L’Algérie a enregistré une production record de tomates ces dernières années, avec des volumes dépassant les 2,5 millions de tonnes en 2024, selon les données du ministère de l’Agriculture. Pourtant, cette abondance ne se traduit pas par une présence significative sur les marchés internationaux. Plusieurs obstacles structurels et logistiques freinent les ambitions exportatrices du pays, malgré les efforts des autorités et des producteurs.
Des surplus locaux sans débouchés extérieurs
Les producteurs locaux, regroupés au sein de coopératives comme la COPEXAL (Coopérative des Producteurs Exportateurs de Légumes d’Algérie), soulignent le manque d’infrastructures adaptées. « Nous avons la capacité de produire, mais pas celle de conditionner et d’exporter dans les délais », explique Mohamed Benamara, président de la COPEXAL. Les centres de conditionnement et les chaînes du froid sont insuffisants, ce qui limite la durée de conservation des tomates et leur compétitivité sur les marchés étrangers.
Des normes sanitaires et douanières en obstacle
Les procédures douanières représentent un autre frein. Les exportateurs algériens doivent faire face à des retards administratifs et à des taxes à l’export, contrairement à leurs concurrents marocains ou tunisiens, qui bénéficient d’accords préférentiels avec l’UE. « Les formalités prennent parfois plus de temps que la durée de conservation des tomates », déplore un exportateur sous couvert d’anonymat.
Une stratégie gouvernementale en demi-teinte
Le ministère du Commerce a récemment annoncé la mise en place d’un guichet unique pour les exportateurs, censé simplifier les démarches. Mais selon les professionnels du secteur, cette mesure n’a pas encore produit d’effets concrets. « Les promesses sont là, mais sur le terrain, rien ne change », résume un agriculteur de la région de Mostaganem.
La concurrence régionale, un défi supplémentaire
Certains acteurs du secteur misent sur des niches, comme les tomates cerises ou les variétés bio, pour se différencier. Mais ces segments restent marginaux et nécessitent des investissements supplémentaires en recherche et développement. « Nous devons cibler des marchés spécifiques où nous avons un avantage, comme l’Afrique subsaharienne ou la Russie », suggère un expert en agroalimentaire.
Vers une relance des exportations ?
La formation des agriculteurs aux normes internationales et la création de partenariats avec des distributeurs étrangers pourraient aussi ouvrir de nouvelles perspectives. « L’Algérie a le potentiel, mais il faut une volonté politique forte et des moyens concrets », estime un consultant en agrobusiness.
Sans ces réformes, les tomates algériennes continueront de pourrir dans les champs ou d’être vendues à bas prix sur le marché local, alors que la demande mondiale ne cesse de croître.