Le chanteur Kabyle Oulahlou reste bloqué à Alger depuis cette semaine, empêché par les autorités de rejoindre l’Europe où il devait se produire. Cette interdiction s’inscrit dans une série de restrictions contre les artistes engagés, après la sortie de son dernier album « Aẓeṛ n tmettuḍ » critiquant le pouvoir. Pour les entrepreneurs algériens, cette affaire révèle un risque croissant : celui de voir leurs projets culturels ou économiques paralysés par des décisions arbitraires, surtout quand ils touchent à des sujets sensibles.
Un artiste sous surveillance
Oulahlou, de son vrai nom Mohand Ou Lhocine, est une figure majeure de la chanson kabyle. Son album « Aẓeṛ n tmettuḍ » (L’odeur de la révolte), sorti en 2025, a suscité des réactions vives dans les milieux indépendants. Les textes abordent sans détour la corruption, les violences policières et l’impasse politique en Algérie. Depuis sa sortie, l’artiste a été convoqué à plusieurs reprises par la police, et ses concerts dans plusieurs wilayas ont été annulés sous prétexte de « troubles à l’ordre public ».
Cette semaine, alors qu’il devait se rendre à un festival en France, son passeport lui a été confisqué à l’aéroport d’Alger. Selon La Releve, une source proche de l’artiste indique que les autorités lui ont signifié une « interdiction de sortie du territoire » sans motif écrit. Une pratique devenue récurrente pour les artistes et militants dont les positions dérangent.
Un marché culturel sous pression
Pour les entrepreneurs algériens du secteur culturel, cette situation est un signal d’alerte. Le marché de la musique en Algérie, estimé à plus de 5 milliards de dinars par an, repose en grande partie sur les tournées locales et les exportations vers la diaspora. Mais depuis 2023, les refus de visas et les annulations de concerts se multiplient. En 2025, au moins 15 artistes algériens ont vu leurs projets de tournée en Europe ou en Amérique du Nord bloqués sans explication.
Les organisateurs de festivals indépendants, souvent des petites structures, paient le prix fort. En 2025, le Festival des Musiques Nomades à Béjaïa a dû annuler trois dates européennes faute de visas pour ses artistes invités, entraînant une perte sèche de 12 millions de dinars. « Nous ne pouvons plus nous permettre de prendre des risques financiers pour des artistes qui risquent d’être bloqués à la dernière minute », explique un organisateur sous couvert d’anonymat.
Diaspora en première ligne
La diaspora algérienne, qui représente entre 2 et 3 millions de personnes, est un pilier de l’économie culturelle. Les transferts d’argent des migrants vers l’Algérie s’élèvent à plus de 2 milliards de dollars par an, une manne dont dépendent de nombreux entrepreneurs locaux. Mais les restrictions imposées aux artistes menacent aussi ce flux.
Les salles de concert en France, en Belgique ou au Canada, où se produisent régulièrement des artistes algériens, commencent à diversifier leurs programmations. « Nous recevons moins de demandes de booking d’Algérie depuis deux ans », confirme un responsable d’une salle parisienne. Certains festivals européens privilégient désormais des artistes tunisiens ou marocains, moins exposés politiquement.
Que faire pour les entrepreneurs ?
Face à cette situation, plusieurs pistes émergent pour les créateurs algériens qui veulent continuer à exporter leur art :
1. Diversifier les destinations. Les pays du Golfe ou d’Asie, moins sensibles aux pressions politiques, deviennent des alternatives. En 2025, le groupe de rap algérois « 16Zob » a ainsi signé un contrat avec un label saoudien pour des tournées régionales.
2. S’appuyer sur le numérique. Les plateformes comme YouTube, Spotify ou Bandcamp permettent de contourner les blocages physiques. En 2025, les revenus des streams de musique algérienne ont augmenté de 40 %, compensant partiellement les pertes des concerts.
3. Créer des structures offshore. Certains entrepreneurs enregistrent leurs contrats et royalties via des sociétés basées en Europe ou aux Émirats, pour sécuriser leurs revenus. Cette pratique, légale, se généralise chez les artistes indépendants.
4. Collaborer avec des partenaires locaux. Travailler avec des promoteurs marocains ou tunisiens permet de bénéficier de leurs réseaux et de leur stabilité administrative. Plusieurs artistes algériens ont ainsi pu jouer en Europe via des partenariats avec des agences marocaines.
Un signe des temps
L’affaire Oulahlou n’est pas isolée. Elle s’ajoute à une liste croissante de mesures coercitives contre la liberté d’expression en Algérie : fermetures de médias, poursuites judiciaires contre des blogueurs, blocages de sites. Pour les entrepreneurs, le message est clair : l’incertitude réglementaire et administrative devient un frein majeur à l’innovation et à l’export.
Dans le secteur culturel, où la confiance est un capital essentiel, cette instabilité pousse à la prudence. Pourtant, dans l’ombre, une nouvelle génération d’artistes et de promoteurs algériens tente de contourner les obstacles. Leur succès dépendra de leur capacité à s’adapter, à innover, et à trouver des alliés stratégiques à l’étranger.
À retenir pour les entrepreneurs :
– Les restrictions administratives frappent désormais directement les revenus des artistes et des organisateurs.
– Le numérique et les partenariats régionaux deviennent des alternatives viables pour contourner les blocages.
– Les transferts de la diaspora, essentiels pour l’économie culturelle, pourraient se réduire si la situation persiste.
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