Najet Mouaziz Bouchentouf et Fadila Kettaf réinventent la ville algérienne

Deux architectes et urbanistes algériennes, Najet Mouaziz Bouchentouf et Fadila Kettaf, appellent à repenser radicalement la fabrication des villes en Algérie. Selon El Watan, leur réflexion s’inscrit dans un contexte marqué par une urbanisation accélérée, des défis écologiques croissants et des besoins sociaux mal adaptés aux modèles actuels. Leur proposition ne se limite pas à une critique des pratiques existantes, mais propose des pistes concrètes pour une transition vers des villes plus durables et inclusives.

Une urbanisation à bout de souffle

Najet Mouaziz Bouchentouf souligne que les villes algériennes sont conçues comme des « machines à habiter » plutôt que comme des espaces de vie. Les grands ensembles, les zones industrielles mal intégrées et les réseaux de transport inefficaces reflètent une approche technocratique, où l’humain et l’environnement sont relégués au second plan. Fadila Kettaf ajoute que cette logique a favorisé une ségrégation spatiale, avec des quartiers riches isolés des zones populaires, aggravant les inégalités sociales.

Vers une ville écologique et participative

D’abord, la densification intelligente vise à limiter l’étalement urbain, responsable de la disparition des terres agricoles et de la fragmentation des écosystèmes. Plutôt que de construire des logements en périphérie, elles proposent de réhabiliter les centres-villes et les quartiers existants, en optimisant l’usage des sols. À titre d’exemple, elles citent le cas de la Casbah d’Alger, où la rénovation des bâtiments historiques pourrait allier préservation du patrimoine et création de logements modernes.

Ensuite, la mixité fonctionnelle consiste à intégrer les activités économiques, résidentielles et culturelles dans un même espace. Cela permettrait de réduire les déplacements, de dynamiser les quartiers et de créer des emplois locaux. Fadila Kettaf évoque le modèle des écoquartiers européens, où les commerces, les écoles et les espaces verts coexistent, réduisant ainsi l’empreinte carbone des habitants.

Enfin, la participation citoyenne est présentée comme un pilier essentiel. Les deux expertes regrettent que les projets urbains en Algérie soient souvent décidés sans consultation des populations concernées. Elles proposent d’instaurer des ateliers participatifs, où les habitants pourraient exprimer leurs besoins et contribuer à la conception de leur cadre de vie. Cette démarche, déjà expérimentée dans des villes comme Barcelone ou Medellín, a prouvé son efficacité pour renforcer le sentiment d’appartenance et améliorer la qualité des projets.

Des défis techniques et politiques

Sur le plan politique, le secteur de l’urbanisme reste marqué par une forte centralisation et des lenteurs administratives. Les projets sont souvent lancés sans étude d’impact approfondie, et les retards s’accumulent. Najet Mouaziz Bouchentouf critique notamment le manque de coordination entre les différents acteurs : ministères, collectivités locales, promoteurs privés et société civile. Elle plaide pour une gouvernance plus transparente, avec des mécanismes de contrôle et d’évaluation indépendants.

L’exemple de Béjaïa et Tlemcen

À Tlemcen, la municipalité a lancé un programme de végétalisation urbaine, avec la plantation de milliers d’arbres et la création de parcs. Ces initiatives, bien que modestes, montrent qu’une autre approche est possible. Najet Mouaziz Bouchentouf insiste sur la nécessité de généraliser ces expériences, en les adaptant aux spécificités de chaque ville.

Un appel à l’action

Leur message s’adresse aussi aux citoyens, invités à s’approprier les enjeux urbains. « Une ville ne se construit pas seulement avec du béton, mais avec l’intelligence collective », résume Fadila Kettaf. Dans un pays où plus de 70 % de la population vit en milieu urbain, repenser la fabrication des villes n’est pas une option, mais une nécessité.

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