Revue de presse : Arts Algérie, Relations Algérie France, Cinéma algérien…

**L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES TEMPS : UNE MODERNITÉ EN POINTILLÉS**

L’Algérie contemporaine se donne à voir comme un pays en tension permanente entre deux temporalités. D’un côté, une jeunesse connectée, une diaspora agissante, des créateurs audacieux et des entrepreneurs qui bousculent les lignes ; de l’autre, un État rentier, des structures économiques sclérosées et une élite politique qui oscille entre ouverture calculée et verrouillage autoritaire. Les actualités récentes dessinent une cartographie où se superposent, sans toujours se rencontrer, les dynamiques de la modernité et les résistances du système.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent entre ces dix domaines. Pourtant, à y regarder de plus près, des lignes de force émergent : la quête d’autonomie (culturelle, économique, scientifique), la réappropriation des récits (historiques, féminins, artistiques), et la dépendance persistante aux hydrocarbures, ce « pétrole qui coule dans les veines » de l’économie algérienne, pour reprendre l’expression de l’économiste Abdelatif Rebah. Ces actualités ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’une société en mouvement, où les avancées locales butent sur des verrous structurels.

**LA CULTURE COMME TERRAIN DE LUTTE : RÉSISTANCES ET RÉCUPÉRATIONS**

**Le rap, la littérature et le cinéma : des armes contre l’oubli**

Le rap, né dans les marges des années 1990, est aujourd’hui institutionnalisé – mais pas neutralisé. La plateforme des archives numériques du rap algérien, en préservant la mémoire des groupes comme Intik ou MBS, agit comme un contre-pouvoir face à l’amnésie d’État. Quant à Alger, ce film qui explore la violence urbaine à travers le prisme du désir, il est distribué dans 63 salles françaises – un pied de nez à une industrie cinématographique algérienne encore largement dépendante des subventions publiques et des circuits officiels.

La littérature, elle, reste un champ miné. Ghita El Khyari, dont les travaux lient fiction et engagement politique, incarne cette génération d’écrivains qui refusent la séparation entre art et militantisme. Son positionnement rappelle celui de Boualem Sansal, dont les filles, depuis la Tchéquie, demandent la grâce présidentielle – un cas emblématique de la censure par l’exil. L’Algérie officielle tolère les artistes… tant qu’ils ne dérangent pas. Dès qu’ils franchissent la ligne rouge (critique du pouvoir, questionnement sur la décennie noire, remise en cause de l’islam d’État), les mécanismes de répression se mettent en branle : procès, exil, ou silence forcé.

**Le féminisme algérien : entre avancées et récupération**

Le cas de l’élection d’un nouveau président à la tête de l’Association des Oulémas musulmans algériens est révélateur. Cette institution, historiquement conservatrice, a toujours joué un rôle clé dans la définition des normes sociales. Son nouveau dirigeant sera-t-il un modernisateur, comme certains le murmurent, ou un gardien du statu quo ? La réponse aura des répercussions directes sur les droits des femmes, notamment en matière d’héritage ou de liberté vestimentaire.

Le féminisme algérien est donc pris en étau : d’un côté, des militantes qui bousculent les tabous (comme les autrices de Métagraphes) ; de l’autre, un État qui instrumentalise la cause féminine pour se donner une image progressiste à l’international, tout en maintenant des lois discriminatoires.

**L’ÉCONOMIE : ENTRE DIVERSIFICATION DE FAÇADE ET DÉPENDANCE AUX HYDROCARBURES**

**Le gaz de schiste et les mines : la malédiction des ressources**

Cette opposition n’est pas nouvelle : elle rappelle les soulèvements de 2019 contre le cinquième mandat de Bouteflika, où les revendications économiques (emploi, justice sociale) se mêlaient aux demandes de décentralisation. Le pouvoir algérien a toujours géré les ressources naturelles comme un butin, au mépris des populations et de l’environnement. Résultat : une économie rentière, clientéliste et peu diversifiée, malgré les discours officiels sur la « transition énergétique ».

**Les PME et les exportations : des miettes pour une économie en quête d’oxygène**

1. La bureaucratie : créer une entreprise en Algérie prend en moyenne 14 jours (contre 4,5 en Tunisie et 2,5 au Maroc).
2. Le manque de financement : les PME algériennes ont du mal à accéder au crédit, contrairement à leurs homologues françaises, qui se lancent dans les énergies renouvelables.
3. La dépendance aux hydrocarbures : les recettes pétrolières et gazières représentent 90 % des exportations et 60 % des recettes budgétaires. Tant que cette équation ne sera pas rompue, les autres secteurs resteront marginalisés.

La sous-traitance est un autre symptôme de cette économie déséquilibrée. Les PME algériennes sont souvent cantonnées à un rôle de sous-traitants pour des groupes étrangers, sans jamais accéder à une véritable autonomie industrielle. Le cas de l’automobile est emblématique : l’Algérie assemble des voitures (Renault, Volkswagen), mais ne produit presque aucun composant localement.

**LA SANTÉ : ENTRE PROGRÈS SCIENTIFIQUES ET DÉPENDANCE TECHNOLOGIQUE**

**L’ARN messager et l’oncologie : des avancées locales, mais un système à la traîne**

Les hôpitaux publics manquent cruellement de moyens, poussant les classes aisées à se tourner vers le privé ou l’étranger (la Tunisie et la Turquie sont des destinations prisées pour les soins).
La recherche médicale reste dépendante des partenariats internationaux. Le boycott des universités israéliennes, mentionné dans les actualités, est un exemple de politisation de la science, qui peut freiner les collaborations nécessaires.
La pharmacie illustre cette ambiguïté : l’Algérie produit des médicaments génériques, mais importe encore 70 % de ses besoins en molécules innovantes.

Le paradoxe est criant : le pays forme des médecins et des chercheurs de haut niveau, mais ne parvient pas à les retenir (fuite des cerveaux) ni à leur offrir un écosystème favorable.

**LES RELATIONS INTERNATIONALES : UNE DIPLOMATIE DE L’ÉQUILIBRE PRÉCAIRE**

**La France, la Russie, la Belgique : un jeu d’alliances à géométrie variable**

La coopération algéro-russe, symbolisée par la coprésidence de la Commission intergouvernementale mixte par le ministre de l’Énergie Arkab, est un autre axe fort. Moscou fournit des armes, des technologies nucléaires (centrale d’El Dabaa) et investit dans les hydrocarbures. L’Algérie joue ainsi sur plusieurs tableaux :
Avec l’Occident (France, UE) pour les technologies et les investissements.
Avec la Russie et la Chine pour les contrats militaires et énergétiques.
Avec les pays africains (via la diplomatie du gaz) pour étendre son influence.

Cette realpolitik a ses limites :
– Elle maintient l’Algérie dans un rôle de fournisseur de matières premières, sans véritable montée en gamme industrielle.
– Elle expose le pays aux sanctions indirectes (comme celles visant la Russie), qui pourraient perturber les échanges.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : VERS UNE ALGÉRIE À DEUX VITESSES ?**

L’Algérie de 2024 est un pays à la fois en avance et en retard :
En avance sur le plan culturel (féminisme, rap, cinéma), où une jeunesse connectée et une diaspora influente bousculent les normes.
En retard sur le plan économique et politique, où les structures héritées de l’ère Bouteflika (clientélisme, économie rentière, autoritarisme) résistent aux réformes.

Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :

**1. Le scénario du statu quo (le plus probable)**

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