Revue de presse : Artisanat algérien, Médias Algérie, 5G Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve des paradoxes : entre modernité affichée et archaïsmes persistants**

L’Algérie contemporaine se débat dans une schizophrénie structurelle, où les discours de rupture côtoient des réalités sociales et politiques figées. Les actualités des dix derniers jours dessinent une carte mentale du pays où se superposent deux temporalités : celle d’une Algérie qui se rêve en puissance technologique régionale, et celle d’une société encore prisonnière de ses démons historiques. Entre la 5G et les cyberattaques, la finance islamique et les droits des femmes, la littérature de résistance et le football comme exutoire, se joue une partition dissonante. Le fil rouge ? Une quête désespérée de souveraineté, dans tous les domaines, mais une souveraineté souvent plus proclamée que réelle.

**La souveraineté numérique : un miroir aux alouettes ?**

L’Algérie a fait de la transformation numérique un pilier de son projet « Algérie 2030 ». Le lancement de la 5G, présenté comme une révolution industrielle, s’accompagne d’une rhétorique triomphaliste sur la cybersécurité et l’intelligence artificielle. Pourtant, cette ambition se heurte à deux réalités cruelles.

D’abord, l’Algérie reste une cible privilégiée des cyberattaques : 70 millions d’attaques en 2024, selon les chiffres officiels. Le Maroc, lui, accuse des hackers algériens d’être à l’origine de l’une de ses pires cyberattaques. Derrière cette guerre des ombres se cache une vérité plus prosaïque : les infrastructures algériennes, malgré les investissements, restent vulnérables. La stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information 2025-2029, publiée par l’Agence de la Sécurité des Systèmes d’Information (ASSI), sonne comme un aveu d’échec différé. Comment prétendre à une souveraineté numérique quand le pays est incapable de protéger ses propres données ?

Ensuite, la 5G algérienne est une vitrine sans contenu. Les démonstrations technologiques, comme celles présentées au Gitex 2026 par Maroc Telecom, relèvent davantage du marketing que d’une réelle intégration industrielle. L’Algérie, qui a longtemps traîné des pieds sur le déploiement de la 4G, se retrouve aujourd’hui dans une course effrénée pour rattraper son retard. Mais sans écosystème local d’innovation, sans start-ups capables de monétiser cette infrastructure, la 5G risque de n’être qu’un gadget pour une élite connectée, tandis que le reste du pays continue de subir des coupures d’internet et des réseaux obsolètes.

**Finance islamique et néolibéralisme : l’hypocrisie des modèles économiques**

La finance islamique, présentée comme une alternative éthique au capitalisme occidental, est en plein essor en Algérie. Wifak Bank, primée pour la troisième année consécutive comme « Service Client de l’Année », incarne cette success story. Pourtant, derrière les discours sur la finance « participative » et « solidaire », se cache une réalité moins reluisante.

D’abord, la finance islamique algérienne est un marché captif. Les banques traditionnelles, comme Al Salam Bank, proposent des produits « halal » (crédits automobiles pour une Fiat 500, par exemple) qui ne diffèrent guère des prêts conventionnels, si ce n’est par leur rhétorique. Le véritable enjeu n’est pas la conformité à la charia, mais l’accès au crédit pour une population largement exclue du système bancaire classique. En ce sens, la finance islamique est moins une révolution qu’un pis-aller.

Ensuite, elle sert de caution morale à un néolibéralisme décomplexé. Les réunions de la Banque Islamique de Développement (BID) à Alger, où la Mauritanie et l’Algérie évoquent leur coopération, montrent que cette finance « éthique » est avant tout un outil géopolitique. Elle permet aux régimes autoritaires de se présenter comme des modèles de développement alternatif, tout en maintenant des structures économiques extractivistes (hydrocarbures, rente). La finance islamique algérienne est donc un oxymore : elle prétend moraliser le capitalisme tout en le reproduisant à l’identique.

**Médias et santé : l’illusion de l’innovation locale**

Les médias algériens se font l’écho d’une série d’initiatives dans le domaine de la santé, présentées comme des avancées majeures. Le 2ᵉ congrès national de la SAEB à Timimoune, les solutions innovantes de Moncef Douaifia, ou encore les travaux du Pr Yacine Achouri sur la pharmaco-économie, dessinent le portrait d’un secteur en pleine mutation. Pourtant, cette effervescence cache une réalité plus sombre.

La santé algérienne reste un système à deux vitesses. D’un côté, des hôpitaux publics en crise, avec des pénuries de médicaments et des infrastructures vétustes. De l’autre, une médecine privée florissante, réservée à une minorité aisée. Les « solutions innovantes et locales » vantées par Moncef Douaifia ne sont accessibles qu’à ceux qui peuvent se les offrir. Quant à la pharmaco-économie, elle se heurte à un paradoxe : comment optimiser les coûts dans un système où les importations de médicaments pèsent lourdement sur la balance commerciale ?

