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**L’Algérie à l’épreuve du réel : entre le mythe de l’autosuffisance et la tentation du grand large**
L’Algérie contemporaine se débat dans une contradiction fondatrice : celle d’une nation qui, après des décennies de rente pétrolière et de discours souverainistes, se retrouve à négocier son insertion dans la mondialisation avec la délicatesse d’un funambule sur un fil tendu entre le désert et la Méditerranée. Les actualités de ces derniers mois dessinent une carte où se superposent les ambitions géostratégiques, les fragilités structurelles et les paradoxes d’une société en quête d’un nouveau récit. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de hasard : chaque domaine, chaque annonce, chaque chiffre s’inscrit dans une logique plus large, où l’Algérie joue simultanément sur plusieurs tableaux – celui de la puissance régionale, celui du laboratoire économique, celui du miroir brisé de ses propres contradictions.
Prenons un exemple : le retour des investisseurs chinois dans le phosphate, couplé à l’implantation qatarie dans l’agriculture, n’est pas une simple coïncidence. Il s’agit d’une reconfiguration des alliances économiques où l’Algérie, après avoir tourné le dos à l’Europe pendant des années, se retrouve à courtiser les puissances asiatiques et du Golfe pour financer sa transition énergétique et agricole. Mais cette diversification des partenariats cache mal une réalité plus crue : l’Algérie reste prisonnière d’un modèle économique extraverti, où les exportations de gaz et les importations de blé, de viande ou de technologies solaires forment les deux faces d’une même pièce – celle d’une dépendance qui se renouvelle sans se résoudre.
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**L’énergie, ou l’éternel recommencement : entre soleil et gazoducs**
L’Algérie mise sur les énergies renouvelables comme d’autres misent sur un billet de loterie : avec l’espoir fou que le solaire et l’éolien remplaceront un jour les hydrocarbures, mais sans jamais vraiment y croire. Les annonces répétées sur les projets solaires – comme cette Deuxième Conférence Internationale sur les Énergies Renouvelables à Alger – ressemblent à s’y méprendre à des rituels incantatoires. On y célèbre les « efforts » du pays, on souligne les « potentiels », mais on évite soigneusement de poser la question qui fâche : pourquoi, après quinze ans de discours sur la transition énergétique, l’Algérie reste-t-elle le troisième exportateur de gaz vers l’Europe, avec des importations françaises en hausse de 92 % en six mois ?
La réponse tient en un mot : dépendance. Le gaz algérien est une rente trop facile, trop immédiate, pour que les élites au pouvoir – politiques comme économiques – acceptent de s’en détourner. Le solaire, lui, exige des investissements lourds, une stabilité juridique, une transparence des marchés… Autant de conditions qui entrent en collision avec le système clientéliste et opaque qui structure l’économie algérienne. Résultat : les projets solaires avancent au rythme d’un escargot sous morphine, tandis que les gazoducs vers l’Europe continuent de cracher leur manne.
Pourtant, un détail intrigue : l’Algérie commence à exporter son savoir-faire en matière de réutilisation des eaux traitées. Une niche technologique qui, si elle était développée, pourrait faire du pays un leader régional. Mais là encore, le paradoxe saute aux yeux : comment un État qui peine à gérer ses propres ressources hydriques peut-il prétendre exporter des solutions ? La réponse est cynique : parce que les eaux traitées, comme le solaire, sont des marchés porteurs pour les investisseurs étrangers – chinois, qataris, indonésiens – qui voient dans l’Algérie un terrain de jeu, pas un partenaire égal.
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**Agriculture et souveraineté alimentaire : le Qatar à la rescousse, ou comment externaliser sa survie**
L’annonce du Qatar prêt à faire pousser du blé en Algérie est un symbole si parfait qu’on croirait à une fable géopolitique. Voici un pays du Golfe, dont les terres arables sont quasi inexistantes, qui vient cultiver en Algérie ce que cette dernière importe massivement depuis des décennies. Derrière l’anecdote se cache une réalité brutale : l’Algérie, malgré ses 2,3 millions de km², est incapable de nourrir sa population. Les importations de blé, de lait et de viande – notamment en provenance de France – ont explosé ces dernières années, au point que les autorités ont dû « couper le robinet » aux produits français en 2025, provoquant une crise diplomatique et une chute des échanges agricoles.
Pourquoi cette dépendance ? Parce que l’agriculture algérienne, malgré des potentialités immenses, reste un secteur sous-investi, gangrené par la corruption et les subventions inefficaces. Les terres sont mal exploitées, les infrastructures de stockage défaillantes, et les petits agriculteurs, abandonnés à leur sort, préfèrent souvent vendre leurs parcelles à des promoteurs immobiliers plutôt que de se battre contre les aléas climatiques et administratifs.
Dans ce contexte, l’arrivée du Qatar est à la fois une bouée de sauvetage et une humiliation. Une bouée, car elle permet d’envisager une réduction des importations ; une humiliation, car elle confirme que l’Algérie, malgré ses discours sur la souveraineté, doit compter sur des acteurs extérieurs pour assurer sa sécurité alimentaire. Le partenariat avec l’Indonésie en matière agricole va dans le même sens : l’Algérie cherche des alliés pour moderniser son secteur, mais au prix d’une perte de contrôle sur ses propres ressources.
