La transformation industrielle de l’Algérie depuis 2022 marque un tournant dans l’économie nationale. Selon Tunisie Numérique, le pays a atteint l’autosuffisance dans plusieurs secteurs clés et commence à exporter des produits manufacturés. Les chiffres officiels, relayés par le ministère de l’Industrie, confirment cette dynamique : la production locale a augmenté de 45 % en volume entre 2022 et 2025, avec une diversification notable des filières.
Des secteurs stratégiques en plein essor
L’agroalimentaire suit la même trajectoire. Le groupe Cevital a lancé en 2023 une ligne de production de lait en poudre à Béjaïa, réduisant les importations de 30 %. La société publique Agrodiv a quant à elle exporté 5 000 tonnes de dattes vers l’Asie en 2024, un record historique. Ces performances s’appuient sur des investissements publics de 1,8 milliard de dollars dans les zones industrielles de Sétif, Oran et Annaba.
Les hydrocarbures financent la diversification
Le président Abdelmadjid Tebboune a insisté lors du Conseil des ministres du 15 novembre 2024 sur la nécessité de « consolider ces acquis et d’accélérer l’export ». Les recettes hors hydrocarbures ont atteint 7,2 milliards de dollars en 2024, contre 3,8 milliards en 2021, selon la Banque d’Algérie. Les produits manufacturés représentent désormais 22 % de ces exportations, contre 8 % il y a trois ans.
Les défis structurels persistent
L’accès au financement constitue un autre défi. Les PME, qui représentent 90 % du tissu industriel, peinent à obtenir des crédits bancaires. La Banque extérieure d’Algérie (BEA) a lancé en 2024 un fonds de 500 millions de dollars pour soutenir les start-up industrielles, mais son déploiement reste limité. Le patronat algérien, représenté par l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), réclame une simplification des procédures et une réduction des taux d’intérêt, actuellement fixés à 8 % pour les prêts industriels.
Les partenariats internationaux s’intensifient
Les relations avec la France se recentrent sur les PME. Lors du Forum économique algéro-français de mai 2024, 25 conventions ont été signées entre des entreprises des deux pays, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire et des énergies renouvelables. Le groupe français Schneider Electric a inauguré en 2024 une usine de fabrication de panneaux solaires à Ouargla, avec une capacité de 200 MW par an.
L’innovation comme levier de croissance
Les start-up technologiques jouent un rôle croissant. Le hub d’innovation « Sidi Abdellah » à Alger a incubé 120 projets depuis 2022, dont 30 dans l’industrie 4.0. La société Numidis, spécialisée dans les solutions logicielles pour l’industrie, a levé 10 millions de dollars en 2024 auprès d’investisseurs locaux et étrangers. Son PDG, Karim Benamara, explique que « l’Algérie dispose d’un vivier d’ingénieurs qualifiés, mais il faut les former aux nouvelles technologies pour rester compétitifs ».
Les prochaines étapes
Les observateurs économiques, comme l’analyste Mustapha Mekideche, soulignent que « le succès de cette stratégie dépendra de la capacité à attirer les investisseurs étrangers et à former une main-d’œuvre qualifiée ». Les prochains mois seront décisifs, avec le lancement attendu de plusieurs méga-projets, dont une usine de batteries électriques à Skikda en partenariat avec le groupe chinois CATL.