L’Algérie vise l’autosuffisance avec la plus grande ferme laitière

Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Youcef Cherfa, a confirmé récemment que l’Algérie s’apprête à inaugurer la plus grande ferme laitière au monde, un projet phare dans sa stratégie d’autosuffisance alimentaire. Située dans la wilaya de Biskra, cette exploitation s’étend sur 12 000 hectares et ambitionne de produire 500 millions de litres de lait par an, soit près de 20 % de la consommation nationale. Selon La Patrie News, cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan quinquennal 2020-2024, prolongé jusqu’en 2025, qui mise sur les grands projets agricoles pour réduire la dépendance aux importations.

Un investissement colossal pour un secteur stratégique

La ferme abritera 50 000 vaches laitières, principalement de race Holstein, importées d’Europe et d’Amérique du Nord. Pour assurer leur alimentation, des cultures fourragères comme la luzerne et le maïs seront développées sur place, réduisant ainsi les coûts logistiques. Le ministre a souligné que ce modèle pourrait être dupliqué dans d’autres wilayas, comme El Oued et Ouargla, où les conditions climatiques sont similaires.

Réduire la facture des importations

Cependant, des experts du secteur, interrogés par El Watan, pointent des défis persistants. Le vétérinaire et consultant agricole Kamel Benouaret met en garde contre les risques sanitaires liés à la concentration d’un cheptel aussi important. « Une épidémie comme la fièvre aphteuse pourrait anéantir des années d’investissement. Il faut un système de biosécurité irréprochable », explique-t-il. Par ailleurs, la formation des éleveurs locaux reste un enjeu, car la gestion d’un tel complexe nécessite des compétences techniques spécifiques.

Une ambition céréalière en parallèle

Les agriculteurs bénéficient de subventions pour l’achat de semences certifiées et d’équipements modernes, comme des moissonneuses-batteuses. Selon L’Expression, les résultats sont déjà visibles : la wilaya de Sétif a enregistré une récolte record de 1,2 million de tonnes de blé en 2024, grâce à des variétés résistantes à la sécheresse. « Nous avons réduit nos importations de 15 % en un an », se félicite un responsable de la Chambre d’agriculture de Sétif.

Des défis structurels à surmonter

Pour pallier ce déficit, le gouvernement mise sur le dessalement d’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Un projet pilote est en cours à Mostaganem, où une station de dessalement alimentera 10 000 hectares de terres agricoles. Cependant, ces solutions restent coûteuses et limitées en capacité.

Un autre défi est la gestion des terres agricoles. Selon Le360, près de 2 millions d’hectares de terres collectives sont sous-exploitées, faute d’investissements. Le gouvernement a annoncé un soutien financier de 50 milliards de dinars pour valoriser ces terres, mais les procédures administratives ralentissent leur mise en valeur. « Les agriculteurs attendent des titres de propriété clairs pour investir. Sans sécurité foncière, les projets restent au point mort », explique un expert du ministère de l’Agriculture.

Un modèle à consolider

Pour les consommateurs algériens, cette stratégie pourrait se traduire par une baisse des prix et une meilleure disponibilité des produits locaux. Mais comme le souligne un rapport de la FAO publié en 2024, « l’autosuffisance ne se décrète pas, elle se construit avec des politiques cohérentes et des investissements durables ». L’Algérie en a les moyens, à condition de maintenir le cap.

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