IATF 2025 booste les exportations algériennes vers l’Afrique

L’Algérie a franchi une étape clé dans sa stratégie de diversification économique en signant plusieurs accords d’exportation lors de l’Intra-African Trade Fair (IATF) 2025, qui s’est tenue récemment au Caire. Ces contrats, révélés par AL24 News, marquent une avancée concrète pour les entreprises nationales cherchant à pénétrer les marchés africains, un objectif prioritaire fixé par les autorités depuis 2020.

Les secteurs concernés couvrent l’agroalimentaire, les matériaux de construction, les produits pharmaceutiques et les équipements industriels. Parmi les signataires figurent des entreprises publiques comme Saidal, spécialisée dans les médicaments, et des groupes privés tels que Cevital, qui exporte déjà des produits alimentaires transformés vers la Tunisie et le Maroc. Les destinations visées incluent le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et l’Éthiopie, des pays où la demande en biens manufacturés locaux est en hausse.

D’après les données du ministère du Commerce, les exportations algériennes hors hydrocarbures ont atteint 7,2 milliards de dollars en 2024, soit une progression de 18 % par rapport à 2023. L’Afrique représente désormais 22 % de ces flux, contre seulement 8 % en 2020. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du plan gouvernemental visant à porter les recettes non pétrolières à 15 milliards de dollars d’ici 2026, comme l’a rappelé le président Abdelmadjid Tebboune lors d’une cérémonie en juillet 2023.

Des partenariats ciblés pour contourner les barrières

Les accords signés à l’IATF 2025 s’appuient sur des mécanismes concrets pour faciliter les échanges. Le groupe public Sonelgaz a par exemple conclu un contrat avec une entreprise ivoirienne pour la fourniture de câbles électriques, avec un engagement de transfert de technologie. De son côté, la société privée Naftal a négocié un partenariat avec un distributeur sénégalais pour exporter des lubrifiants et des produits dérivés du pétrole, malgré la concurrence des multinationales européennes.

Ces initiatives bénéficient du soutien de l’Agence algérienne de promotion du commerce extérieur (Algex), qui a ouvert des bureaux à Dakar et à Abidjan en 2024. Selon son directeur général, Mohamed Benmeradi, ces antennes permettent d’identifier les besoins des marchés locaux et d’adapter l’offre algérienne. « Nous ne vendons pas seulement des produits, nous proposons des solutions intégrées, comme des formations pour les techniciens africains ou des financements en dinars via la Banque algérienne du commerce extérieur », a-t-il déclaré à AL24 News.

Les défis logistiques et financiers

Malgré ces avancées, les exportateurs algériens font face à des obstacles persistants. Le transport maritime reste un point faible : les délais entre Alger et Dakar peuvent atteindre 20 jours, contre 10 pour les concurrents turcs ou chinois. Pour y remédier, la Compagnie nationale algérienne de navigation (CNAN) a lancé en 2024 une ligne régulière vers l’Afrique de l’Ouest, mais sa capacité reste limitée.

Sur le plan financier, les entreprises algériennes peinent à accéder aux devises nécessaires pour importer des matières premières, un problème récurrent depuis la crise de liquidités de 2022. « Nous devons souvent préfinancer nos exportations, ce qui alourdit nos coûts », explique un responsable de la société agroalimentaire Groupe Benamor, qui exporte des dattes vers le Nigeria. Le gouvernement a annoncé en 2025 un fonds de garantie pour les exportateurs, mais son déploiement tarde.

L’Afrique, un relais de croissance pour l’industrie locale

Les industriels algériens voient dans l’Afrique une opportunité pour écouler des produits souvent boudés sur les marchés européens, en raison de normes plus strictes. Les médicaments génériques de Saidal, par exemple, trouvent preneur au Sénégal et au Mali, où les besoins en santé publique sont immenses. De même, les matériaux de construction fabriqués par le groupe public Cosider sont compétitifs en Côte d’Ivoire, où le boom immobilier dope la demande.

Cette orientation africaine permet aussi de réduire la dépendance aux hydrocarbures. En 2024, les recettes pétrolières ont chuté de 23 % en raison de la baisse des prix du baril, selon les chiffres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Dans ce contexte, les exportations hors hydrocarbures deviennent un levier essentiel pour stabiliser les réserves de change, qui s’élevaient à 66 milliards de dollars fin 2024, selon la Banque d’Algérie.

Les prochaines étapes

Pour consolider cette dynamique, les autorités prévoient d’organiser une « Semaine de l’export algérien » en 2026, avec des rencontres B2B dans plusieurs capitales africaines. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a également annoncé la création d’un guichet unique pour les exportateurs, afin de simplifier les procédures douanières et fiscales.

Les entreprises algériennes misent aussi sur les zones franches, comme celle de Bellara à Jijel, inaugurée en 2023. Ce complexe industriel, dédié aux industries légères, a déjà attiré une dizaine d’investisseurs étrangers et locaux, qui y produisent des biens destinés à l’exportation. « Notre objectif est de faire de Bellara une plateforme pour l’Afrique, à l’image de Tanger Med au Maroc », explique le directeur de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), Mourad Preure.

Si les défis restent nombreux, les résultats obtenus à l’IATF 2025 confirment que l’Algérie avance sur la voie d’une économie moins dépendante des hydrocarbures. Avec des infrastructures en cours de modernisation et une stratégie africaine de plus en plus affirmée, le pays pourrait bien devenir un acteur clé du commerce intra-africain dans les années à venir.

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