Revue de presse : Artisanat algérien, Littérature algérienne, Irrigation Algérie…

**L’Algérie face à son miroir brisé : entre modernisation affichée et inerties systémiques**

L’Algérie de décembre 2025 se présente comme un pays en équilibre précaire, tiraillé entre une volonté affichée de rupture et des forces centrifuges qui en sapent les fondements. Les actualités des dix derniers jours dessinent une cartographie paradoxale : d’un côté, une rhétorique gouvernementale martelant le « renouveau » et la « modernisation complète » ; de l’autre, des réalités sociales, économiques et culturelles qui révèlent des fractures béantes. Ce qui frappe, c’est moins l’accumulation des faits que leur cohérence souterraine – une logique où chaque domaine, loin d’être cloisonné, agit comme un révélateur des autres. L’Algérie n’est pas un puzzle dont les pièces s’emboîteraient harmonieusement, mais un organisme vivant où chaque symptôme renvoie à une pathologie plus profonde : celle d’un État-nation en quête d’un nouveau contrat social, mais prisonnier de ses propres contradictions.

**1. L’économie de la survie : artisanat, irrigation et le mythe du développement local**

L’artisanat algérien, souvent réduit à une vitrine folklorique pour touristes, est en réalité un laboratoire des tensions entre tradition et modernité. Les articles sur les « activités artisanales à mettre au service du développement économique local » (un euphémisme pour dire qu’elles ne le sont pas encore) et les salons agricoles à Constantine ou Oran révèlent une même réalité : l’Algérie peine à transformer ses ressources en leviers de croissance endogène. Le secteur artisanal, qui emploie près de 2 millions de personnes, reste marginalisé par un système économique dominé par les hydrocarbures et les importations. Pourtant, son potentiel est immense – à condition de sortir du piège de l’informel, qui représente 45% de l’économie nationale.

Le paradoxe ? L’État algérien dépense des milliards dans des mégaprojets d’irrigation (comme le barrage de Tlemcen ou les stations de dessalement) tout en laissant pourrir les réseaux d’eau potable dans les wilayas du Sud. Le Salon international de l’agriculture à Constantine, avec ses 80 accords de partenariat, ressemble à une opération de communication : comment croire à une révolution agricole quand 60% des terres arables sont menacées par la désertification et que les subventions aux engrais profitent davantage aux intermédiaires qu’aux fellahs ? L’Algérie importe encore 50% de ses besoins alimentaires, une dépendance qui la place en position de vulnérabilité face aux crises géopolitiques – comme le montre la récente intensification des liens avec l’Arabie saoudite et l’Inde dans le domaine énergétique, présentée comme une diversification, mais qui n’est qu’un changement de tuteur.

Fil rouge : Ces dysfonctionnements ne sont pas techniques, mais politiques. Ils reflètent une économie de rente où l’État, plutôt que de libérer les initiatives locales, préfère contrôler les flux financiers par le biais de partenariats opaques. L’artisanat et l’agriculture, secteurs par essence décentralisés, sont les parents pauvres d’un système qui ne jure que par les grands contrats internationaux.

**2. La jeunesse : entre émancipation numérique et assignation à résidence**

La jeunesse algérienne, souvent décrite comme un « dividende démographique », est en réalité un champ de bataille. Le lancement de « Vetki », un réseau social « version DZ » par un jeune développeur, et le projet « Emplois des jeunes pour la paix et la résilience » (avec ses « emplois verts » ciblant trois régions) illustrent deux faces d’une même médaille : d’un côté, une génération hyperconnectée, créative, qui contourne les carcans étatiques ; de l’autre, une jeunesse instrumentalisée par des programmes d’insertion qui ressemblent davantage à des soupapes de sécurité sociale qu’à de véritables leviers d’autonomie.

« Vetki » est un cas d’école. Ce Facebook algérien, né en réaction à la censure et à la surveillance des plateformes internationales, incarne la résilience numérique d’une jeunesse qui refuse d’être réduite au silence. Pourtant, son succès même pose question : pourquoi l’Algérie, qui forme des milliers d’ingénieurs chaque année, n’a-t-elle pas su créer ses propres géants du numérique ? La réponse tient en un mot : méfiance. L’État algérien, obsédé par le contrôle de l’information, préfère importer des solutions clés en main (comme les partenariats avec Huawei ou les accords avec l’Inde en cybersécurité) plutôt que de libérer l’innovation locale. Résultat : les talents s’exilent ou se replient dans l’informel digital.

Le projet « Emplois des jeunes » est tout aussi révélateur. En ciblant trois régions (dont on devine qu’elles sont des foyers de contestation), l’État reconnaît implicitement que le chômage des jeunes est un risque politique. Mais ces « emplois verts » – souvent précaires et sous-payés – sont-ils autre chose qu’une rustine ? L’Algérie a besoin de 300 000 emplois par an pour absorber sa jeunesse ; or, les investissements étrangers (comme ceux annoncés avec l’Arabie saoudite) se concentrent sur les secteurs capitalistiques (énergie, BTP), qui créent peu d’emplois. La jeunesse algérienne est ainsi condamnée à choisir entre trois options : l’exil, l’informel, ou la cooptation par un système qui n’a rien à lui offrir.

