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**L’ÉQUATION ALGÉRIENNE : UNE SOUVERAINETÉ SOUS TENSION**
Ces dix domaines d’actualité ne sont pas des îlots isolés, mais les pièces d’un puzzle où se jouent, en filigrane, les grands récits de l’Algérie post-Bouteflika. On y lit une volonté farouche de contrôle – militaire, énergétique, culturel –, mais aussi les limites d’un système qui peine à se réinventer sans se renier. Derrière les annonces officielles perce une question lancinante : l’Algérie est-elle en train de construire son avenir, ou de gérer son déclin en mode survie ?
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**LA GUERRE DES ONDES : DÉFENSE, SOUVERAINETÉ ET GUERRE FROIDE RÉGIONALE**
Le Maroc, avec son partenariat israélien et ses drones turcs, a pris une longueur d’avance. L’Algérie répond par une stratégie de dissuasion asymétrique : guerre électronique, modernisation de son arsenal (notamment les Sukhoi et les systèmes Pantsir), et renforcement de ses alliances avec la Russie et la Chine. Mais cette course aux armements a un coût. D’abord financier : l’Algérie consacre près de 10 % de son PIB à la défense, un record mondial. Ensuite politique : en externalisant sa sécurité vers Moscou, elle s’expose à des pressions croissantes de l’Occident, notamment sur la question du Sahara occidental.
Pourtant, cette militarisation n’est pas qu’une réponse au Maroc. Elle s’inscrit dans une vision plus large de la souveraineté, où l’armée algérienne joue un rôle de stabilisateur social – comme en témoigne l’hommage national rendu à Liamine Zéroual, ancien président et figure de la guerre d’indépendance. L’institution militaire reste le dernier rempart contre les turbulences politiques, mais aussi le principal frein à une transition démocratique. La question n’est plus de savoir si l’Algérie peut se passer de son armée, mais comment elle peut la domestiquer sans se désintégrer.
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**LA JEUNESSE, CETTE ÉTERNELLE REBELLE : ENTRE MOBILISATION ET DÉSENGAGEMENT**
Pourtant, ces mesures sonnent creux face à une réalité plus sombre : le chômage des jeunes dépasse les 30 %, et les PME, censées être le fer de lance de l’économie, peinent à décoller. Le cercle de réflexion JEADER, lancé par de jeunes Africains, est symptomatique de cette quête de leadership régional – mais aussi de l’absence de structures locales capables d’accompagner ces ambitions. L’Algérie, qui se rêve en puissance continentale, est-elle en train de rater sa transition démographique ?
La mobilisation de la jeunesse autour de la cause palestinienne offre une clé de lecture. Comme en France, où cette cause est un marqueur générationnel depuis 50 ans, elle révèle une quête de sens dans un monde perçu comme injuste. Mais là où la France a intégré cette lutte dans son débat politique, l’Algérie la récupère comme un exutoire contrôlé. Le pouvoir encourage les manifestations pro-palestiniennes, tout en muselant les revendications sociales internes. Une stratégie risquée : à force de jouer avec les symboles, on finit par en perdre le contrôle.
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**MADE IN ALGERIA : LE RÊVE D’UNE ÉCONOMIE POST-PÉTROLIÈRE… DANS UN MONDE EN GUERRE**
Le partenariat avec le Niger, axé sur les secteurs minier et agricole, est plus prometteur. Il s’inscrit dans une logique de soft power africain, où l’Algérie se positionne en alternative aux puissances occidentales et chinoises. Pourtant, cette diplomatie économique se heurte à la réalité des corridors sahéliens, où les groupes armés et les trafics en tout genre rendent les échanges périlleux.
Quant à la transition énergétique, elle est présentée comme une révolution – mais reste prisonnière des vieux schémas. Le NAPEC 2024 met en avant les énergies renouvelables, mais l’Algérie continue de dépendre à 95 % des hydrocarbures. Pire : la guerre en Ukraine a relancé la demande en gaz algérien, retardant d’autant les investissements dans le solaire et l’éolien. Comme le disait Frédéric Lordon, « le capitalisme vert est un oxymore » : l’Algérie en est la preuve vivante.
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**CULTURE, MÉMOIRE, ET LA GUERRE DES RÉCITS**
D’un côté, elle célèbre son histoire révolutionnaire, comme en témoignent les hommages à Zéroual ou les références à la guerre d’indépendance dans les discours officiels. De l’autre, elle censure les mémoires alternatives, qu’il s’agisse des archives de la guerre civile des années 1990 ou des témoignages sur la répression du Hirak. Cette schizophrénie mémorielle est un frein à la construction d’une identité postcoloniale apaisée.
Le journalisme algérien, lui, oscille entre audace et autocensure. Les prises de position de Mohamed Bensaada sur la légalisation du cannabis ou les enquêtes sur la corruption (comme celle sur Chakib Khelil) montrent une presse qui tente de se réinventer. Mais les pressions judiciaires et les licenciements arbitraires rappellent que la liberté d’expression reste un combat quotidien.
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**JUSTICE ET CORRUPTION : LE GRAND MÉNAGE… OU LE GRAND BLUFF ?**
Le pouvoir actuel joue sur deux tableaux. D’un côté, il affiche une volonté de moralisation, avec des procès médiatisés et des lois contre le blanchiment. De l’autre, il protège les réseaux qui lui sont utiles, comme en témoigne la réhabilitation de Khelil, un homme clé des contrats gaziers avec l’Occident. Cette hypocrisie mine la crédibilité de l’État et alimente le cynisme des citoyens.
La justice algérienne est prise dans un étau : soit elle frappe fort, et risque de déstabiliser l’élite économique ; soit elle ferme les yeux, et perd toute légitimité. Pour l’instant, elle a choisi une voie médiane, faite de coups de menton et de demi-mesures. Mais jusqu’à quand ?
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**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À LA CROISÉE DES CHEMINS**
Trois scénarios se dessinent pour les dix prochaines années :
1. La consolidation autoritaire : L’État renforce son contrôle sur l’économie et la société, au prix d’une répression accrue et d’un isolement croissant. Ce scénario, le plus probable à court terme, pourrait mener à une explosion sociale à moyen terme.
2. La transition contrôlée : Sous la pression des jeunes et des classes moyennes, le pouvoir engage des réformes économiques et politiques limitées, sans remettre en cause son monopole sur le pouvoir. Un scénario à la marocaine, où les apparences de changement masquent une continuité de fond.
3. L’effondrement : Si la crise économique s’aggrave (chute des prix du gaz, inflation galopante) et que la jeunesse se radicalise, l’Algérie pourrait basculer dans une instabilité chronique, comme le Venezuela ou le Liban. Ce scénario, le plus dangereux, n’est pas à exclure.
Le vrai défi pour l’Algérie n’est pas militaire ou économique, mais politique. Peut-elle inventer un modèle qui concilie souveraineté et ouverture, stabilité et liberté ? La réponse dépendra de sa capacité à transformer ses contradictions en forces – et non en faiblesses.
Comme le disait Jacques Vergès, « la vérité est toujours révolutionnaire ». L’Algérie, elle, semble encore hésiter à la regarder en face.