Les médias, eux, jouent un rôle ambigu. Ils relaient ces initiatives avec enthousiasme, mais évitent soigneusement d’interroger les causes structurelles des dysfonctionnements du système de santé. La couverture médiatique de la SAEB ou des travaux du Pr Achouri ressemble davantage à de la communication gouvernementale qu’à du journalisme d’investigation. En Algérie, les médias sont moins un contre-pouvoir qu’un relais de la propagande officielle, surtout quand il s’agit de vanter les succès du régime.

**Droits des femmes : le combat invisible**

L’Algérie est régulièrement pointée du doigt pour ses reculs en matière de droits des femmes. Les rapports de l’ONU, les articles de presse, et même les déclarations officielles reconnaissent que « beaucoup reste à faire ». Pourtant, cette prise de conscience ne se traduit pas par des avancées concrètes.

Le Code de la famille, hérité des années 1980, reste un carcan. Malgré quelques aménagements cosmétiques, il maintient les femmes dans un statut de mineures juridiques, soumises à l’autorité masculine. Les violences conjugales, les mariages précoces, et les discriminations à l’héritage sont autant de symptômes d’une société qui refuse de rompre avec ses traditions patriarcales.

Le paradoxe algérien, c’est que les femmes sont à la fois invisibilisées et hyper-visibles. Invisibilisées dans les sphères du pouvoir (peu de femmes aux postes clés en politique ou dans les entreprises), mais hyper-visibles dans les médias, où elles sont souvent réduites à des rôles stéréotypés (mères, épouses, victimes). La littérature algérienne, elle, offre un contrepoint intéressant : des autrices comme Assia Djebar ou Kaouther Adimi ont su décrire les luttes féminines avec une acuité rare. Mais leurs œuvres restent confinées à un lectorat restreint, loin des débats publics.

La question des droits des femmes est un révélateur des contradictions algériennes. Le pays se veut moderne, ouvert sur le monde, mais il refuse de remettre en cause les fondements de son ordre social. Tant que cette schizophrénie persistera, les femmes algériennes continueront de payer le prix fort.

**Littérature et mémoire : écrire contre l’oubli**

La littérature algérienne est en ébullition. La sortie du dernier roman de Boualem Sansal, La liberté retrouvée, ou les réflexions sur « l’Algérie des écrivains debout », rappellent que la plume reste une arme de résistance. Pourtant, cette vitalité littéraire contraste avec l’amnésie officielle.

1962, une date charnière, mais toujours controversée. Les commémorations du cessez-le-feu et de l’indépendance sont l’occasion de débats houleux sur la mémoire nationale. Les écrivains algériens, de Kateb Yacine à Kamel Daoud, ont tenté de déconstruire le récit officiel, souvent héroïque et univoque. Mais leurs œuvres se heurtent à une censure sournoise : les librairies algéroises regorgent de livres sur la guerre d’indépendance, mais peu osent aborder les pages sombres (la répression des opposants, les luttes de pouvoir post-1962, la corruption).

La littérature comme exutoire. Dans un pays où la liberté d’expression est limitée, l’écriture devient un espace de liberté. Boualem Sansal, régulièrement censuré, incarne cette résistance. Ses romans, qui mêlent satire et tragédie, dépeignent une Algérie à la dérive, rongée par le clientélisme et l’islamisme. Mais cette littérature engagée a un prix : elle isole ses auteurs, les expose à des menaces, et les confine à un public de niche.

Le paradoxe, c’est que l’Algérie a besoin de ses écrivains, mais les craint. Ils sont les gardiens de la mémoire, les seuls capables de briser les tabous. Pourtant, le pouvoir préfère les célébrations officielles aux vérités dérangeantes.

**Football et diversion : l’opium du peuple**

Le football algérien est en pleine effervescence. Les rumeurs de transfert d’un international algérien à l’OM, les spéculations sur la liste des gardiens pour le Mondial 2026, ou encore l’absence d’Ilan Kebbal dans la sélection, occupent une place disproportionnée dans les médias. Ce n’est pas un hasard.

Le football comme dérivatif. Dans un pays où les libertés politiques sont restreintes, le ballon rond est un exutoire. Il permet de canaliser les frustrations, de créer un semblant d’unité nationale, et de détourner l’attention des problèmes structurels (chômage, corruption, répression). Les succès de l’équipe nationale (CAN 2019, qualifications pour les Coupes du monde) sont instrumentalisés par le pouvoir pour légitimer son action.

Mais le football algérien est aussi un miroir des dysfonctionnements du pays. Les clubs sont gangrenés par la corruption, les stades sont vétustes, et les jeunes talents fuient à l’étranger dès qu’ils le peuvent. Le mercato algérien, avec ses rumeurs et ses transferts juteux, est une métaphore de l’économie du pays : une minorité s’enrichit, tandis que la majorité survit.

Le Mondial 2026, une illusion ? Les spéculations sur la liste des gardiens de Petkovic montrent que l’Algérie rêve de briller sur la scène internationale. Mais sans une refonte profonde du système

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