Revue de presse : Artisanat algérien, Justice Algérie, Droits humains Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan endormi**

Ce qui frappe, à la lecture de ces dix domaines d’actualité, c’est leur apparent éparpillement. Pourtant, sous la surface, des fils rouges se tissent, révélant une Algérie en pleine mutation, où les enjeux de souveraineté (économique, culturelle, technologique) croisent ceux de la survie (climatique, sanitaire, sociale). Le pays semble osciller entre deux postures : celle d’un État qui verrouille son espace politique tout en cherchant à s’imposer comme un acteur régional incontournable, et celle d’une société civile qui, malgré les entraves, invente des voies de contournement – parfois subversives, parfois simplement pragmatiques.

**La souveraineté en question : entre verrouillage et ouverture**

Pourtant, cette posture défensive cache une réalité plus complexe : l’Algérie a besoin de la France (pour les visas, les investissements, les transferts de technologie), tout comme elle a besoin du Maroc (pour les échanges commerciaux, notamment les dattes). Le paradoxe est saisissant : alors que l’État algérien criminalise les opposants exilés et musèle les voix dissidentes (comme celle de Boualem Sansal, arrêté à l’aéroport d’Alger), il lance des initiatives technologiques ambitieuses (concours FinTalk, victoire des jeunes Algériens à Shenzhen) et cherche à renforcer ses partenariats économiques. Comment concilier une diplomatie de la fermeté avec une économie qui, pour se moderniser, doit s’ouvrir ?

La réponse est peut-être dans ce que Frédéric Lordon appelle la « souveraineté paradoxale » : un État qui, pour préserver son autonomie, doit accepter une certaine porosité avec l’extérieur. Mais en Algérie, cette porosité est strictement contrôlée. Les victoires technologiques (comme celle des étudiants algériens chez Huawei) sont célébrées comme des preuves de la vitalité nationale, tandis que les défaites politiques (l’enlèvement d’Amir DZ) sont niées ou minimisées. C’est une souveraineté à géométrie variable : glorifiée quand elle sert le récit national, réprimée quand elle le menace.

**2. Made in Algeria : le mythe de l’autosuffisance**

Pourtant, des signes encourageants émergent. Le programme Algeria Exhibitions pour 2024 montre une volonté de promouvoir l’artisanat local, tandis que le lancement du concours FinTalk par la Bourse d’Alger témoigne d’une ambition fintech encore timide, mais réelle. Le problème, c’est que ces initiatives restent cantonnées à des niches, sans véritable stratégie industrielle derrière. L’Algérie exporte du pétrole et du gaz, mais peine à valoriser ses autres richesses (artisanat, agriculture, technologie). Comme si le pays, après avoir été une colonie de rente pendant des siècles, n’arrivait pas à se défaire de cette mentalité.

**Le corps social algérien : entre invisibilisation et résistance**

Cette invisibilisation n’est pas anodine. Elle révèle une Algérie profondément patriarcale, où le pouvoir économique et politique reste entre les mains d’une élite masculine, souvent issue des mêmes cercles (militaires, technocrates, hommes d’affaires). Pourtant, des brèches existent. Le 9e Festival national de la création féminine à Alger, inauguré par Soraya Mouloudji, montre que la culture peut être un espace de subversion. De même, la formation au métier de fabriquant de tapis à Lodève (même si elle a lieu en France) rappelle que l’artisanat algérien, souvent porté par des femmes, est un vecteur de transmission et d’émancipation.

Mais ces initiatives restent fragiles. Sans soutien institutionnel, sans accès aux ressources, les femmes rurales algériennes continuent de porter le poids d’un système qui les ignore. Leur combat est celui de toutes les Algériennes : exister dans un espace public qui leur est encore largement hostile.

**4. Santé et pharmacie : le corps algérien en sursis**

La pharmacie algérienne est un cas d’école. Le pays importe 70% de ses médicaments, une dépendance qui le rend vulnérable aux crises internationales (comme pendant la pandémie). Pourtant, l’Algérie a les moyens de produire davantage : des laboratoires locaux existent, mais ils manquent de matières premières et de soutien étatique. Comme pour les dattes, le problème n’est pas la capacité, mais la volonté politique.

La mucoviscidose, mentionnée dans les actualités, est un symbole de cette négligence. Cette maladie génétique, qui touche des centaines d’Algériens, est mal diagnostiquée et mal prise en charge. Pourquoi ? Parce que le système de santé algérien est conçu pour soigner les maladies « visibles » (diabète, hypertension), pas les pathologies rares ou complexes. Comme les femmes rurales, les malades chroniques sont les oubliés d’un État qui préfère investir dans des projets spectaculaires (autoroutes, stades) plutôt que dans les services de base.

**Climat et patrimoine : l’Algérie face à son double héritage**

Cette folklorisation du patrimoine est un phénomène récurrent en Algérie. Le pays célèbre son histoire (la guerre d’indépendance, les figures révolutionnaires), mais peine à en faire un levier de développement. Le lancement d’actions de régénération de l’Acacia raddiana dans la wilaya de Ghardaïa est une exception. Cet arbre, résistant à la sécheresse, est un symbole de l’adaptation algérienne au changement climatique. Pourtant, ces initiatives restent locales et peu médiatisées, comme si l’État algérien n’avait pas encore pris la mesure de l’urgence écologique.

Les incendies en Méditerranée, mentionnés dans les actualités, sont un autre signe de cette cécité. L’Algérie, comme ses voisins, paie le prix de décennies de déforestation et de gestion chaotique des terres. Mais contrairement au Maroc, qui a lancé des plans ambitieux de reboisement, l’Algérie semble encore hésiter entre le déni et l’action. Le climat est une bombe à retardement, et le pays n’a pas encore trouvé la clé pour la désamorcer.

**Technologie et culture : les laboratoires de l’Algérie de demain**

Cette réussite technologique contraste avec l’arrestation de Boualem Sansal, l’un des plus grands écrivains algériens, à l’aéroport d’Alger. Sansal, connu pour ses critiques acerbes du régime, est un symbole de la résistance intellectuelle. Son interpellation montre que l’État algérien, s’il encourage les succès technologiques (qui servent son image), ne tolère pas les voix dissidentes.

Pourtant, ces deux actualités sont liées. La jeunesse algérienne qui triomphe à Shenzhen est la même qui, en 2019, a manifesté dans les rues contre le cinquième mandat de Bouteflika. Elle est connectée, ambitieuse, et ne se contente plus des récits officiels. Le concours FinTalk, lancé par la Bourse d’Alger, est une tentative de capter cette énergie. Mais réussira-t-il à la canaliser vers l’innovation, ou finira-t-il comme tant d’autres initiatives : un coup médiatique sans lendemain ?

**7. L’art comme espace de liberté (ou d’illusion ?)**

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