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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres récits**
Cette schizophrénie apparente n’est pas un bug, mais une feature du système algérien. Elle révèle une société en tension permanente entre trois forces : l’impératif de modernisation (5G, startups, exportations minières), la quête de souveraineté (réduction des importations, formation professionnelle, santé publique), et les fantômes du passé (archives coloniales, art public, ségrégation urbaine). Ces forces ne s’opposent pas ; elles s’entrelacent, se nourrissent mutuellement, et parfois se contredisent avec une violence qui rappelle que l’Algérie reste un laboratoire politique unique au Maghreb.
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**La souveraineté en actes : du gaz aux mines, en passant par les startups**
1. Les exportations minières : Le président Tebboune a placé le secteur minier au cœur d’un « plan national de transformation économique », avec une ambition claire : vendre autre chose que du gaz à l’Europe. Fer, acier, terres rares — l’Algérie mise sur ses ressources naturelles pour devenir un acteur industriel, pas seulement un fournisseur de matières premières. Cette orientation n’est pas nouvelle, mais son accélération est notable. Elle s’inscrit dans une logique de souveraineté économique, où l’État algérien cherche à reprendre le contrôle de sa chaîne de valeur, après des décennies de dépendance aux importations (cf. le déficit commercial de 269,3 milliards de dinars en 2025).
2. Les startups et l’économie de la connaissance : Avec un fonds de 1 milliard de dollars mobilisé en un mois pour soutenir les startups africaines, l’Algérie se positionne comme un hub technologique régional. Le ministre des startups, Noureddine Ouadah, parle de « pas de géant » — une formule qui rappelle les discours de l’ère Boumediene sur l’industrialisation, mais transposée à l’ère numérique. Pourtant, cette ambition se heurte à deux écueils :
– L’éducation : Les nouveaux cursus techniques financés par Schneider Electric ou les structures de formation à Boumerdès sont des avancées, mais le système éducatif algérien reste marqué par une dichotomie structurelle entre formation professionnelle (considérée comme une voie de garage) et enseignement supérieur (surchargé et déconnecté du marché du travail).
– La bureaucratie : Comment concilier l’agilité des startups avec l’héritage d’un État centralisé, où les décisions économiques restent souvent l’apanage d’une élite politico-militaire ? Le fonds de financement est une avancée, mais son efficacité dépendra de sa capacité à échapper aux logiques de clientélisme.
3. La santé publique : L’élimination du trachome et le recul de la tuberculose sont des succès indéniables, fruits d’une politique sanitaire volontariste. Pourtant, le retard sur la riposte au VIH/Sida révèle les angles morts de cette souveraineté : alors que l’Algérie se targue de ses avancées, elle reste en retrait sur les questions de santé sexuelle et reproductive, taboues dans une société conservatrice. La souveraineté sanitaire ne se décrète pas ; elle se construit aussi contre les préjugés.
Fils rouges :
– L’État stratège : Dans les trois cas, l’État algérien joue un rôle central, que ce soit comme investisseur (startups), régulateur (santé) ou promoteur (mines). Cette centralité est à la fois une force (capacité à mobiliser des ressources) et une faiblesse (risque de bureaucratisation).
– La dépendance aux matières premières : Même dans sa diversification, l’Algérie reste prisonnière d’un modèle extractiviste. Les mines remplacent le gaz, mais la logique reste la même : vendre des ressources pour financer l’État.
– L’Afrique comme horizon : Que ce soit via les startups ou les engrais, l’Algérie cherche à se positionner comme un acteur continental. Une stratégie qui rappelle les ambitions panafricaines de l’ère Boumediene, mais avec des moyens technologiques inédits.
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**L’urbanisme et le logement : le miroir brisé de la société algérienne**
1. Le logement social : entre clientélisme et réforme :
– La vente libre des logements LPP (Logement Public Locatif) sous conditions et la révision des conditions d’accès au logement public locatif sont des mesures qui visent à dépolitiser un secteur historiquement utilisé comme outil de contrôle social. Pendant des décennies, l’attribution des logements sociaux a été un levier de légitimité pour le pouvoir, distribuant des faveurs en échange de loyautés.
