Le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pourrait compromettre définitivement le projet de gazoduc Nigeria-Algérie, selon Maroc Diplomatique. Ce mégaprojet énergétique, envisagé depuis plus de deux décennies, vise à transporter le gaz nigérian vers l’Europe via l’Algérie, en traversant plusieurs pays du Sahel. La décision des trois États sahéliens, annoncée récemment, remet en cause la viabilité économique et géopolitique de cette infrastructure stratégique.
Un corridor énergétique fragilisé
Selon Maroc Diplomatique, ce retrait affaiblit la cohésion régionale nécessaire à la réalisation du projet. Les trois pays sahéliens, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), pourraient exiger des conditions plus strictes pour autoriser le passage du gazoduc sur leurs territoires. Des tensions diplomatiques pourraient également émerger, notamment avec le Nigeria, membre influent de la CEDEAO, et l’Algérie, qui cherche à renforcer son rôle de hub énergétique pour l’Europe.
L’Algérie face à un dilemme stratégique
Les autorités algériennes ont jusqu’ici minimisé l’impact de cette décision, soulignant que des alternatives existent, comme le renforcement des infrastructures existantes ou la recherche de nouveaux partenaires. Pourtant, selon des experts cités par Maroc Diplomatique, le tracé initial du gazoduc, conçu pour traverser le Sahel, reste le plus rentable. Toute modification du parcours entraînerait des surcoûts considérables et des retards supplémentaires.
Les enjeux économiques et sécuritaires
La région du Sahel, en proie à l’instabilité et à la montée des groupes armés, représente un risque majeur pour la sécurité des infrastructures. Le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO pourrait aggraver ces tensions, notamment si les nouveaux régimes sahéliens adoptent des positions hostiles aux intérêts occidentaux. Par ailleurs, la concurrence du Maroc, qui propose un gazoduc alternatif reliant le Nigeria à l’Europe via son territoire, ajoute une dimension supplémentaire à la rivalité maghrébine.
Une relance hypothétique
Le retrait du Sahel de la CEDEAO pourrait aussi inciter l’Algérie à accélérer d’autres projets énergétiques, comme le développement de ses gisements de gaz non conventionnels ou la modernisation de ses terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL). Cependant, ces alternatives ne remplaceront pas entièrement le potentiel du gazoduc Nigeria-Algérie, qui reste le seul projet capable de connecter directement les réserves africaines aux marchés européens.
La situation actuelle illustre les fragilités des grands projets transnationaux en Afrique, où les aléas politiques et sécuritaires peuvent remettre en cause des décennies de planification. Pour l’Algérie, le défi consiste désormais à trouver un équilibre entre ses ambitions énergétiques et les réalités d’une région en pleine recomposition.