Revue de presse : Éducation Algérie, Gastronomie algérienne, Énergie renouvelable Algérie…

**L’ALGÉRIE, OU L’ART DE DANSER SUR UN VOLCAN ÉTEINT (MAIS PAS TROP)**

L’Algérie contemporaine est un pays de contrastes si violents qu’ils en deviennent une esthétique politique. Entre l’annonce triomphale d’un exploit énergétique (600 mégawatts de renouvelables) et la condamnation arbitraire d’un journaliste à sept ans de prison, entre l’inauguration d’un hôpital flambant neuf à Touggourt et le classement désastreux du Maroc voisin en matière de santé, entre une présidentielle avancée en catimini et l’ouverture d’un café algérien à Londres, le pays semble osciller entre deux temporalités : celle, glorieuse, des grands récits nationaux, et celle, sordide, des réalités qui résistent. Ces actualités, lues en diagonale, pourraient passer pour un simple inventaire à la Prévert. En réalité, elles dessinent les contours d’un système qui, comme un funambule ivre, avance en équilibre précaire entre modernisation autoritaire et régression structurelle.

Le fil rouge ? Une schizophrénie institutionnelle où l’État algérien, tel un Janus à deux visages, présente une face lisse – celle des infrastructures, des exploits techniques, des symboles de souveraineté – tandis que l’autre, grimaçante, révèle les fissures d’un modèle à bout de souffle : répression des libertés, clientélisme économique, et une jeunesse qui, faute de perspectives, vote avec ses pieds (ou ses fourchettes, comme cette entrepreneuse de la diaspora à Londres).

**LE POUVOIR ET SES MIROIRS DÉFORMANTS : ÉLECTIONS, CINÉMA ET LA GRANDE MASCARADE**

**La présidentielle du 7 septembre : un scrutin ou un simulacre ?**

La réponse tient en un mot : légitimité. Le régime algérien, comme beaucoup de ses homologues autoritaires, a besoin de rituels électoraux pour se donner l’illusion d’une adhésion populaire. Mais ces élections sont aussi un miroir tendu à la société : elles révèlent l’ampleur du désenchantement. Les Algériens, surtout les jeunes, ne croient plus aux urnes. Ils votent avec leur absence, leur silence, ou leur départ. La diaspora, elle, vote avec ses euros – comme cette jeune femme qui ouvre un café à Londres, symbole d’une Algérie qui se reconstruit ailleurs, loin des carcans du système.

**Le cinéma algérien : quand la fiction dépasse la réalité (et la réalité dépasse la fiction)**

Rachid Hami, réalisateur de Pour la France, évoque les « rituels d’intégration » en France avec une lucidité qui résonne étrangement avec l’Algérie. Car le pouvoir algérien, lui aussi, impose ses propres rituels : ceux de la soumission. Le cinéma algérien contemporain, quand il n’est pas censuré, est souvent réduit à deux options : la nostalgie des luttes passées (pour flatter l’ego national) ou l’évasion pure (pour ne pas froisser les puissants). Entre les deux, il n’y a guère de place pour une critique sociale frontale.

Pourtant, c’est précisément dans ces interstices que se joue l’avenir du pays. Le cinéma, comme la gastronomie ou l’éducation, est un terrain de bataille symbolique où se mesure la capacité d’une société à se réinventer. Quand un réalisateur comme Hami interroge les mécanismes de l’intégration en France, il parle, sans le savoir, de l’Algérie : un pays où l’on exige des citoyens qu’ils s’intègrent à un système qui, lui, refuse de s’adapter à eux.

**L’ÉCONOMIE DE L’OMBRE : ENTRE SOUVERAINETÉ ÉNERGÉTIQUE ET CLIENTÉLISME GASTRONOMIQUE**

**600 mégawatts : l’exploit qui cache la forêt**

D’abord, 600 mégawatts, c’est dérisoire à l’échelle d’un pays qui ambitionne de devenir un hub énergétique régional. Pour comparaison, le Maroc, avec ses centrales solaires de Ouarzazate, produit déjà plus de 500 mégawatts par an. Ensuite, cette annonce intervient alors que le pays peine à moderniser son réseau électrique, vieillissant et sujet aux coupures. Enfin, et c’est le plus inquiétant, l’énergie renouvelable en Algérie reste un secteur largement contrôlé par l’État et ses affidés, avec peu de place pour les acteurs privés ou les initiatives locales.

