Un tremplin pour les talents et l'économie
Les Olympiades des métiers, qui se sont tenues cette semaine à Alger avec 44 spécialités en compétition, marquent un tournant dans la stratégie de formation professionnelle en Algérie. Organisées sous l’égide du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, ces olympiades ne se contentent pas de mettre en lumière les savoir-faire traditionnels. Elles placent aussi l’Algérie face à un défi crucial : adapter son système de formation aux besoins d’un marché du travail en mutation.
44 spécialités, 44 opportunités
Cette année, les Olympiades ont réuni des compétiteurs dans des domaines variés, allant de la soudure industrielle à la cuisine professionnelle, en passant par la maçonnerie, l’électrotechnique et même la coiffure. Selon El Moudjahid, les épreuves se sont déroulées dans un esprit de compétition saine, mais aussi d’échange de bonnes pratiques. Les concurrents, issus de centres de formation professionnelle (CFPA) et d’instituts nationaux de qualification, ont été évalués sur leur maîtrise technique et leur capacité à répondre aux standards internationaux.
Un chiffre retient l’attention : plus de 300 participants, issus de toutes les régions du pays, ont concouru. Parmi les spécialités les plus prisées, on note la mécanique automobile, la plomberie-sanitaire et la menuiserie aluminium. Ces métiers, souvent sous-estimés, répondent pourtant à des besoins croissants dans un pays où les infrastructures et l’immobilier connaissent un essor soutenu.
Formation aux nouveaux métiers : une urgence économique
Le débat sur la formation aux nouveaux métiers, lancé lors de ces olympiades, n’est pas anodin. Selon Horizons, cette semaine, les autorités ont souligné l’écart entre les compétences enseignées et celles recherchées par les entreprises. « Les secteurs comme le numérique, les énergies renouvelables et l’industrie 4.0 peinent à recruter faute de profils qualifiés », a indiqué un responsable du ministère du Travail.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, le taux de chômage des jeunes en Algérie atteint 29 %, mais le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur dépasse 15 %. Paradoxalement, les entreprises algériennes peinent à recruter pour des postes techniques et intermédiaires. « Nous avons des offres non pourvues dans l’électronique industrielle et la maintenance des machines-outils, alors que des milliers de jeunes sortent chaque année des centres de formation », a expliqué un cadre de la Chambre algérienne de l’industrie et des mines (CAIM).
Recommandations et pistes concrètes
Pour combler ce fossé, plusieurs pistes émergent. D’abord, renforcer les partenariats entre les centres de formation professionnelle et les entreprises. « Les olympiades montrent que les jeunes ont le potentiel. Il faut maintenant leur donner les outils pour réussir dans des secteurs porteurs comme les énergies propres ou la réparation automobile », a souligné Abdelmadjid Mezhoudja, directeur général de l’École nationale d’administration (ENA), lors d’un échange avec la presse.
Ensuite, introduire des modules sur les compétences transversales : gestion de projet, langues étrangères, et entrepreneuriat. Ces compétences, souvent absentes des programmes actuels, sont pourtant essentielles pour les jeunes souhaitant se lancer dans l’auto-emploi ou travailler pour des entreprises internationales.
Enfin, valoriser les métiers manuels et techniques. En Allemagne ou en Suisse, ces professions sont associées à des salaires attractifs et à une reconnaissance sociale forte. En Algérie, malgré les efforts récents, le prestige reste faible. « Il faut changer la perception. Un bon technicien peut gagner plus qu’un cadre débutant dans une administration », a rappelé un formateur basé à Oran.
Un enjeu pour la diaspora entrepreneuriale
La question de la formation professionnelle concerne aussi la diaspora algérienne. Beaucoup d’entrepreneurs vivant à l’étranger souhaitent investir en Algérie, notamment dans les secteurs porteurs comme le numérique ou les énergies renouvelables. Pourtant, le manque de compétences locales adaptées freine ces projets.
« Nous avons des partenaires en Europe qui veulent implanter des ateliers de fabrication de panneaux solaires en Algérie, mais ils se heurtent à l’absence de techniciens qualifiés sur place », a expliqué un entrepreneur basé en France, contacté par nos soins. Une solution ? Former des jeunes en Algérie et leur offrir des stages à l’étranger pour acquérir une expérience internationale.
Des exemples inspirants
Certains acteurs du secteur montrent déjà l’exemple. À Sétif, l’extension récente de la chaîne AccorHotels a nécessité la formation de 200 employés locaux dans les métiers de l’hôtellerie, en collaboration avec des centres de formation professionnelle. Résultat : 80 % des postes ont été pourvus localement, avec un taux de satisfaction client en hausse.
De même, les Olympiades ont révélé des talents prometteurs. Un jeune de 22 ans, originaire de Tlemcen, a remporté la médaille d’or en soudure industrielle. Son parcours ? Un CAP suivi d’un stage dans une PME spécialisée en chaudronnerie. « Sans cette formation, je n’aurais jamais pu décrocher ce poste dans une entreprise de BTP à Alger », a-t-il confié.
À retenir pour les entrepreneurs
En 2025, l’Algérie compte plus de 120 centres de formation professionnelle, mais leur adéquation avec les besoins du marché reste inégale. Les Olympiades des métiers montrent que les jeunes Algériens maîtrisent les techniques, mais leur employabilité dépend désormais de la capacité des entreprises à s’impliquer dans la formation. Un partenariat public-privé renforcé et une revalorisation des métiers techniques pourraient faire passer le taux de chômage des jeunes de 29 % à moins de 15 % d’ici 2030.
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