Revue de presse : Arts Algérie, Gastronomie algérienne, Droits humains Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve du miroir brisé**

**1. Le numérique : l’arme à double tranchant de la souveraineté**

D’un côté, le numérique est présenté comme un outil d’émancipation. La formation de 10 000 étudiants en Égypte ou les initiatives d’ »alphabétisation numérique » à Lang Son (Vietnam) s’inscrivent dans une logique de soft power algérien en Afrique et en Asie, où le pays tente de se positionner comme un hub technologique. Mais cette ambition se heurte à une réalité plus sombre : le numérique est aussi un instrument de surveillance. Le confinement a accéléré la digitalisation des services publics, mais aussi la traçabilité des citoyens. Les grèves réprimées (comme celle du STTP) et les appels à élargir les mouvements sociaux montrent que le droit de grève, déjà fragilisé au Maroc et au Portugal, est en sursis en Algérie. Le numérique devient alors un champ de bataille : outil de libération pour les jeunes entrepreneurs, il est aussi un moyen de contrôle pour un État qui craint les mobilisations.

Contradiction : L’Algérie vante son autonomie numérique, mais dépend encore des infrastructures étrangères (notamment chinoises) et réprime les usages contestataires du web. Le « Made in Algeria » technologique est un leurre tant que le pays n’aura pas résolu sa schizophrénie entre ouverture économique et fermeture politique.

**2. L’agriculture et l’artisanat : le retour du local comme résistance**

Pourtant, cette renaissance bute sur deux obstacles :
L’État centralisateur : Les blocages aux frontières avec le Maroc ne sont pas seulement politiques ; ils révèlent une peur de la concurrence et une méfiance envers les circuits informels. L’Algérie préfère exporter vers l’Europe (où les normes sont strictes) plutôt que de développer des échanges intra-africains.
La précarité des artisans : Bachir Yelles, doyen des plasticiens, est mort dans l’indifférence. Son cas illustre le sort d’une génération d’artistes et d’artisans sacrifiés sur l’autel du « développement » industriel. Le tourisme saharien (47 000 visiteurs en 2024-2025) reste un secteur de niche, faute d’infrastructures et de promotion.

Dynamique profonde : L’artisanat et l’agriculture deviennent des laboratoires de souveraineté. En valorisant les dattes ou les poteries, l’Algérie tente de se libérer de sa dépendance aux hydrocarbures. Mais cette transition ne sera possible que si l’État accepte de lâcher prise sur les régions et de reconnaître les acteurs locaux comme des partenaires, et non comme des sujets.

**3. Sécurité et contrebande : l’économie parallèle comme soupape**

Trois lectures possibles :
1. La contrebande comme résistance : Dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 30%, le trafic (or, cigarettes, drogue) est une réponse à l’échec des politiques publiques. Les « blocages » aux frontières avec le Maroc ne font qu’alimenter ces réseaux.
2. La contrebande comme outil de contrôle : Certains trafics sont tolérés, voire encouragés, par des acteurs étatiques qui en tirent profit. La porosité des frontières est un moyen de pression géopolitique (notamment sur le Maroc).
3. La contrebande comme symptôme : Elle révèle l’incapacité de l’État à offrir des alternatives économiques. Le président Tebboune appelle les Algériens « en situation de précarité et irrégulière » à rentrer au pays, mais sans leur proposer de filet social.

Contradiction : L’Algérie veut apparaître comme un État fort (lutte contre la contrebande, répression des grèves), mais son économie dépend en partie de ces circuits parallèles. La sécurité est un leurre tant que le pays n’aura pas résolu ses fractures sociales.

**4. Mémoire et géopolitique : Fanon, le Sahara et la Palestine**

Fanon et Aït Ahmed : Ces figures sont invoquées pour légitimer une Algérie qui se présente comme le dernier bastion des luttes anticoloniales. Mais cette mémoire est sélective. On célèbre Aït Ahmed, opposant historique, mais on réprime les manifestants du Hirak. On cite Fanon, mais on ignore ses appels à une révolution permanente.
Le Sahara occidental : Le soutien de l’ONU au plan marocain est un camouflet pour l’Algérie, qui finance le Polisario depuis des décennies. Ce revers diplomatique montre les limites de la stratégie algérienne : un pays qui se veut leader du « Sud global » mais qui peine à fédérer au-delà de son pré carré.
La Palestine : L’Algérie instrumentalise la cause palestinienne pour masquer ses propres contradictions. Elle critique l’ »isolement » d’Israël (10 dates et 10 cartes), mais refuse d’ouvrir son espace aérien aux avions israéliens, tout en commerçant discrètement avec eux via la Turquie.

Dynamique profonde : L’Algérie utilise la mémoire comme une arme géopolitique, mais cette stratégie est à double tranchant. Elle lui permet de jouer un rôle sur la scène internationale, mais elle l’enferme dans un discours victimaire qui empêche toute remise en question.

**5. Sport et soft power : l’Algérie, championne d’Afrique ?**

Le sport comme diplomatie : En dominant le football africain, l’Algérie cherche à s’imposer comme une puissance régionale, capable de rivaliser avec le Maroc ou l’Égypte. Le cyclisme, avec le Tour d’Algérie, est un autre vecteur de cette influence.
Le sport comme exutoire : Dans un pays où les libertés politiques sont limitées, le sport devient un espace de fierté nationale. La victoire contre la Somalie a été célébrée comme une revanche sur les humiliations passées (défaite contre le Cameroun en 1990, élimination en 2014).
Le sport comme business : Les JO de Paris 2024 ont vu émerger Akrame Benallal, chef « nomade » qui promeut une gastronomie algérienne végétale. Ce mélange de tradition et d’innovation montre que l’Algérie peut exporter autre chose que du pétrole.

Contradiction : Le sport est un outil de soft power, mais il reste sous contrôle étatique. Les clubs de football sont souvent des vitrines du régime, et les athlètes qui osent critiquer le pouvoir sont écartés.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario « Turquie » (autocratie développementaliste) :
– L’État renforce son contrôle sur l’économie (numérique, agriculture) et réprime les contestations (droits humains, grèves).
– Le pays devient un hub régional, mais au prix d’un autoritarisme accru et d’une jeunesse en exil.
– Risque : une explosion sociale, comme en 2019, mais avec une répression plus brutale.

2. Le scénario « Maroc » (ouverture contrôlée) :
– L’Algérie assouplit ses relations avec le Maroc (frontières, commerce) et mise sur le tourisme et l’artisanat pour diversifier son économie.
– Le numérique et le sport deviennent des leviers de soft power, mais le pays reste dépendant des hydrocarbures.
– Risque : une perte d’influence en Afrique au profit du Maroc, qui a une longueur d’avance en matière de diplomatie économique.

3. Le scénario « Tunisie » (révolution permanente) :
– La jeunesse et les régions (Kabylie, Sahara) imposent une décentralisation et une reconnaissance des droits sociaux.
– L’artisanat, l’agriculture et le numérique deviennent des secteurs autonomes, portés par une économie collaborative.
– Risque : un effondrement

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