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**Les Algériens de l’étranger : entre intégration et schizophrénie identitaire**
Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres des champs de blé qataris et des centrales solaires en gestation, les Algériens de la diaspora continuent de vivre une double vie – ou plutôt, une vie en double. Les débats sur les « couples mixtes », la « double culture » ou l’ »épistémologie de la mixité » (pour reprendre les termes des articles cités) révèlent une société algérienne en proie à une crise existentielle. D’un côté, l’État encourage le retour des compétences et des capitaux de la diaspora ; de l’autre, il entretient une méfiance viscérale envers ceux qui ont choisi de vivre à l’étranger, comme s’ils étaient des traîtres en puissance.
Cette schizophrénie se lit dans les chiffres : les transferts d’argent des Algériens de l’étranger représentent plus de 2 milliards de dollars par an, un apport vital pour l’économie nationale. Pourtant, ces mêmes Algériens sont souvent traités avec condescendance par les autorités, quand ils ne sont pas purement et simplement ignorés. Les « couples mixtes », célébrés dans les médias comme un symbole d’ouverture, restent en réalité un sujet de tensions, tant pour les familles que pour les institutions. Comment concilier l’islam algérien, souvent rigoriste, avec des unions interreligieuses ou interculturelles ? Comment vivre en France, en Belgique ou au Canada tout en restant « algérien » aux yeux d’un État qui exige une loyauté sans faille ?
La réponse est simple : on ne le peut pas. D’où cette impression de décalage permanent, où les Algériens de l’étranger sont à la fois une ressource et une menace, une fierté et une honte. Leur situation reflète celle du pays tout entier : tiraillé entre le désir de s’ouvrir au monde et la peur de perdre son âme.
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**Artisanat et tourisme : le mirage de l’économie post-pétrole**
L’artisanat algérien, souvent présenté comme un secteur d’avenir, est lui aussi pris dans les rets de cette contradiction. Les 47 000 touristes étrangers qui ont visité le Sahara en 2024-2025 sont une goutte d’eau dans l’océan des besoins économiques du pays. Pourtant, les autorités en font grand cas, comme si le tourisme pouvait remplacer les revenus du gaz. Le problème, c’est que le tourisme en Algérie reste un secteur sous-développé, freiné par des infrastructures défaillantes, une bureaucratie kafkaïenne et une insécurité persistante dans certaines régions.
Quant à l’artisanat, il souffre d’un mal plus profond : celui de la folklorisation. Les savoir-faire traditionnels – poterie, tissage, orfèvrerie – sont souvent réduits à des produits d’exportation bas de gamme, vendus dans des boutiques d’aéroport ou sur des plateformes en ligne comme des curiosités exotiques. L’exemple de la « mode algérienne » est à cet égard révélateur : on célèbre son « héritage » et son « storytelling », mais on oublie de poser la question cruciale – comment transformer ces atouts en une industrie compétitive, capable de rivaliser avec le Maroc ou la Tunisie ?
La mort de Bachir Yelles, doyen des plasticiens algériens, est un symbole de cette difficulté. L’art algérien, comme l’artisanat, oscille entre deux écueils : celui de la muséification (réduit à un folklore pour touristes) et celui de la radicalité politique (trop subversif pour être soutenu par l’État). Entre les deux, il n’y a guère de place pour une création autonome, financée par des mécènes privés ou des institutions publiques transparentes.
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**Géopolitique du Maghreb : l’Algérie entre deux feux**
Sur le plan régional, l’Algérie joue une partition complexe. D’un côté, elle se pose en leader du Maghreb, multipliant les initiatives pour attirer les investisseurs (comme cette conférence sur les mines) et affirmant sa souveraineté maritime dans un contexte de tensions croissantes en Méditerranée. De l’autre, elle reste prisonnière des dynamiques géopolitiques qui la dépassent : la rivalité avec le Maroc, les pressions de l’OTAN, les appétits des puissances étrangères pour ses ressources.
La question des frontières maritimes, évoquée dans les débats sur la souveraineté, est emblématique. L’Algérie revendique des zones économiques exclusives, mais elle doit composer avec les ambitions du Maroc (qui a signé un accord avec Israël sur la pêche en Méditerranée) et les manœuvres de l’Union européenne, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en gaz. Dans ce jeu de dupes, l’Algérie tente de jouer les équilibristes, mais elle risque à tout moment de basculer – soit dans une confrontation ouverte avec le Maroc, soit dans une soumission accrue aux intérêts européens.
Le sport, souvent présenté comme un exutoire, reflète ces tensions. La CAN 2025, avec ses quarts de finale et ses espoirs de victoire, est un miroir grossissant des ambitions algériennes. Une victoire en Coupe d’Afrique serait célébrée comme un symbole de puissance nationale, un moyen de fédérer une population divisée. Mais derrière les drapeaux et les hymnes, il y a la réalité d’un football algérien en crise : infrastructures vieillissantes, corruption