Le Maroc occupe la 67ème place au classement mondial de la vitesse d’internet, selon un rapport récemment publié par le site lecollimateur.ma. Le pays se positionne également en 10ème position à l’échelle arabe, un résultat qui met en lumière les performances contrastées des infrastructures numériques dans la région. Cette donnée, bien que révélatrice d’une progression, soulève des questions sur les écarts persistants entre les pays du Maghreb et leurs voisins, notamment en matière d’accès au haut débit et de compétitivité économique.
Un classement révélateur des disparités régionales
Cette situation s’explique en partie par des disparités géographiques. Les zones urbaines marocaines, comme Casablanca ou Rabat, bénéficient de connexions plus rapides, tandis que les régions rurales ou montagneuses accusent des retards importants. Un phénomène similaire est observé en Algérie, où les grandes villes concentrent l’essentiel des infrastructures haut débit, laissant les wilayas éloignées dépendre de solutions moins performantes, comme l’ADSL ou le satellite.
L’Algérie face à ses propres défis
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, le déploiement de la fibre optique reste limité, malgré les annonces répétées des autorités. En 2023, l’opérateur historique Algérie Télécom a lancé des projets d’extension du réseau fibre, mais leur mise en œuvre tarde à couvrir l’ensemble du territoire. Ensuite, la dépendance à l’ADSL, une technologie vieillissante, freine l’amélioration des débits, surtout dans les zones densément peuplées où la saturation des lignes est fréquente.
Enfin, la question des coûts d’accès à internet pèse sur la démocratisation du haut débit. En Algérie, les tarifs restent élevés pour une grande partie de la population, ce qui limite l’adoption des forfaits fibre ou 4G/5G. À titre de comparaison, le Maroc a mis en place des subventions pour réduire les prix des abonnements, une mesure qui a permis d’augmenter le taux de pénétration d’internet, aujourd’hui estimé à plus de 80 % de la population.
Enjeux économiques et compétitivité
Pour l’Algérie, les défis sont similaires. Le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) est identifié comme un pilier de la diversification économique, notamment dans le cadre du plan de relance post-pandémie. Cependant, les retards accumulés risquent de pénaliser les entreprises locales, en particulier les start-ups et les PME, qui dépendent d’un internet rapide et fiable pour innover et exporter leurs services.
Un autre enjeu concerne l’éducation et la formation. Avec la généralisation de l’enseignement à distance, notamment depuis la crise sanitaire, la qualité de la connexion internet est devenue un facteur déterminant pour l’accès au savoir. En Algérie, les universités et les écoles des zones rurales sont souvent confrontées à des coupures ou à des débits insuffisants, ce qui creuse les inégalités entre les étudiants.
Comparaisons et pistes d’amélioration
En Algérie, des réformes structurelles pourraient être envisagées pour attirer les investissements privés dans le secteur des télécommunications. La libéralisation partielle du marché, déjà amorcée avec l’arrivée de Mobilis, Djezzy et Ooredoo, pourrait être approfondie pour permettre l’émergence de nouveaux acteurs. Par ailleurs, une meilleure coordination entre les ministères concernés (Postes et Télécommunications, Numérique, Industrie) serait nécessaire pour éviter les chevauchements et accélérer les projets.
Enfin, la question de la formation des compétences locales ne doit pas être négligée. Le développement des infrastructures doit s’accompagner d’une montée en expertise des ingénieurs et techniciens algériens, afin de réduire la dépendance aux technologies étrangères et d’assurer une maintenance efficace des réseaux.
Un défi commun pour le Maghreb
Pour l’Algérie, l’enjeu est double : rattraper son retard tout en évitant de reproduire les erreurs du passé, comme les lenteurs administratives ou le manque de vision à long terme. Une approche pragmatique, combinant investissements publics et partenariats privés, pourrait permettre de hisser le pays parmi les leaders régionaux de l’économie numérique. À condition, bien sûr, que les décisions soient suivies d’actions concrètes.