Polémique CAF poste exécutif Maroc Algérie Tunisie

La Confédération africaine de football (CAF) se retrouve au cœur d’une vive polémique après l’annonce d’un poste vacant au sein de son comité exécutif. Ce siège, laissé libre par le départ du Sud-Africain Danny Jordaan, a déclenché une bataille diplomatique et sportive entre le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, trois nations maghrébines qui revendiquent chacune ce rôle stratégique.

Selon Jeune Afrique, qui a révélé l’affaire fin novembre 2024, la compétition pour ce poste s’est intensifiée ces dernières semaines. Le comité exécutif de la CAF, composé de 20 membres, joue un rôle clé dans les décisions financières, les nominations et l’organisation des compétitions continentales. Occuper l’un de ces sièges offre une influence directe sur les orientations du football africain, notamment en matière d’attribution des tournois comme la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) ou les éliminatoires de la Coupe du Monde.

Le Maroc, qui a déjà obtenu l’organisation de la Coupe du Monde 2030 en co-organisation avec l’Espagne et le Portugal, semble en position de force. Rabat mise sur son poids politique et ses infrastructures modernes pour convaincre les autres fédérations. La Fédération royale marocaine de football (FRMF), dirigée par Fouzi Lekjaa, a multiplié les démarches auprès des membres de la CAF, mettant en avant son expérience dans l’accueil de grands événements sportifs, comme la CAN 2015 ou la Coupe du Monde des Clubs en 2022.

L’Algérie, de son côté, avance des arguments historiques et sportifs. La Fédération algérienne de football (FAF), présidée par Charaf-Eddine Amara, rappelle que l’Algérie a organisé avec succès la CAN 2022 et le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) 2023. Alger insiste également sur la nécessité d’une représentation équilibrée au sein des instances africaines, soulignant que le Maghreb n’a pas toujours été suffisamment représenté dans les décisions majeures. « L’Algérie a toujours été un acteur clé du football africain, que ce soit sur le terrain ou dans les instances. Ce poste serait une reconnaissance de notre engagement », a déclaré un responsable de la FAF à l’Agence Presse Service (APS).

La Tunisie, dirigée par la Fédération tunisienne de football (FTF) et son président Wadie Jary, ne reste pas en marge. Tunis mise sur son rôle de médiateur et son expérience dans la gestion des compétitions continentales. La Tunisie a accueilli plusieurs éditions de la CAN, dont la dernière en 2004, et son équipe nationale, les Aigles de Carthage, reste l’une des plus régulières du continent. « La Tunisie a toujours œuvré pour l’unité du football africain. Ce poste serait une opportunité de renforcer cette dynamique », a affirmé un membre de la FTF à la chaîne Nessma TV.

La polémique a pris une tournure diplomatique, avec des échanges tendus entre les trois pays. Des médias marocains, comme Le360, ont accusé l’Algérie de mener une campagne de dénigrement contre le Maroc, tandis que des journaux algériens, dont El Watan, ont critiqué les « manœuvres » de Rabat pour s’assurer le soutien des fédérations francophones. La Tunisie, souvent perçue comme un acteur neutre, a tenté de jouer les conciliateurs, mais sans succès apparent.

La décision finale reviendra aux membres du comité exécutif de la CAF, qui voteront lors de leur prochaine assemblée générale. Plusieurs fédérations, dont celles de l’Égypte, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, pourraient jouer un rôle décisif. Selon des sources proches de la CAF, citées par Africa News, le vote s’annonce serré, avec des alliances qui pourraient se former en fonction des promesses d’investissements ou d’organisations de tournois.

Cette rivalité maghrébine intervient dans un contexte où la CAF cherche à renforcer sa crédibilité après plusieurs scandales de gouvernance. L’instance africaine, présidée par le Sud-Africain Patrice Motsepe, a récemment mis en place des réformes pour améliorer la transparence et lutter contre la corruption. Le choix du nouveau membre du comité exécutif sera donc scruté de près, car il pourrait influencer la direction future de la CAF.

Pour l’Algérie, cette bataille dépasse le cadre sportif. Le pays, qui a investi massivement dans ses infrastructures ces dernières années, voit dans ce poste une opportunité de peser davantage sur les décisions continentales. La FAF a d’ailleurs rappelé que l’Algérie avait proposé plusieurs projets pour développer le football africain, notamment en matière de formation et d’arbitrage.

Le Maroc, quant à lui, mise sur son statut de puissance émergente du football mondial. Avec une équipe nationale performante et des clubs comme le Wydad Casablanca ou l’AS FAR qui brillent sur la scène continentale, Rabat estime avoir les arguments pour représenter le Maghreb. « Le Maroc a prouvé qu’il pouvait organiser des événements de classe mondiale. Ce poste serait une suite logique », a déclaré un responsable de la FRMF à Al Jazeera.

La Tunisie, bien que moins agressive dans sa communication, reste un candidat sérieux. Son expérience dans l’organisation de compétitions et son rôle historique dans le football africain pourraient séduire certaines fédérations. « Nous ne cherchons pas à diviser, mais à unir. Ce poste doit revenir à celui qui servira le mieux les intérêts du football africain », a souligné un membre de la FTF à la radio Mosaïque FM.

Cette polémique révèle les tensions persistantes entre les trois pays du Maghreb, malgré leur proximité géographique et culturelle. Elle met également en lumière les enjeux politiques qui entourent le football africain, où les décisions sportives sont souvent influencées par des considérations diplomatiques. La CAF, déjà sous pression pour moderniser ses structures, devra gérer cette crise avec prudence pour éviter de nouvelles divisions.

Les prochaines semaines seront cruciales. Les trois fédérations maghrébines vont intensifier leurs efforts pour rallier les voix nécessaires. Des rumeurs évoquent déjà des promesses d’aide financière ou technique à certaines fédérations africaines, une pratique courante mais souvent critiquée. La CAF, qui a récemment durci ses règles contre les conflits d’intérêts, pourrait être amenée à se prononcer sur ces pratiques.

Quelle que soit l’issue, cette bataille pour un siège au comité exécutif de la CAF aura des répercussions durables sur le football maghrébin. Elle pourrait soit renforcer la coopération entre les trois pays, soit creuser davantage les divisions. Pour l’Algérie, une défaite serait perçue comme un revers, tandis qu’une victoire marocaine ou tunisienne pourrait relancer les débats sur la place du pays dans le football africain.

Les supporters algériens, eux, attendent avec impatience une issue qui redonnerait à leur pays une place centrale dans les instances du football continental. « L’Algérie mérite ce poste. Nous avons tout pour réussir : des stades, une équipe compétitive et une passion inégalée pour le football », confie un supporter interrogé par DZfoot. Une attente qui reflète l’importance du football dans la société algérienne, bien au-delà des simples résultats sportifs.

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