Revue de presse : Changement climatique Algérie, Culture algérienne, Pharmacie Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’un siècle de promesses inachevées**

L’Algérie contemporaine se présente comme un palimpseste où s’entremêlent les strates d’un passé colonial encore brûlant, les cicatrices d’une guerre civile des années 1990, et les espoirs d’une jeunesse avide de modernité. Les dix domaines d’actualité qui agitent le pays en ce début 2024 ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’une société en tension permanente entre trois forces contradictoires : la dépendance aux hydrocarbures, la quête d’autonomie stratégique, et l’urgence d’une transition qui tarde à advenir.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’asymétrie des temporalités. D’un côté, l’Algérie se projette dans l’avenir avec des salons internationaux sur les énergies renouvelables, des programmes culturels ambitieux, et une recherche médicale en ébullition. De l’autre, elle reste ancrée dans des logiques héritées du XXe siècle : une économie rentière, des accords historiques avec la France qui ressurgissent comme des fantômes, et une jeunesse dont les aspirations se heurtent à un marché du travail sclérosé. Comment concilier ces rythmes discordants ? La réponse algérienne, à mi-chemin entre pragmatisme et schizophrénie, dessine les contours d’un modèle en quête de lui-même.

**Les hydrocarbures, ou l’éternel retour du même**

Sonatrach, fleuron national, annonce une production supplémentaire de 3,7 millions de tonnes de raffinage et plus de 3 milliards de dollars d’investissements. À première vue, c’est une bonne nouvelle : le pays mise sur son pétrole et son gaz pour financer sa transition énergétique. Mais cette stratégie relève d’une paradoxe structurel : l’Algérie investit dans les énergies fossiles pour préparer l’après-pétrole, comme un fumeur qui achèterait des cigarettes pour financer son sevrage.

Le problème n’est pas tant la manne financière – bien réelle – que son affectation. Où passe l’argent du pétrole ? La question, posée crûment par les médias, reste sans réponse claire. Les hydrocarbures représentent encore 90 % des exportations et 60 % des recettes budgétaires. Pourtant, malgré cette rente, le pays peine à diversifier son économie, à créer des emplois durables pour sa jeunesse, ou à moderniser ses infrastructures. La malédiction des ressources n’est pas une fatalité, mais elle exige une volonté politique que l’Algérie, jusqu’ici, n’a pas su – ou voulu – mobiliser.

Cette dépendance se reflète dans les autres secteurs. La transition énergétique, célébrée à Oran lors du Salon international des énergies renouvelables, reste un chantier marginal comparé aux investissements dans les hydrocarbures. Les discours sur la souveraineté énergétique sonnent creux quand on sait que le pays importe encore une partie de son électricité et que les subventions aux énergies fossiles engloutissent des milliards. L’Algérie est-elle condamnée à reproduire le modèle rentier, ou peut-elle en sortir ? La réponse dépendra de sa capacité à transformer la rente pétrolière en capital productif – un défi qui dépasse largement le cadre technique pour toucher à l’organisation même de l’État.

**Culture et éducation : les deux faces d’une même médaille brisée**

Le Salon national de l’artisanat à Tizi-Ouzou et les 54 manifestations prévues par la Safex en 2024 témoignent d’une vitalité culturelle indéniable. L’Algérie mise sur ses traditions, son artisanat, et ses foires pour affirmer une identité postcoloniale et attirer les investisseurs. Mais cette effervescence culturelle contraste avec un système éducatif en crise.

Les chiffres de l’UNESCO sont éloquents : le nombre d’étudiants dans le supérieur a plus que doublé en vingt ans. Pourtant, cette massification ne s’est pas accompagnée d’une amélioration qualitative. L’université algérienne forme des diplômés sans débouchés, tandis que la recherche scientifique, malgré quelques initiatives louables, reste sous-financée (904 millions d’euros de coupes budgétaires en France, mais l’Algérie, elle, peine à allouer 1 % de son PIB à la recherche).

Le Maroc, voisin et rival, offre un contre-exemple saisissant : la fécondité y a chuté grâce à la contraception, et non au recul du mariage. En Algérie, la transition démographique est plus lente, et le taux de chômage des jeunes dépasse les 30 %. Culture et éducation devraient être les piliers d’une économie de la connaissance, mais elles restent des variables d’ajustement dans un système où l’urgence prime sur la vision.

**Santé et pharmacie : entre souveraineté et dépendance**

La recherche médicale algérienne est en plein essor, avec des campagnes de vaccination contre la rougeole et des réflexions sur le rôle du numérique dans la santé. Pourtant, le secteur reste dépendant des importations de médicaments, et la récente décision de la France d’imposer des obligations strictes aux laboratoires qui veulent cesser de produire des médicaments essentiels rappelle une réalité cruelle : l’Algérie n’a pas encore conquis son autonomie pharmaceutique.

