Le Cap-Vert booste son écosystème numérique

Le Cap-Vert a récemment intensifié ses efforts pour développer son écosystème numérique, une dynamique qui pourrait inspirer d’autres pays africains, dont l’Algérie. Selon We are Tech, l’archipel mise sur des initiatives structurantes pour attirer les start-up et renforcer son attractivité technologique. Cette stratégie, centrée sur l’innovation et l’investissement, soulève des questions sur les leviers que l’Algérie pourrait actionner pour accélérer sa propre transition numérique.

Un cadre réglementaire et financier repensé
Le gouvernement capverdien a adopté une série de mesures pour faciliter la création et le développement des start-up. Parmi elles, la simplification des procédures administratives et la mise en place de fonds d’investissement dédiés aux jeunes pousses. Le Fundo de Capital de Risco (FCR), un fonds public-privé, joue un rôle clé en finançant des projets innovants dans les secteurs des technologies financières, de l’agritech et des énergies renouvelables. Cette approche contraste avec la situation algérienne, où les start-up peinent encore à accéder à des financements adaptés, malgré l’existence de dispositifs comme l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) ou le Fonds national de soutien à l’investissement (FNSI).

Des incubateurs et des partenariats internationaux
Praia, la capitale du Cap-Vert, abrite désormais plusieurs incubateurs et espaces de coworking, comme Tech Park Cabo Verde, qui offrent un accompagnement technique et juridique aux entrepreneurs. Le pays a également noué des partenariats avec des acteurs internationaux, tels que la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne, pour renforcer ses infrastructures numériques. En Algérie, des initiatives similaires existent, comme les Pépinières d’entreprises ou le Centre d’innovation et de transfert technologique (CITT) de Sidi Abdallah, mais leur impact reste limité par un manque de coordination et de visibilité.

L’Algérie face à ses défis structurels
Si le Cap-Vert mise sur une approche agile et collaborative, l’Algérie doit encore surmonter plusieurs obstacles pour dynamiser son écosystème numérique. Le premier défi réside dans la lenteur des réformes administratives, qui décourage les investisseurs. Par exemple, la création d’une entreprise en Algérie prend en moyenne 14 jours, contre 3 jours au Cap-Vert, selon les données de la Banque mondiale. De plus, le secteur bancaire algérien, encore peu ouvert aux fintechs, freine l’émergence de solutions innovantes, contrairement à l’archipel, où des licences bancaires simplifiées ont été introduites pour stimuler les start-up financières.

Des opportunités à saisir pour l’Algérie
Le modèle capverdien met en lumière des pistes que l’Algérie pourrait explorer. D’abord, l’accent mis sur la formation et l’éducation numérique : le Cap-Vert a intégré des modules de codage dans les programmes scolaires dès le secondaire, une mesure que l’Algérie pourrait généraliser, notamment via des partenariats avec des universités et des plateformes comme Simplon ou OpenClassrooms. Ensuite, la promotion des hubs technologiques régionaux, comme celui de Bordj Bou Arréridj, pourrait être renforcée en s’inspirant des clusters capverdiens, qui misent sur une spécialisation sectorielle (agritech, tourisme digital).

Un appel à une stratégie nationale intégrée
L’exemple du Cap-Vert montre qu’une politique numérique efficace repose sur une vision claire et des moyens concrets. En Algérie, la Stratégie nationale pour la transformation numérique (SNTN) 2020-2024 a posé des bases, mais son application reste inégale. Pour rattraper son retard, le pays pourrait s’appuyer sur des acteurs locaux comme Algeria Venture, un fonds d’investissement dédié aux start-up, ou Djezzy Innovation, qui soutient les projets technologiques. Une collaboration plus étroite entre le secteur public, les universités et les investisseurs privés serait également déterminante.

Des retombées économiques à anticiper
Le développement de l’écosystème numérique capverdien a déjà des répercussions tangibles : selon We are Tech, le secteur des technologies représente désormais 5 % du PIB de l’archipel, avec une croissance annuelle de 12 %. En Algérie, où le numérique ne contribue qu’à 2 % du PIB, selon le Ministère de l’Économie numérique, les marges de progression sont immenses. Des secteurs comme l’agriculture, la santé ou les services publics pourraient bénéficier d’une digitalisation accélérée, à condition de lever les barrières bureaucratiques et de favoriser l’accès au financement.

Un benchmark utile pour l’Algérie
Le Cap-Vert, malgré sa taille modeste, démontre qu’une volonté politique couplée à des mesures concrètes peut transformer un écosystème numérique. Pour l’Algérie, ce cas d’étude offre une feuille de route : simplifier les démarches, investir dans la formation, et créer des ponts entre les acteurs publics et privés. Sans copier servilement le modèle, le pays pourrait s’en inspirer pour construire une économie numérique plus compétitive, adaptée à ses réalités et à ses ambitions.

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