Revue de presse : Économie Algérie, Formation professionnelle Algérie, Partis politiques Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan économique**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie parle plusieurs langues à la fois : celle des startups qui rêvent de Silicon Valley, celle des ouvriers de Vinci qui espèrent un contrat à durée indéterminée, celle des écrivains qui interrogent la mémoire coloniale, celle des agriculteurs du Sud qui luttent contre la désertification. Ces voix ne se répondent pas, ou si peu. Elles coexistent dans un même espace, mais sans dialogue, comme si le pays était une mosaïque dont les fragments refusaient de s’assembler.

Pourtant, des fils rouges traversent ces actualités éparses. Le premier est la dépendance persistante aux rentes, qu’elles soient pétrolières, géopolitiques ou symboliques. Le second est l’émergence d’une jeunesse qui bouscule les codes, mais dont les aspirations se heurtent à un système politique et économique verrouillé. Le troisième, enfin, est l’illusion du contrôle : l’État algérien, malgré ses discours volontaristes, semble toujours courir après les événements plutôt que de les anticiper.

**Les hydrocarbures, ou l’éternel retour du même**

Pourtant, les signes d’essoufflement sont là. Jumia quitte l’Algérie, symbole d’un e-commerce qui peine à décoller malgré les promesses. Les startups algériennes, elles, brillent dans les classements africains (38 villes du continent dans le top 1000 mondial en 2025), mais leur succès reste fragile : elles prospèrent dans les interstices d’un système qui les ignore, voire les combat. Yassir, Go, Longli… Ces licornes en devenir sont des îlots de modernité dans un océan de bureaucratie et de corruption.

La contradiction est flagrante : l’Algérie mise sur l’innovation numérique pour diversifier son économie, mais elle continue de signer des accords avec des géants étrangers pour exploiter ses ressources fossiles. Comme si le pays voulait courir deux lièvres à la fois – la transition énergétique et la perpétuation du modèle rentier – sans jamais choisir. Résultat : une schizophrénie économique qui se traduit par des politiques publiques incohérentes, où l’on subventionne à la fois les énergies renouvelables et l’essence à prix cassés.

**La formation professionnelle, ou l’école des désillusions**

La réponse tient en un mot : décalage. Décalage entre les compétences enseignées et les besoins du marché. Décalage entre les aspirations des jeunes et les réalités économiques. Décalage, enfin, entre les discours officiels sur la « jeunesse algérienne, avenir du pays » et les politiques concrètes, qui consistent souvent à exporter cette jeunesse vers l’Europe ou le Golfe.

Les accords de coopération dans les hydrocarbures ne font qu’aggraver ce problème. Ils créent des emplois, certes, mais des emplois précaires, dépendants des cycles du pétrole. Ils forment des techniciens, mais pas des innovateurs. Ils enrichissent quelques-uns, mais laissent la majorité sur le carreau. La formation professionnelle en Algérie est un miroir grossissant des contradictions du pays : elle promet l’émancipation, mais ne délivre que la dépendance.

**La presse et la littérature, ou l’art de contourner la censure**

Pourtant, la littérature algérienne, elle, continue de prospérer. Les 30 nouveaux livres à découvrir en novembre, l’album de jeunesse comme « espace de réflexion philosophique et idéologique » (selon la Revue algérienne des lettres), ou encore les débats autour de l’affaire du meurtre en Beauce en 2024 montrent une vitalité intellectuelle qui résiste. La littérature devient ainsi un exutoire, un moyen de contourner la censure en parlant du présent à travers le prisme du passé ou de la fiction.

Mais cette vitalité a un prix : elle est souvent cantonnée à des cercles restreints, loin des masses. Les écrivains algériens, comme leurs homologues journalistes, doivent choisir entre deux stratégies : soit ils s’exilent (physiquement ou symboliquement), soit ils adaptent leur discours pour éviter la répression. Dans les deux cas, c’est la société algérienne dans son ensemble qui en pâtit, privée d’un débat public libre et pluraliste.

**L’agriculture et l’irrigation, ou la guerre de l’eau**

Les projets solaires, comme celui de 724 MW en Angola, montrent que des alternatives existent. Mais en Algérie, le développement de l’énergie solaire semble toujours « torpillé », pour reprendre l’expression d’un article cité. Pourquoi ? Parce que les hydrocarbures restent la vache à lait du régime, et que toute transition énergétique menace les équilibres politiques. Résultat : l’Algérie, pays du soleil, importe encore une partie de son électricité et gaspille ses ressources hydriques.

L’agriculture algérienne est ainsi prise dans un étau : d’un côté, les besoins croissants d’une population en augmentation ; de l’autre, la désertification et la raréfaction de l’eau. Les solutions existent – irrigation goutte-à-goutte, cultures résistantes à la sécheresse, désalinisation – mais elles nécessitent des investissements massifs et une volonté politique qui fait défaut. En attendant, le pays continue de subventionner le blé et le lait, tout en laissant ses nappes phréatiques s’épuiser.

**L’industrie et la Bourse, ou le théâtre de l’absurde**

L’introduction en Bourse de Cash Plus est un symbole de cette économie de façade. La Bourse d’Alger, comme beaucoup d’institutions financières du pays, reste un marché étroit, dominé par quelques acteurs et peu transparent. Les investisseurs étrangers hésitent à s’y aventurer, et les Algériens eux-mêmes préfèrent placer leur argent dans l’immobilier ou à l’étranger. Résultat : la Bourse algérienne est un théâtre où l’on joue une pièce dont tout le monde connaît la fin.

Quant à l’industrie, elle est tiraillée entre deux modèles : celui, étatique, des grands complexes pétrochimiques et sidérurgiques, et celui, plus dynamique, des PME et startups. Mais ces deux mondes ne communiquent pas. Les géants publics, souvent inefficaces, étouffent les initiatives privées. Les startups, elles, doivent composer avec un environnement hostile : bureaucratie, corruption, manque de financement. L’Algérie a les moyens de devenir un hub industriel régional, mais elle préfère jouer la carte de la rente, plus sûre et plus rentable à court terme.

**Le sport et les infrastructures, ou le miroir des fractures sociales**

Le métro d’Alger, symbole de modernité, est régulièrement paralysé par des pannes et des grèves. Les travaux d’extension traînent, les usagers râlent, et les autorités promettent des améliorations… qui n’arrivent jamais. À Lyon ou Montpellier, les projets d’aménagement cyclable font débat, mais ils avancent. En Algérie, même les projets les plus simples se heurtent à des obstacles bureaucratiques et politiques.

Pourtant, le sport pourrait être un vecteur d’unité nationale. L’équipe de handball, malgré ses résultats médiocres, suscite toujours l’enthousiasme. Mais cet engouement est éphémère, car il n’est pas soutenu par une politique sportive ambitieuse. Les stades sont vétustes, les clubs manquent de moyens, et les jeunes talents préfèrent souvent partir à l’étranger. Le sport en Algérie, comme l’économie ou la culture, est un domaine où l’on gâche un potentiel immense par manque de vision.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

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