Revue de presse : Athlètes algériens, Énergie renouvelable Algérie, Artisanat algérien…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur les failles d’un État-continent**

L’Algérie contemporaine se révèle comme un palimpseste où s’entrelacent les strates d’un passé inachevé, les secousses d’un présent instable et les promesses d’un futur sans cesse reporté. Les actualités de ces derniers mois, aussi disparates qu’elles puissent paraître, dessinent les contours d’une société en tension permanente entre trois forces : l’héritage révolutionnaire, la dépendance structurelle aux rentes et l’urgence d’une modernisation par à-coups. Ces fils rouges, loin d’être parallèles, s’enchevêtrent dans une toile où chaque domaine – du sport à l’énergie, de la jeunesse à la mémoire historique – devient le miroir grossissant des contradictions algériennes.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie avance par saccades, comme un corps dont les membres agiraient en ordre dispersé, sans coordination centrale. Pourtant, derrière cette apparente fragmentation, se cache une logique implacable : celle d’un système qui survit en intégrant ses propres contradictions, plutôt qu’en les résolvant. Le football, les énergies vertes, la digitalisation bancaire ou le métro d’Alger ne sont pas des secteurs isolés – ils sont les symptômes d’une même maladie chronique : l’incapacité à transformer les ressources en développement durable.

**1. Le football, métaphore d’une nation en quête de héros**

Hakim Malek, vétéran du ballon rond algérien, déclare vouloir « contribuer au football algérien » avec la même ferveur que s’il s’agissait d’un devoir patriotique. Derrière cette rhétorique, se lit une réalité plus crue : le sport en Algérie reste un exutoire, un espace où la nation se projette faute de pouvoir se réaliser ailleurs. Les athlètes algériens, qu’ils évoluent en Europe ou en local, sont sommés de porter le drapeau bien au-delà des stades. Leur succès est célébré comme une victoire collective, leur échec comme une trahison.

Pourtant, le football algérien illustre aussi les dysfonctionnements structurels du pays. Le CHAN (Championnat d’Afrique des Nations), présenté par le Malgache Romuald Rakotondrabe comme une « vitrine essentielle pour notre football local », est en Algérie un miroir déformant : un tournoi où l’on mise tout sur l’émotion nationale, mais où les infrastructures, la formation et la gouvernance peinent à suivre. Le parallèle avec l’économie est saisissant : comme le gaz ou le pétrole, le football est une rente symbolique, exploitée sans vision long terme.

Fils rouge : Le sport algérien, comme l’énergie ou la jeunesse, est un secteur de substitution – un domaine où l’on compense l’absence de transformation sociale par des performances spectaculaires, mais éphémères.

**2. L’énergie : le piège de la rente, ou comment l’Algérie se noie dans son propre gaz**

Les déclarations du Dr Sifeddine Labed (« l’Algérie est respectée dans le giron gazier ») et du professeur Chems Eddine Chitour (sur l’échec des accords pétroliers) révèlent une schizophrénie énergétique. D’un côté, l’Algérie se présente comme un acteur incontournable du marché gazier, fort de ses réserves et de sa position géostratégique. De l’autre, elle subit de plein fouet les fluctuations des cours, comme en témoigne l’avertissement de Chitour : les alliances entre l’Arabie saoudite, le Qatar, la Russie et le Venezuela ne suffiront pas à stabiliser les prix.

Le professeur Salhi Essaïd, lui, plaide pour une transition vers les énergies renouvelables. Mais là encore, le discours se heurte à la réalité : l’Algérie possède 3 000 heures d’ensoleillement par an, mais seulement 1% de son mix énergétique provient du solaire. Pourquoi ? Parce que le système algérien, addict à la rente pétrolière, ne peut se résoudre à investir massivement dans l’alternative. Les énergies vertes sont perçues comme un luxe, alors qu’elles devraient être une nécessité vitale pour un pays dont les réserves de gaz s’épuisent.

Contradiction systémique** : L’Algérie est **à la fois prisonnière et gardienne de son modèle rentier**. Elle sait qu’il est condamné, mais ne peut s’en extraire, car il finance l’ensemble de son édifice social – des subventions aux salaires des fonctionnaires. **La transition énergétique n’est pas qu’une question technique : c’est un enjeu de survie politique.

**3. La jeunesse, ou l’échec de la promesse révolutionnaire**

« Les jeunes Algériens : des sans-dents ! » – le titre est brutal, mais il résume une réalité que les discours officiels peinent à masquer. Cinq ans après le Hirak, la « génération Covid » algérienne incarne l’effondrement du contrat social post-indépendance. Les témoignages sont accablants : « Je ne me projette plus qu’à court terme », dit l’un. « Une épidémie de solitude », renchérit un autre.

