Le gouvernement algérien a relancé récemment le débat sur la réforme du Code de la famille, un texte adopté en 1984 et modifié partiellement en 2005. Cette initiative, portée par le ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, vise à aligner la législation sur les engagements internationaux de l’Algérie en matière de droits des femmes, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), ratifiée en 1996. Selon des sources proches du ministère, citées par El Watan, les discussions portent sur des sujets sensibles comme l’autorité parentale, le mariage, le divorce et l’héritage.
Des avancées limitées depuis 2005
Le président Abdelmadjid Tebboune avait évoqué la nécessité d’une réforme lors de son discours à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2024. Il avait alors souligné que « les lois doivent évoluer pour refléter les réalités sociales et les aspirations des Algériennes ». Cette déclaration avait été saluée par des associations comme Femmes en Communication et Tharwa Fadhma n’Soumer, qui militent depuis des années pour une refonte complète du texte.
Les points de blocage
Les réactions de la société civile
De son côté, le Collectif 20 ans barakat (« 20 ans, ça suffit »), créé en 2005 pour protester contre les limites de la précédente réforme, organise des ateliers dans plusieurs wilayas pour sensibiliser les citoyennes à leurs droits. Selon une enquête menée par ce collectif en 2023, 68 % des Algériennes ignorent les modifications apportées au Code en 2005, et 45 % ne connaissent même pas l’existence de la CEDAW.
Les positions des partis politiques
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), parti islamiste modéré, adopte une position intermédiaire. Son président, Abderrazak Makri, a déclaré à El Khabar que « la réforme doit respecter les principes de l’islam tout en garantissant les droits des femmes ». Il propose notamment de maintenir la polygamie sous conditions strictes, mais d’instaurer une égalité dans l’héritage pour les cas où les héritiers sont d’accord.
Les prochaines étapes
Cependant, le calendrier reste incertain. Les élections législatives prévues en 2026 pourraient retarder le processus, certains partis préférant éviter un débat clivant à l’approche du scrutin. Pour les militantes féministes, l’enjeu est désormais de maintenir la pression sur les institutions. Comme l’a résumé Nadia Aït Zai dans une interview à TSA : « Les droits des femmes ne sont pas une monnaie d’échange politique. Ils doivent être une priorité, pas un sujet de négociation. »