Cette dépendance est d’autant plus inquiétante que le pays fait face à des défis sanitaires majeurs, comme le trachome, une maladie oculaire évitable mais encore endémique dans certaines régions. La santé est un enjeu de souveraineté, mais aussi de justice sociale. Or, les inégalités d’accès aux soins persistent, et les hôpitaux publics, malgré les efforts du ministère, souffrent de pénuries et de manque de moyens.

La coopération internationale, souvent présentée comme une solution, n’est qu’un pansement sur une plaie ouverte. L’Algérie a les ressources humaines et financières pour développer une industrie pharmaceutique locale, mais elle manque de volonté politique pour briser les rentes et les réseaux d’importation qui profitent à une minorité.

**Histoire et mémoire : les fantômes du passé qui hantent le présent**

L’actualité de l’Accord franco-algérien de 1968, dénoncé par l’Assemblée nationale française, est un rappel brutal : l’histoire coloniale n’est pas un sujet clos. Cet accord, qui régissait les flux migratoires entre les deux pays, a été un outil de gestion postcoloniale, mais aussi un symbole des rapports de domination qui persistent.

La question des pieds-noirs, souvent instrumentalisée, révèle une mémoire fracturée. Certains y voient des colons, d’autres des acteurs d’une histoire partagée. Mais au-delà des polémiques, une réalité s’impose : la France et l’Algérie restent liées par des liens économiques, culturels et humains qu’aucune dénonciation d’accord ne pourra effacer.

Cette histoire pèse sur le présent. Les jeunes Algériens qui fuient vers la Tunisie, présentée comme une « destination de liberté », sont les héritiers de cette mémoire. Ils cherchent ailleurs ce que leur pays ne leur offre pas : des opportunités, une stabilité, un avenir. L’Algérie doit-elle tourner la page de son histoire, ou au contraire l’assumer pour mieux se construire ? La réponse n’est pas simple, mais une chose est sûre : tant que le passé sera utilisé comme une arme politique, le pays restera prisonnier de ses vieux démons.

**Sport et jeunesse : l’exutoire d’une génération en quête de sens**

Les performances des athlètes algériens, comme la participation à la CAN de basket 3×3 ou les Jeux méditerranéens de Taranto, sont souvent présentées comme des succès nationaux. Mais derrière ces exploits se cache une réalité plus sombre : le sport est devenu un exutoire pour une jeunesse en mal de repères.

Le basket 3×3, discipline urbaine et accessible, attire des milliers de jeunes Algériens. Pourtant, les infrastructures manquent, et les carrières sportives restent précaires. Le sport pourrait être un levier de cohésion sociale et de développement économique, mais il est trop souvent relégué au rang de divertissement.

La jeunesse algérienne, hyperconnectée et informée, est en première ligne des contradictions du pays. Elle aspire à la modernité, mais se heurte à un système verrouillé. Internet, présenté comme une fenêtre sur le monde, est aussi un miroir de ses frustrations : chômage, corruption, manque de perspectives. La Tunisie, voisine plus libérale, attire ceux qui veulent échapper à cette impasse. Mais cette fuite des cerveaux et des talents est une hémorragie pour l’Algérie.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2024 est un pays à la fois résilient et fragile, riche de ses ressources et de sa jeunesse, mais prisonnier de ses contradictions. Pour sortir de l’impasse, trois scénarios se dessinent :

1. Le statu quo rentier : L’Algérie continue de miser sur les hydrocarbures, en espérant que la manne financière suffira à financer une transition lente et désordonnée. Ce scénario, le plus probable à court terme, mène à une crise sociale et économique quand les réserves s’épuiseront.

2. La rupture autoritaire : Face aux tensions, le pouvoir pourrait durcir sa ligne, museler les contestations et imposer des réformes par le haut. Ce scénario, déjà expérimenté dans le passé, risque de provoquer une explosion sociale ou une fuite massive des cerveaux.

3. La transition systémique : L’Algérie pourrait enfin engager une réforme structurelle : diversification économique, investissements massifs dans l’éducation et la recherche, autonomie pharmaceutique, et réconciliation avec son histoire. Ce scénario, le plus souhaitable, exige une volonté politique sans précédent et une rupture avec les logiques clientélistes.

Le temps presse. Les énergies renouvelables, la culture, la jeunesse, la santé : tous ces domaines sont des opportunités, mais aussi des bombes à retardement. L’Algérie a les moyens de devenir une puissance régionale, mais elle doit d’abord se libérer de ses propres chaînes.

La question n’est pas de savoir si le pays changera, mais comment. Et surtout, à quel prix.

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