pays souverain, mais son accord d’association avec l’Europe (mentionné dans les actualités via les tensions avec Dubravka Šuica) est un rappel de sa dépendance économique. Elle célèbre ses traditions, mais peine à les adapter à un monde en mutation. Elle forme ses citoyens à la transparence, mais étouffe les voix dissidentes.

**SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET NUMÉRIQUE : LES DEUX VISAGES DE LA DÉPENDANCE**

Deux domaines, a priori éloignés, illustrent la même vulnérabilité algérienne : la sécurité alimentaire et le numérique.

D’un côté, l’alimentation ultra-transformée, saturée d’additifs cancérigènes, est devenue un problème de santé publique. Les études citées dans les actualités montrent que les Algériens consomment massivement des produits importés (sodas, plats préparés, snacks), souvent de mauvaise qualité. Le paradoxe ? L’Algérie, pays agricole, importe une grande partie de sa nourriture. Les terres fertiles de la Mitidja ou de l’Oranie pourraient nourrir le pays, mais l’agriculture algérienne reste sous-productrice, faute d’investissements et de modernisation.

De l’autre, le numérique. L’Algérie envoie des délégations en Italie pour des partenariats, organise des conférences sur la cybercriminalité, mais reste en retard sur les infrastructures et la formation. Le pays a raté le coche des GAFAM, et aujourd’hui, il tente de rattraper son retard en misant sur des startups locales – sans toujours leur donner les moyens de grandir. Le numérique algérien est un miroir de l’économie du pays : riche en talents, mais pauvre en écosystèmes.

Ces deux dépendances – alimentaire et numérique – sont les deux faces d’une même médaille. Elles révèlent une Algérie qui n’a pas su, ou pas pu, construire une autonomie stratégique. Le pays importe ce qu’il pourrait produire (nourriture, technologies), et exporte ce qu’il ne maîtrise pas (hydrocarbures, main-d’œuvre qualifiée).

**RELATIONS ALGÉRO-TUNISIENNES : LE FOOTBALL COMME MÉTAPHORE D’UNE RELATION AMBIVALENTE**

Les actualités sportives – pronostics pour la CAN, matchs Algérie-Burkina Faso – pourraient sembler anecdotiques. Elles ne le sont pas. Le football, en Afrique du Nord, est un langage politique. Les relations entre l’Algérie et la Tunisie, souvent tendues (questions frontalières, divergences sur la Libye, concurrence économique), trouvent dans le sport un exutoire et un terrain d’affrontement symbolique.

Le Maroc, omniprésent dans les actualités (modèle policier, initiative « École Ouverte »), est le troisième acteur de cette équation. L’Algérie, qui se présente comme le leader du Maghreb, voit son influence contestée par Rabat, qui avance ses pions sur les plans diplomatique, sécuritaire et culturel. La Tunisie, elle, oscille entre rapprochement avec Alger et tentation de se tourner vers l’Europe.

Le football, ici, est une métaphore. L’Algérie et la Tunisie sont deux pays frères, mais rivaux. Leurs économies sont complémentaires, mais leurs visions politiques divergent. Leurs jeunesses rêvent des mêmes

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