Contradiction majeure : L’Algérie célèbre sa jeunesse comme une force, mais la traite comme une menace. D’où le paradoxe d’un pays qui lance des prix UNESCO pour les jeunes tout en durcissant les lois sur la mobilisation générale (cf. la loi annoncée en 2025).

**3. Littérature et presse : les voix qui résistent dans le désert médiatique**

La déclaration de Ghita El Khyari – « Pour moi la littérature et la réalité politique ne sont pas deux mondes séparés » – est un acte de résistance en soi. Dans un paysage médiatique algérien où la presse est soit muselée, soit inféodée à des logiques clientélistes, la littérature devient l’un des derniers espaces de liberté. Pourtant, cette liberté est relative : les écrivains algériens, comme leurs homologues tunisiens ou marocains, sont pris en étau entre la censure officielle et l’autocensure. Le cas de Kamel Daoud, régulièrement attaqué pour ses prises de position, montre que la littérature algérienne reste un champ miné.

La presse, elle, est un miroir déformant. Les articles sur la Corée du Sud ou les « dix femmes illustres rue de la Chapelle » (un sujet parisien) contrastent avec le silence assourdissant sur les inondations qui ont révélé « l’anarchie urbaine et la corruption » en Algérie. Les médias algériens, qu’ils soient publics ou privés, pratiquent une forme de journalisme de diversion : on parle de coopération internationale, de salons agricoles, de prix UNESCO, mais rarement des scandales locaux. La récente condamnation de l’ex-président sud-coréen Yoon Suk-yeol pour sa loi martiale de 2024 est ainsi couverte avec une minutie qui tranche avec le traitement expéditif des affaires de corruption en Algérie.

Dynamique profonde : Cette asymétrie n’est pas un hasard. Elle reflète une stratégie de communication où l’État algérien, plutôt que de nier les problèmes, les déplace – en les noyant dans un flot d’informations positives ou en les externalisant (comme avec les articles sur les déplacements climatiques en Afrique). La presse algérienne est ainsi devenue un outil de soft power à usage interne : elle ne cherche pas à informer, mais à rassurer.

**4. Infrastructures : le révélateur de l’État prédateur**

Les inondations de décembre 2025 ont joué le rôle d’un scanner impitoyable : elles ont révélé l’état de délabrement des infrastructures algériennes, mais aussi – et surtout – les mécanismes de la corruption qui les sous-tendent. L’article sur « l’anarchie urbaine » est un euphémisme : en réalité, c’est toute la chaîne de décision qui est gangrenée. Les permis de construire sont délivrés en échange de pots-de-vin, les matériaux de mauvaise qualité sont utilisés pour maximiser les marges, et les plans d’urbanisme sont systématiquement contournés par les puissants. Résultat : des villes comme Alger ou Oran, construites sur des zones inondables, deviennent des pièges mortels à chaque épisode pluvieux.

Pourtant, l’État algérien continue de célébrer ses mégaprojets – autoroutes, métros, barrages – comme des symboles de modernité. Le problème ? Ces infrastructures sont conçues pour impressionner, pas pour servir. Le métro d’Alger, inauguré en 2011, reste sous-utilisé faute de correspondances avec les autres transports. Les autoroutes, comme celle reliant Alger à Oran, sont des gouffres financiers qui profitent davantage aux entreprises chinoises ou turques qu’à l’économie locale. Quant aux barrages, leur gestion est si opaque que personne ne sait vraiment combien d’eau ils perdent par évaporation ou par fuites.

Contradiction systémique : L’Algérie dépense des milliards dans des infrastructures visibles (celles qui font la une des journaux), mais néglige les infrastructures invisibles (réseaux d’eau, égouts, transports en commun). Cette logique du bling-bling infrastructurel est typique des régimes autoritaires : elle permet de montrer une façade de modernité tout en maintenant le peuple dans la dépendance.

**5. Relations internationales : l’Algérie entre deux feux**

Les actualités diplomatiques algériennes dessinent une stratégie de diversification contrainte. D’un côté, l’Algérie renforce ses liens avec la Russie (via la Commission intergouvernementale mixte) et l’Arabie saoudite (dans le domaine énergétique) ; de l’autre, elle cherche à attirer les investissements indiens et espagnols. Cette diplomatie de l’équilibrisme cache une réalité plus crue : l’Algérie est en train de perdre son influence régionale.

La relation avec la France, autrefois centrale, est aujourd’hui réduite à une série de gestes symboliques (comme l’attention portée aux Algériens de l’étranger). Pourtant, les deux pays restent liés par des intérêts économiques colossaux : la France est le premier investisseur étranger en Algérie, et l’Algérie est le premier fournisseur de gaz de l’Hexagone. Mais cette interdépendance est de plus en plus asymétrique : la France diversifie ses sources d’approvisionnement (avec le Qatar et les États-Unis), tandis que l’Algérie, elle, reste dépendante des hydrocarbures.

Dynamique géopolitique : L’Algérie est en train de devenir un pays pivot – un État qui, sans être une grande puissance, peut faire basculer des

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