Nadia Chettab alerte sur le potentiel minier inexploité de l’Algérie

L’Algérie possède l’un des sous-sols les plus riches du continent africain, mais son secteur minier reste en deçà de ses capacités, selon Nadia Chettab, professeur chercheure en économie internationale. Dans un entretien accordé à El Watan, publié récemment, elle souligne que ce potentiel, bien que reconnu, est « largement sous-exploité » et pourrait devenir un levier économique majeur si des réformes structurelles étaient engagées.

Un gisement de ressources sous-estimé

Pourtant, malgré ce potentiel, la contribution du secteur minier au PIB algérien reste marginale. En 2023, les exportations de minerais et métaux représentaient moins de 2 % des recettes extérieures du pays, loin derrière les hydrocarbures. Chettab explique cette situation par plusieurs facteurs : « Un cadre juridique peu incitatif, des infrastructures insuffisantes et un manque d’investissements étrangers et locaux dans l’exploration et l’exploitation. »

Des obstacles structurels persistants

Les infrastructures posent un autre défi. Les zones minières, souvent situées dans des régions désertiques ou éloignées, manquent de routes, de voies ferrées et d’accès à l’énergie. Le transport des minerais vers les ports, comme celui de Béjaïa ou d’Oran, représente un coût logistique élevé, réduisant la compétitivité des exportations algériennes. Chettab insiste sur la nécessité de moderniser ces infrastructures : « Sans un réseau de transport efficace, même les gisements les plus riches ne pourront pas être exploités de manière rentable. »

Le lithium, une opportunité manquée ?

Chettab souligne que cette inaction pourrait coûter cher au pays : « Les pays qui maîtriseront la chaîne de valeur du lithium domineront le marché des énergies propres dans les décennies à venir. L’Algérie a une carte à jouer, mais elle doit agir rapidement. » Elle propose la création d’un pôle minier dédié au lithium, associant recherche publique, investisseurs privés et partenaires internationaux. « Il ne s’agit pas seulement d’extraire le minerai, mais de le transformer localement pour en tirer une valeur ajoutée maximale. »

Vers une relance du secteur ?

Le gouvernement algérien a récemment affiché sa volonté de diversifier l’économie, notamment à travers le plan de relance économique 2025-2029. Le secteur minier y est mentionné comme un axe prioritaire, avec des objectifs ambitieux : doubler la production de minerais d’ici 2030 et augmenter les exportations non-hydrocarbures. Cependant, Chettab reste prudente : « Les annonces sont encourageantes, mais il faut maintenant des actes concrets. Sans réformes profondes, le potentiel minier algérien restera une promesse non tenue. »

Un enjeu économique et géopolitique

Pourtant, cette ambition se heurte à des défis internes, comme la lenteur des réformes ou la concurrence des pays voisins. La Mauritanie, par exemple, attire déjà des investissements massifs dans le fer et le cuivre, tandis que le Maroc mise sur les phosphates et les terres rares. « L’Algérie ne peut pas se permettre de rester à la traîne », avertit Chettab.

L’entretien publié par El Watan met en lumière une réalité souvent ignorée : le sous-sol algérien regorge de richesses, mais leur exploitation nécessite une volonté politique forte et des investissements ciblés. Si le pays parvient à surmonter ses obstacles structurels, le secteur minier pourrait devenir un pilier de son économie, au même titre que les hydrocarbures. À condition d’agir sans tarder.

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