La chanteuse et actrice Manal Gharbi a récemment réaffirmé son attachement à la musique andalouse lors d’une interview accordée à El Watan. Originaire d’Alger, elle a déclaré que ce patrimoine « coule dans [ses] veines », soulignant l’importance de le transmettre aux nouvelles générations. Son parcours, marqué par une formation classique et une carrière à la fois musicale et cinématographique, en fait l’une des figures contemporaines de ce genre ancestral.
Manal Gharbi, formée au conservatoire d’Alger, a commencé sa carrière en interprétant des pièces du répertoire andalou avant de se tourner vers le théâtre et le cinéma. Ses rôles dans des productions algériennes, comme Les Portes du silence (2020), lui ont valu une reconnaissance nationale. Pourtant, c’est la musique qui reste son premier amour. « La nuba [suite musicale andalouse] est une école de patience et de rigueur. Chaque note raconte une histoire, et c’est cette profondeur qui me fascine », a-t-elle expliqué à El Watan.
La musique andalouse, classée au patrimoine immatériel de l’humanité par l’UNESCO, connaît un regain d’intérêt en Algérie. Des associations comme El Djazira, basée à Alger, organisent régulièrement des concerts pour perpétuer cette tradition. Selon l’Agence Presse Service (APS), l’association a animé un récital début mars 2026, attirant un public varié, des mélomanes chevronnés aux jeunes curieux. « Nous voulons briser l’idée que cette musique est réservée à une élite. Elle appartient à tous les Algériens », a déclaré un membre de l’association.
Manal Gharbi s’inscrit dans cette dynamique. En 2025, elle a participé à plusieurs ateliers pédagogiques, notamment au Festival Sanâa de musique andalouse, dont la 11e édition s’est tenue en décembre dernier. Le festival, organisé par le ministère de la Culture, a mis en avant des artistes algériens et étrangers, confirmant l’attrait international pour ce genre. « Sanâa est un pont entre les cultures. Des musiciens marocains, tunisiens et même espagnols y participent, preuve que notre patrimoine résonne bien au-delà des frontières », a souligné un responsable du festival cité par Le Courrier d’Algérie.
Pourtant, la transmission de la musique andalouse reste un défi. Les conservatoires algériens, comme celui d’Alger ou d’Oran, forment des musiciens, mais les effectifs restent limités. « Les jeunes préfèrent souvent le rap ou la pop. Il faut leur montrer que la musique andalouse peut être moderne sans perdre son âme », explique Manal Gharbi. Elle-même a expérimenté des fusions, comme son projet Andalousia 2.0, où elle mêle instruments traditionnels (oud, rebab) et arrangements électroniques.
Les institutions algériennes semblent conscientes de l’enjeu. Le ministère de la Culture a lancé en 2024 un programme de numérisation des archives sonores andalouses, en collaboration avec la Bibliothèque nationale. « Ces enregistrements, certains vieux de plus d’un siècle, sont une mine d’or. Les rendre accessibles en ligne permettra aux chercheurs et aux musiciens de les étudier », indique un communiqué officiel.
Manal Gharbi, quant à elle, prépare un nouvel album entièrement dédié à la nuba. « Je veux rendre hommage aux grands maîtres comme Cheikh Raymond ou El Anka, mais aussi apporter ma touche personnelle. La musique andalouse n’est pas figée, elle doit évoluer », confie-t-elle. Son engagement dépasse la scène : elle milite pour l’inclusion de ce genre dans les programmes scolaires, estimant que « la culture est un rempart contre l’oubli ».
À Alger, les initiatives se multiplient. Des cafés culturels, comme El Gusto dans la Casbah, proposent des soirées andalouses hebdomadaires. « Les gens viennent pour écouter, mais aussi pour chanter. C’est cette participation qui sauvegarde la tradition », explique le gérant, cité par El Watan. Même les réseaux sociaux jouent un rôle : des influenceurs algériens partagent des extraits de concerts ou des tutoriels pour apprendre les bases du chant andalou.
La musique andalouse, née au Moyen Âge dans la péninsule Ibérique avant de s’épanouir au Maghreb, est aujourd’hui un symbole de résistance culturelle. Pour Manal Gharbi, elle représente bien plus : « C’est notre ADN musical. La préserver, c’est honorer ceux qui l’ont portée avant nous, et ceux qui la porteront demain. » Son combat rejoint celui de nombreux artistes et associations, déterminés à faire vivre ce patrimoine dans l’Algérie du XXIe siècle.