– Pourtant, ces réformes butent sur deux réalités :
– L’informel : Une partie importante du parc immobilier algérien échappe à l’État, avec des constructions illégales qui répondent à une demande non satisfaite par les programmes publics.
– Les inégalités territoriales : Les wilayas pilotes de la 5G (12 sur 58) ne sont pas celles où le mal-logement est le plus criant. La modernisation numérique et la crise du logement avancent à des rythmes différents, creusant le fossé entre une Algérie connectée et une Algérie précaire.
2. L’héritage colonial dans l’espace urbain :
– Les travaux sur l’ »architecture publique ordinaire » et les « échelles de la ségrégation coloniale » rappellent que l’Algérie n’a jamais vraiment désappris son passé. Les villes algériennes portent les stigmates d’une planification urbaine conçue pour séparer colons et « indigènes », et ces schémas persistent, même sous des formes nouvelles.
– Le guide numérique sur les disparus de la Guerre d’Algérie est un autre symptôme de cette mémoire conflictuelle. En exhumant les archives coloniales, l’Algérie tente de se réapproprier son histoire, mais cette démarche se heurte à une question cruciale : comment construire une identité nationale unifiée quand le passé reste un champ de bataille ?
Contradictions systémiques :
– Modernisation vs. précarité : La 5G et les startups coexistent avec des bidonvilles et des logements insalubres. L’Algérie est à la fois un pays émergent et un pays en développement, sans que ces deux réalités ne se rencontrent vraiment.
– Souveraineté urbaine vs. dépendance au passé : L’État algérien veut maîtriser son urbanisme, mais il reste prisonnier des schémas coloniaux et des logiques clientélistes. La réforme du logement est un pas en avant, mais elle ne suffira pas à résoudre les déséquilibres structurels.
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**Culture et médias : les nouveaux champs de bataille**
1. L’art public et la Saison Méditerranée 2026 :
– La question « Quel pouvoir pour l’art public en Algérie ? » est révélatrice. L’art public algérien est à la fois un outil de propagande (les fresques révolutionnaires, les monuments à la gloire de l’ANP) et un espace de contestation (le street art, les performances critiques). La Saison Méditerranée 2026, avec ses 200 événements, est une vitrine pour l’Algérie, mais aussi une opportunité de détourner les codes : en exposant les peintures du roi Ham Nghi (un empereur vietnamien exilé en Algérie), le pays rappelle que son histoire est aussi une histoire de migrations et d’exils.
– Pourtant, cette ouverture culturelle reste sous contrôle. Les artistes algériens savent que certaines lignes rouges ne doivent pas être franchies (la critique du pouvoir, la question berbère, la mémoire de la guerre civile). L’art public est toléré tant qu’il ne menace pas l’ordre établi.
2. La 5G et la révolution numérique :
– Le déploiement de la 5G en 12 wilayas pilotes est présenté comme une avancée majeure, mais il pose deux questions :
– La fracture numérique : La 5G ne profitera qu’à une minorité connectée, creusant le fossé entre une Algérie urbaine et éduquée, et une Algérie rurale et analphabète.
– La souveraineté technologique : L’Algérie dépend encore largement des infrastructures étrangères (Huawei, Ericsson). La 5G est un outil de modernisation, mais aussi un cheval de Troie pour les géants du numérique.
– L’appel à une « coopération stratégique » pour une transformation numérique « résiliente et durable » en Afrique montre que l’Algérie veut jouer un rôle régional. Mais cette ambition se heurte à la réalité d’un continent où les inégalités d’accès au numérique sont abyssales.
Dynamiques profondes :
– L’Algérie comme hub culturel : Entre la Saison Méditerranée et les expositions internationales, l’Algérie cherche à se positionner comme un acteur culturel majeur. Mais cette ambition se heurte à la censure et à l’autocensure, qui limitent la portée de l’art algérien.
– Le numérique comme nouveau front : La 5G n’est pas qu’une question technique ; c’est un en