Abdelkader Bendamèche consacre El Anka dans le chaâbi

La parution récente de l’ouvrage El Hadj M’hamed El Anka, au panthéon patrimonial de la chanson chaâbie, signé par l’historien et musicologue Abdelkader Bendamèche, marque une étape significative dans la reconnaissance officielle de l’héritage musical algérois. Publié par les éditions ENAG, ce livre s’impose comme une référence pour comprendre le rôle fondateur d’El Anka dans l’émergence et la structuration du chaâbi, genre aujourd’hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Algérie. Selon El Moudjahid, cette publication intervient à un moment où les institutions culturelles multiplient les initiatives pour préserver et valoriser les racines artistiques du pays.

Un travail de mémoire sur les origines du chaâbi

L’auteur met en lumière les innovations techniques apportées par El Anka, notamment l’utilisation du mandole algérien comme instrument soliste, en remplacement du luth traditionnel. Cette évolution a permis au chaâbi de se différencier de la musique andalouse tout en conservant une rigueur mélodique. Le livre s’appuie sur des archives sonores et des témoignages de musiciens contemporains d’El Anka, offrant ainsi une perspective historique rare sur les conditions de création de ce genre.

Le chaâbi, miroir d’une identité algéroise

Bendamèche insiste sur le rôle des cafés maures, lieux de diffusion privilégiés du chaâbi, où El Anka et ses disciples se produisaient devant un public populaire. Ces espaces, aujourd’hui menacés par l’urbanisation et les mutations sociales, étaient des creusets culturels où se transmettait un savoir musical oral. L’auteur alerte sur la nécessité de préserver ces lieux de mémoire, soulignant que leur disparition progressive risque d’appauvrir la transmission du chaâbi.

Une reconnaissance institutionnelle tardive mais nécessaire

Le livre s’inscrit dans une dynamique plus large, marquée par la réédition d’archives sonores et la création de festivals dédiés au chaâbi, comme celui d’Alger. Pourtant, l’auteur souligne que ces efforts restent insuffisants face à la mondialisation culturelle, qui tend à marginaliser les musiques traditionnelles. Il appelle à une politique plus ambitieuse, incluant la numérisation des archives, la création de centres de recherche spécialisés et l’intégration du chaâbi dans les programmes scolaires.

Un héritage vivant, entre tradition et modernité

Le livre met également en avant le rôle des femmes dans la transmission du chaâbi, souvent éclipsé par la notoriété masculine. Des chanteuses comme Reinette l’Oranaise ou Fadela Dziria ont contribué à populariser le genre, notamment à travers des interprétations qui mêlaient virtuosité technique et émotion. Bendamèche plaide pour une relecture de l’histoire du chaâbi qui intègre ces figures féminines, trop longtemps reléguées au second plan.

Un appel à la préservation active

L’auteur insiste sur l’importance de la transmission intergénérationnelle, citant l’exemple des ateliers organisés dans les maisons de la culture, où des maîtres du chaâbi initient les jeunes aux techniques vocales et instrumentales. Ces initiatives, bien que locales, montrent que le genre reste vivant, porté par une communauté de passionnés.

En définitive, El Hadj M’hamed El Anka, au panthéon patrimonial de la chanson chaâbie dépasse le cadre d’une simple biographie. Il s’agit d’un manifeste pour la sauvegarde d’un patrimoine culturel qui incarne l’âme d’Alger. À travers ce livre, Abdelkader Bendamèche offre une clé de lecture essentielle pour comprendre comment le chaâbi, né dans les ruelles de la Casbah, est devenu un symbole de la résistance culturelle algérienne. Reste à savoir si les acteurs concernés sauront transformer cette reconnaissance en actions concrètes, avant que le temps n’efface définitivement les traces de ce patrimoine.

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