Pourquoi une telle désespérance ? Parce que l’Algérie a trahi sa jeunesse de trois manières :
1. Économique : Le chômage des 15-24 ans dépasse les 30%, et les emplois créés sont souvent précaires ou informels.
2. Éducative : Le système scolaire, autrefois fer de lance du nationalisme, est aujourd’hui un usine à diplômés sans débouchés.
3. Symbolique : La jeunesse algérienne est niée dans son identité. On lui demande d’être patriote, mais on lui refuse le droit de critiquer. On lui promet un avenir, mais on lui offre un présent étouffant.

Paradoxe algérien** : L’Algérie est un pays jeune (70% de la population a moins de 30 ans), mais son modèle de développement est **gériatrique**. Les élites au pouvoir, issues de la guerre d’indépendance, gouvernent comme si le temps s’était arrêté en 1962. **La jeunesse n’est pas un problème à résoudre : elle est la solution, mais on la traite comme une menace.

**4. Les femmes, entre avancées symboliques et régression structurelle**

Les rapports sur l’éducation des filles en Algérie et en Afrique post-Covid dressent un tableau à la fois encourageant et alarmant. D’un côté, les femmes algériennes sont de plus en plus diplômées, et leur présence dans les universités dépasse souvent celle des hommes. De l’autre, la pandémie a creusé les inégalités : décrochage scolaire, mariages précoces, charge mentale accrue.

Le constat de l’UNHCR – « Nous pouvons mieux faire entendre notre voix. Mais il reste encore un long chemin à parcourir » – résume l’ambivalence algérienne. Les femmes ont gagné des batailles (droit au divorce, accès à l’emploi), mais elles perdent la guerre des structures. Pourquoi ?
Le code de la famille, bien que réformé, reste patriarcal dans son essence.
L’économie informelle, qui emploie 50% des femmes, les maintient dans la précarité.
La culture du hchouma (la honte) persiste, limitant leur émancipation.

Fils rouge : Comme dans le sport ou l’énergie, les avancées des femmes algériennes sont des victoires individuelles, pas collectives. Elles progressent malgré le système, pas grâce à lui.

**5. La pharmacie et la technologie : les mirages de la modernisation**

L’Algérie se rêve en hub pharmaceutique africain (400 millions USD d’accords attendus à l’IATF 2025) et en championne de la digitalisation (la BDL accélère les paiements électroniques avec Wimpay). Pourtant, ces annonces sonnent comme des promesses en trompe-l’œil.

Exemple 1 : La pharmacie
Sanofi recrute en Algérie, mais le pays importe 80% de ses médicaments. La production locale reste marginale, faute d’investissements dans la R&D. L’Algérie veut exporter, mais elle ne produit pas assez pour se soigner elle-même.

Exemple 2 : La technologie
La digitalisation bancaire avance, mais l’économie réelle reste archaïque. Les PME algériennes, qui représentent 90% des entreprises, n’ont pas accès au crédit. La modernité technologique ne sert à rien si elle ne s’accompagne pas d’une modernisation économique et juridique.

Contradiction : L’Algérie veut sauter les étapes (devenir un leader africain sans passer par les réformes structurelles). Résultat : elle modernise les apparences, mais pas les fondations.

**6. L’histoire et la géopolitique : l’Algérie face à ses démons**

La Résolution 2797 de l’ONU, les tensions avec le Maroc, les récits concurrents sur la guerre des sables… L’Algérie est en guerre permanente contre son passé et ses voisins. Pourquoi une telle obsession ?

1. La mémoire comme arme : Le pouvoir algérien instrumentalise l’histoire (guerre d’indépendance, guerre des sables) pour légitimer son autorité. Mais cette mémoire est sélective : on célèbre les héros de 1954, mais on occulte les crimes de la décennie noire.
2. La géopolitique comme diversion : En attisant les tensions avec le Maroc, l’Algérie détourne l’attention des problèmes internes (chômage, corruption, répression).
3. L’échec de l’intégration maghrébine : L’Algérie et le Maroc sont condamnés à se haïr, car leur rivalité sert les intérêts des élites au pouvoir. L’Union du Maghreb Arabe (UMA) est morte, et personne ne veut l’enterrer.

Fils rouge : L’Algérie est un pays qui regarde trop son passé et pas assez son avenir. Elle se définit par ce qu’elle a été (une nation révolutionnaire), mais pas par ce qu’elle veut devenir.

**7. Le métro d’Alger : symbole d’une modernité inaboutie**

Le métro d’Alger, avec ses horaires prolongés pendant le Ramadan, est le parfait symbole de la modernité algérienne : visible, utile, mais limitée.

Visible : Le métro est un objet de fierté nationale, un signe que l’Algérie peut rivaliser avec les grandes capitales.
Utile : Il désengorge la circulation et améliore le quotidien des Alg

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