Le RND propose la déchéance de nationalité pour les opposants à l’étranger

Le Rassemblement National Démocratique (RND) a récemment relancé un débat sensible en Algérie en proposant une mesure visant à déchoir de leur nationalité les citoyens accusés de « comploter » contre le pays depuis l’étranger. Selon Le Point, cette initiative, portée par des figures du parti au pouvoir, s’inscrit dans un contexte de tensions politiques accrues et de mobilisation croissante de l’opposition en exil.

La proposition, évoquée lors d’une réunion interne du RND fin octobre 2025, cible explicitement des personnalités et des collectifs basés à l’étranger, notamment en France, en Espagne et au Canada. Parmi les cibles mentionnées figurent des militants du Hirak, des anciens responsables politiques en disgrâce et des figures médiatiques critiques envers le régime. Le RND justifie cette mesure par la nécessité de « protéger la souveraineté nationale » et de « sanctionner les actes de trahison », une rhétorique qui rappelle des dispositifs juridiques similaires adoptés dans d’autres pays, comme la France ou le Maroc.

Un arsenal juridique déjà existant mais peu appliqué

Selon des juristes interrogés par Le Point, cette extension poserait des problèmes constitutionnels et internationaux. L’Algérie est signataire de plusieurs conventions, dont la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui protègent le droit à la nationalité et interdisent les mesures arbitraires. Par ailleurs, la déchéance de nationalité pour des motifs politiques risquerait de créer des apatrides, une situation contraire au droit international.

Une réponse aux mobilisations de l’opposition en exil

Le RND, parti historique du système politique algérien, semble vouloir envoyer un message fort à ces opposants. Lors d’une conférence de presse tenue à Alger, son secrétaire général, Tayeb Zitouni, a déclaré que « ceux qui cherchent à déstabiliser le pays depuis l’étranger doivent assumer les conséquences de leurs actes ». Cette déclaration a été interprétée comme une réponse directe aux récentes manifestations organisées devant les ambassades algériennes en Europe, où des slogans hostiles au président Abdelmadjid Tebboune ont été scandés.

Des risques de polarisation et de répression accrue

Par ailleurs, cette proposition pourrait exacerber les tensions entre l’Algérie et ses partenaires étrangers, notamment la France, où réside une importante diaspora algérienne. Paris a déjà exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation face aux restrictions des libertés en Algérie, et une telle mesure risquerait de compliquer davantage les relations diplomatiques entre les deux pays.

Un débat qui divise la classe politique algérienne

Du côté de l’opposition, les réactions sont unanimes : cette proposition est perçue comme une « fuite en avant » du régime. Le parti Jil Jadid, dirigé par Soufiane Djilali, a dénoncé une « tentative désespérée de museler les voix critiques », tandis que des figures comme l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Ouyahia, aujourd’hui en disgrâce, ont été citées comme des cibles potentielles de cette mesure.

Vers une adoption ou un simple effet d’annonce ?

Quelle que soit l’issue, cette initiative reflète une tendance plus large en Algérie : la radicalisation du discours sécuritaire face à une opposition de plus en plus organisée à l’étranger. Elle pose aussi la question de la place des Algériens de la diaspora dans le débat politique national. Longtemps perçus comme une source de devises et de soutien au régime, ils sont désormais de plus en plus considérés comme une menace par une partie de l’establishment.

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