CMA CGM relance les investissements portuaires en Algérie

Le groupe français CMA CGM a confirmé cette semaine son engagement à développer des projets structurants dans le secteur portuaire algérien, malgré les tensions diplomatiques persistantes entre Alger et Paris. Rodolphe Saadé, PDG du géant du transport maritime, a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune au Palais d’El Mouradia pour discuter d’investissements concrets, selon des sources concordantes dont Le Figaro, Le Monde et CNews.

Les discussions ont porté sur plusieurs axes, notamment l’optimisation des infrastructures portuaires existantes et la création de nouvelles capacités logistiques. CMA CGM, qui opère déjà dans les ports algériens de Djen Djen, Alger et Oran, envisage d’étendre ses activités à travers des partenariats public-privé. Mesinfos rapporte que le groupe étudie des projets de modernisation des terminaux conteneurs et de développement de zones logistiques intégrées, sans préciser les montants engagés.

Un signal économique malgré les tensions

Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par le gel des relations diplomatiques entre l’Algérie et la France depuis 2021. Le président Tebboune a néanmoins souligné l’importance de séparer les questions économiques des différends politiques, une position réaffirmée par la présidence algérienne. « L’Algérie reste ouverte aux investissements étrangers qui contribuent à son développement économique », aurait déclaré Tebboune lors de l’entretien, selon les comptes rendus officiels.

CMA CGM, troisième armateur mondial, mise sur le potentiel logistique de l’Algérie, positionnée comme hub régional entre l’Europe et l’Afrique. Le groupe a déjà investi dans des infrastructures similaires au Maroc et en Égypte, où il gère des terminaux portuaires. En Algérie, ses activités représentent environ 30% du trafic conteneurisé national, selon des données de l’Autorité nationale des ports.

Modernisation des ports : un impératif stratégique

Les ports algériens, confrontés à des problèmes de congestion et de délais de traitement, nécessitent des investissements urgents. Le port de Djen Djen, principal hub conteneurisé du pays, a enregistré un trafic de 600 000 EVP (équivalent vingt pieds) en 2024, en hausse de 12% par rapport à l’année précédente. Cependant, ses capacités actuelles restent limitées face à la croissance des échanges, estimés à 8% par an.

Les projets évoqués avec CMA CGM pourraient inclure l’automatisation des opérations de manutention, l’extension des quais et l’amélioration des connexions ferroviaires et routières. Ces mesures visent à réduire les délais d’attente des navires, actuellement estimés à 48 heures en moyenne, contre 12 heures dans les ports européens.

Réactions et enjeux sectoriels

Les annonces de CMA CGM ont suscité des réactions mitigées dans le secteur. Certains acteurs locaux, comme le groupe public Entreprise Portuaire d’Alger (EPAL), saluent ces investissements comme une opportunité de modernisation. D’autres, à l’instar de la Fédération nationale des transporteurs routiers, expriment des craintes quant à une possible domination étrangère sur les infrastructures portuaires.

Le gouvernement algérien, via le ministère des Transports, a rappelé que ces partenariats s’inscrivent dans le cadre de la loi sur les investissements de 2022, qui encourage les capitaux étrangers dans des secteurs stratégiques. « Ces projets doivent générer des emplois locaux et des transferts de technologie », a précisé un responsable du ministère, sous couvert d’anonymat.

Perspectives logistiques régionales

L’Algérie cherche à renforcer sa position de plateforme logistique en Méditerranée. Le Plan de développement 2026-2030, cité par African Manager, prévoit des investissements de 5 milliards de dollars dans les infrastructures portuaires et ferroviaires. Parmi les projets phares figurent l’extension du port de Cherchell, la construction d’un nouveau terminal à Béjaïa et l’interconnexion des ports avec le réseau ferroviaire national.

CMA CGM pourrait jouer un rôle clé dans ces ambitions, notamment en développant des corridors logistiques vers l’Afrique subsaharienne. Le groupe a déjà lancé des liaisons directes entre l’Algérie et des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, réduisant les délais de transport de 15 à 10 jours.

Défis à relever

Les investissements étrangers dans le secteur portuaire algérien se heurtent à plusieurs obstacles. Les procédures administratives, souvent longues, et les retards dans l’exécution des projets publics freinent les initiatives privées. Le port de Djen Djen, par exemple, a connu des retards dans la livraison de ses équipements de manutention, initialement prévue pour 2023.

Par ailleurs, la concurrence régionale s’intensifie. Le Maroc, avec Tanger Med, et l’Égypte, avec Port-Saïd, attirent une part croissante des flux maritimes. Pour rester compétitive, l’Algérie devra accélérer ses réformes et améliorer son climat des affaires, selon un rapport récent de la Banque mondiale.

Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser les engagements de CMA CGM. Une délégation technique du groupe est attendue en Algérie pour finaliser les détails des projets, selon des sources proches des négociations. Ces discussions pourraient aboutir à des annonces officielles lors du Forum d’investissement algéro-français, prévu en octobre prochain.

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