La wilaya de Khenchela vient d’ajouter une nouvelle page à l’histoire archéologique de l’Algérie. Des fouilles menées récemment à Ksar Baghaï, dans la commune d’El Hamma, ont mis au jour des vestiges et des sépultures datant de l’époque romaine et byzantine. Selon Algerie Patriotique, qui a relayé l’information le 5 juin 2024, cette découverte confirme l’importance stratégique de cette région dans l’Antiquité.
Les équipes du Centre national de recherches archéologiques (CNRA) et de la Direction de la culture de Khenchela ont mené les opérations sur un site déjà connu pour ses ruines romaines. Les sépultures, identifiées comme des tombes individuelles et collectives, contenaient des objets funéraires tels que des poteries, des lampes à huile et des bijoux en bronze. Ces artefacts permettent de dater les sépultures entre le IIIe et le VIe siècle après J.-C., une période marquée par la transition entre l’Empire romain et l’ère byzantine en Afrique du Nord.
Ksar Baghaï, anciennement connu sous le nom de Baghai, était une cité romaine prospère, mentionnée dans les textes antiques comme un carrefour commercial et militaire. Les fouilles précédentes avaient déjà révélé des thermes, un forum et des mosaïques, mais cette nouvelle découverte apporte des éléments inédits sur les pratiques funéraires locales. Les archéologues soulignent que les sépultures collectives pourraient appartenir à des communautés rurales ou à des soldats stationnés dans la région.
Un site menacé par l’urbanisation
Le wali de Khenchela, Mohamed Bouderbala, a déclaré à l’APS que des discussions étaient en cours avec le CNRA pour classer Ksar Baghaï comme site protégé. « Nous travaillons sur un projet de musée de site qui permettrait de valoriser ces découvertes et d’attirer des touristes », a-t-il précisé. Cependant, aucun calendrier n’a été communiqué pour la mise en œuvre de ces initiatives.
Des enjeux scientifiques et touristiques
Sur le plan touristique, Khenchela mise sur son patrimoine pour diversifier son économie. La wilaya, connue pour ses paysages montagneux et ses sources thermales, attire déjà des visiteurs nationaux, mais peu d’étrangers. L’ouverture des sites archéologiques au public, comme celle prévue pour les plus anciennes mosquées d’Algérie (annoncée par Algerie360 en avril 2024), pourrait changer la donne. Cependant, l’absence d’infrastructures adaptées, comme des routes d’accès ou des panneaux explicatifs, freine encore ce développement.
Un appel à la mobilisation nationale
Des voix s’élèvent pour demander une meilleure coordination entre les institutions. Le chercheur Farid Ighilahriz, membre de l’Académie algérienne des sciences, plaide pour une « stratégie nationale intégrée » qui associerait les universités, les collectivités locales et le secteur privé. « Il ne s’agit pas seulement de fouiller, mais de protéger, restaurer et valoriser. Sans cela, ces trésors resteront des découvertes éphémères », estime-t-il.
À Khenchela, les habitants attendent des actions concrètes. « Nous sommes fiers de notre histoire, mais nous voulons aussi en vivre », confie un commerçant du centre-ville. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, l’archéologie ne doit pas rester cantonnée aux livres d’histoire. Elle doit devenir un moteur de développement local, capable de créer des emplois et d’attirer des investissements.
Les prochains mois seront décisifs. Si les autorités parviennent à concrétiser leurs promesses, Ksar Baghaï pourrait devenir un modèle pour d’autres sites archéologiques en Algérie. Dans le cas contraire, ces sépultures antiques risquent de rejoindre la longue liste des découvertes oubliées, victimes d’un manque de moyens et de volonté politique.