Revue de presse : Changement climatique Algérie, Gastronomie algérienne, Culture algérienne…

**LA FIÈVRE ET L’INERTIE : UN PAYS ENTRE DEUX TEMPS**

L’Algérie contemporaine est un pays en tension permanente entre deux forces contradictoires : une volonté affichée de modernisation, portée par des projets pharaoniques et des discours volontaristes, et une inertie structurelle qui rappelle, parfois tragiquement, les blocages d’un système hérité des décennies post-indépendance. Les actualités récentes dessinent une carte où se superposent les espoirs de rupture et les spectres du passé – comme si l’État algérien, tel un joueur d’échecs, avançait ses pions sans jamais oser sacrifier sa reine : la rente hydrocarbure.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence stratégique entre les domaines. Le solaire côtoie le charbon, la diversification économique bute sur la persistance des logiques extractivistes, la culture est célébrée comme un patrimoine tout en étant instrumentalisée comme un outil de légitimation politique, et les droits des femmes restent prisonniers d’un cadre juridique et social qui oscille entre réformes cosmétiques et régressions conservatrices. L’Algérie n’est pas un pays en crise, mais un pays en suspension – comme si elle attendait un déclic qui ne vient pas, ou qui vient trop lentement.

**LA RENTE, CE SPECTRE QUI HANTE L’ÉCONOMIE**

**Le phosphate, nouveau mirage ou vraie diversification ?**

Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, et son homologue de l’Industrie, Ahmed Hanifi, multiplient les déclarations sur les « grands projets structurants », mais où est la chaîne de valeur ? Où sont les usines de transformation, les emplois qualifiés, les retombées pour les régions productrices ? Le phosphate algérien sera-t-il, comme le gaz, exporté brut pour enrichir quelques-uns et appauvrir les territoires ? La question n’est pas rhétorique : elle révèle une contradiction fondamentale entre la volonté affichée de diversification et la persistance d’un modèle rentier.

**Le solaire, entre opportunité et greenwashing d’État**

Pourtant, deux ombres planent sur cette transition :
1. Le charbon, ce non-dit environnemental : Alors que le monde tourne le dos aux énergies fossiles, l’Algérie continue d’investir dans des centrales à charbon, comme celle de Kenadsa (1 320 MW). Officiellement, il s’agit d’une solution « transitoire ». En réalité, c’est un aveu d’échec : le pays n’a pas su, ou voulu, anticiper la transition énergétique. Le charbon, c’est l’énergie du passé – polluante, coûteuse, et socialement explosive (les mines algériennes ont une histoire de luttes ouvrières sanglantes).
2. L’absence de cadre juridique incitatif : Les investisseurs étrangers se plaignent du manque de stabilité réglementaire et des lourdeurs administratives. Sans une loi sur les énergies renouvelables claire et attractive, le solaire restera un secteur marginal, subventionné par l’État plutôt que porté par le privé.

La transition énergétique algérienne est donc un miroir grossissant des contradictions du pays : entre ambition et immobilisme, entre innovation et nostalgie du tout-État.

**LA CULTURE, ENTRE MÉMOIRE ET INSTRUMENTALISATION**

**Hocine Aït Ahmed et Frantz Fanon : deux fantômes qui hantent l’Algérie**

De même, la référence à Frantz Fanon, dont on célèbre cette année le 60e anniversaire de la mort, est révélatrice. Fanon, théoricien de la décolonisation et de la violence libératrice, est souvent cité en Algérie comme un symbole de la lutte anticoloniale. Pourtant, son analyse des dérives post-indépendance – la bourgeoisie nationale qui trahit les idéaux révolutionnaires, la bureaucratie qui étouffe la société civile – reste taboue. L’Algérie officielle aime Fanon le combattant, mais pas Fanon le critique.

Cette instrumentalisation de l’histoire sert un double objectif :
Légitimer le pouvoir : En s’appropriant les figures de la Révolution, le régime se présente comme l’héritier naturel de 1954, justifiant ainsi son monopole sur la mémoire nationale.
Étouffer les débats : En réduisant l’histoire à une narration héroïque, on évite d’aborder les échecs du système – la corruption, l’autoritarisme, l’échec du développement.

**Tourisme mémoriel en Kabylie : quand la culture devient un produit**

La culture algérienne est donc à la fois un trésor et un champ de bataille. Elle est célébrée quand elle sert le récit national, mais étouffée quand elle le conteste.

**LES FEMMES, ENTRE PROGRÈS LÉGISLATIFS ET RÉGRESSIONS SOCIALES**

**Succession, mariage temporaire : les droits des femmes dans l’étau du conservatisme**

Ces questions révèlent une tension plus large entre :
Un État qui se veut modernisateur : Le président Tebboune a récemment appelé les Algériennes à « jouer un rôle plus actif dans la société », et des figures comme la ministre de la Solidarité, Kaoutar Krikou, multiplient les discours sur l’égalité.
Une société profondément patriarcale : Les mentalités évoluent lentement, et les réformes législatives se heurtent à des résistances culturelles et religieuses.

L’Algérie est donc un pays où les femmes sont à la fois des actrices majeures de l’économie (elles représentent 30 % de la main-d’œuvre) et des citoyennes de seconde zone, dont les droits sont sans cesse négociés entre l’État et les conservateurs.

**INTERNET ET NUMÉRIQUE : ENTRE CENSURE ET OPPORTUNITÉS**

**L’Algérie dans le classement PIB par habitant : un miroir déformant**

Pourtant, le numérique pourrait être un levier de développement. Des initiatives comme Synapes AI, qui automatise la relation client, ou les projets de transformation numérique à l’étranger (comme à Hanoï), montrent que l’Algérie a des atouts. Mais deux obstacles majeurs persistent :
1. La fracture numérique : Seulement 60 % des Algériens ont accès à Internet, et les zones rurales sont largement exclues. Sans une politique volontariste d’inclusion numérique, le pays risque de creuser les inégalités.
2. La censure : Les réseaux sociaux sont régulièrement bloqués (comme lors des manifestations de 2019-2021), et les journalistes en ligne sont harcelés. Comment développer une économie numérique dans un pays où l’État contrôle étroitement l’information ?

Le numérique algérien est donc un paradoxe : un secteur en croissance, mais bridé par un État qui craint la liberté d’expression.

**LES HÔPITAUX, SYMBOLE D’UN SYSTÈME DE SANTÉ À LA DÉRIVE**

**L’hôpital algéro-qataro-allemand : vitrine ou mirage ?**

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