L’Algérie accélère sa transition énergétique face au déclin pétrolier

L’Algérie, premier exportateur de gaz naturel en Afrique et membre clé de l’OPEP, prépare une refonte de son modèle économique pour anticiper la baisse des revenus pétroliers. Cette semaine, le gouvernement a présenté un plan ambitieux pour diversifier ses sources de revenus, avec un accent particulier sur les énergies renouvelables et l’hydrogène vert. Selon des documents officiels consultés par El Watan, ce plan, baptisé « Horizon 2030 », vise à réduire la dépendance aux hydrocarbures de 90 % à 60 % du budget de l’État d’ici la fin de la décennie.

Une stratégie à 50 milliards de dollars

La Sonatrach, géant national des hydrocarbures, joue un rôle central dans cette transition. Son PDG, Rachid Hachichi, a révélé que l’entreprise prévoit de consacrer 10 % de ses investissements annuels aux énergies propres. « Nous ne pouvons plus ignorer les signaux du marché. La demande mondiale en pétrole va diminuer, et nous devons nous adapter », a-t-il affirmé lors d’un forum économique à Oran. La Sonatrach a déjà lancé des appels d’offres pour des parcs solaires dans le sud du pays, où l’ensoleillement dépasse 3 000 heures par an.

Le solaire, pilier de la transition

Cependant, des défis persistent. Le réseau électrique algérien, vieillissant et centralisé, peine à intégrer les énergies intermittentes comme le solaire et l’éolien. Le ministre de la Transition énergétique, Benattou Ziane, a reconnu que des investissements massifs dans les smart grids et le stockage d’énergie seront nécessaires. « Nous devons moderniser notre infrastructure pour éviter les black-outs et garantir une distribution stable », a-t-il expliqué lors d’une visite à la centrale de Hassi R’Mel.

L’hydrogène vert, une nouvelle frontière

La Compagnie nationale des énergies renouvelables (CNER) a déjà lancé des études de faisabilité pour des usines de production d’hydrogène vert dans le Sahara. « Nous avons l’espace, le soleil et le vent. Il ne nous manque que les infrastructures et les investissements », a déclaré le directeur de la CNER, Cherif Benhabiles, dans un entretien avec Horizons. Le gouvernement a créé un fonds souverain de 2 milliards de dollars pour financer ces projets, alimenté par les recettes pétrolières actuelles.

Les défis sociaux et environnementaux

Par ailleurs, les projets solaires et éoliens suscitent des tensions avec les populations locales. Dans la wilaya de Béchar, des éleveurs ont protesté contre l’installation de panneaux solaires sur des terres pastorales. « Le gouvernement doit consulter les habitants avant de lancer ces projets », a déclaré un représentant des éleveurs à El Khabar. Le ministère de l’Environnement a promis de mettre en place des mécanismes de concertation pour éviter les conflits.

Une opportunité pour l’Algérie

Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé l’engagement de l’Algérie lors du dernier Conseil des ministres. « Notre objectif n’est pas seulement de remplacer le pétrole, mais de construire une économie résiliente et diversifiée », a-t-il déclaré. Le gouvernement a également lancé un programme de sensibilisation pour inciter les citoyens à adopter les énergies renouvelables, avec des subventions pour l’installation de panneaux solaires dans les foyers.

L’Algérie se trouve à un carrefour. Si elle réussit sa transition, elle pourrait devenir un modèle pour les pays africains dépendants des hydrocarbures. Si elle échoue, elle risque de subir un déclin économique similaire à celui du Venezuela. Les prochaines années seront décisives.

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