C’est là que le bât blesse : l’Algérie est un pays riche en ressources, mais pauvre en gouvernance. Que ce soit dans l’énergie, les infrastructures ou la santé, les annonces triomphales cachent souvent des réalités sclérosées. Le nouvel hôpital de Touggourt, inauguré en grande pompe, contraste avec le classement désastreux du Maroc en matière de santé – mais pour combien de temps ? Les hôpitaux algériens, sous-financés et mal gérés, sont-ils condamnés à suivre la même trajectoire ?

**Les restaurants "Rahma" : la charité comme alibi**

Les restaurants « Rahma » – ces établissements qui servent des repas gratuits ou à prix symbolique – sont un symptôme de cette économie de l’ombre. Officiellement, ils incarnent la solidarité islamique. En réalité, ils révèlent l’échec de l’État-providence algérien. Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 30%, ces restaurants sont à la fois une soupape de sécurité et un piège à pauvreté : ils maintiennent les plus vulnérables dans une dépendance aux réseaux informels, sans leur offrir de véritable perspective d’émancipation.

La gastronomie, comme l’énergie ou le cinéma, est un marqueur des contradictions algériennes : un pays qui exporte ses talents (chefs, ingénieurs, artistes) mais qui, chez lui, étouffe l’initiative individuelle au profit d’un système verrouillé par les élites.

**L’ALGÉRIE ET SES DOUBLES : DIASPORA, TECHNOLOGIE ET LE RÊVE D’UNE AUTRE MODERNITÉ**

**La diaspora : l’Algérie qui gagne (ailleurs)**

Pourtant, cette diaspora est aussi une ressource inexploitée. Elle représente un potentiel économique et culturel colossal : des réseaux, des compétences, des investissements. Mais le régime algérien, méfiant envers ses propres enfants expatriés, préfère les considérer comme une menace plutôt que comme une opportunité. Résultat : l’Algérie se prive de ses meilleurs ambassadeurs.

**Technologie et consommation : le mirage du "Made in Algeria"**

Le « Made in Algeria » reste un slogan plus qu’une réalité. Les exemples de succès sont rares : quelques start-ups dans le numérique, des initiatives isolées dans l’agroalimentaire. Mais l’écosystème entrepreneurial est étouffé par la bureaucratie, la corruption et le manque de financement. Pendant ce temps, les consommateurs algériens, comme leurs homologues ivoiriens, sont prêts à payer plus cher pour des produits « sans pesticide » – preuve que la demande pour une économie plus vertueuse existe. Mais qui la satisfera ? Les multinationales étrangères, ou une industrie locale enfin libérée de ses chaînes ?

**INFRASTRUCTURES ET CYBERSÉCURITÉ : L’ALGÉRIE, FORTERESSE NUMÉRIQUE OU CHÂTEAU DE CARTES ?**

L’Algérie figure dans le top 7 des pays maghrébins les mieux préparés en matière de cybersécurité. Une bonne nouvelle, dans un contexte régional marqué par les cyberattaques et les ingérences étrangères. Pourtant, cette avancée cache une fragilité structurelle : la cybersécurité algérienne repose sur un modèle défensif, conçu pour protéger les infrastructures critiques (ports, aéroports, énergie) contre les menaces extérieures.

Mais que se passera-t-il quand la menace viendra de l’intérieur ? Quand des citoyens, lassés de la censure et de la répression, utiliseront les mêmes outils pour contourner le contrôle étatique ? L’Algérie est un pays où l’on peut sécuriser un aéroport, mais où l’on ne peut pas garantir la liberté d’expression en ligne. C’est cette contradiction qui, à terme

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