Cette semaine, le ministère du Commerce algérien a annoncé la levée de la taxe DAPS (Droit Additionnel Provisoire de Sauvegarde) sur les importations de viandes rouges et blanches. Une décision qui pourrait redessiner le marché national à l’approche du Ramadhan 2025, selon les acteurs du secteur.
D’après un communiqué publié par horizons.dz, cette mesure, effective depuis janvier 2024, vise à « stabiliser les prix et sécuriser l’approvisionnement » en protéines animales. Le DAPS, instauré en 2020 pour protéger la production locale, imposait une taxe de 30% sur les viandes importées. Son abolition intervient alors que les prix des viandes rouges ont connu des hausses répétées, comme le rapportait Le360 en août 2024, avec des augmentations de 15 à 20% sur les marchés de Casablanca, un indicateur souvent corrélé aux tendances algériennes.
Un marché sous tension
La Fédération nationale des importateurs de viandes, représentée par son président Abdelkader Bahbou, a salué cette décision. « Cela permettra d’éviter les pénuries pendant le Ramadhan, période où la demande explose », a-t-il déclaré à L’Algérie Aujourd’hui. Bahbou a toutefois souligné que les stocks actuels, estimés à 50 000 tonnes pour les viandes rouges, devraient suffire jusqu’à fin mars 2025, malgré les craintes exprimées par les consommateurs.
Les professionnels du secteur pointent du doigt les coûts logistiques et les fluctuations des prix internationaux. « Le Brésil et l’Argentine, principaux fournisseurs de l’Algérie, ont augmenté leurs tarifs de 12% depuis 2023 », explique un grossiste d’Alger sous couvert d’anonymat. La suppression du DAPS pourrait compenser cette hausse, mais les observateurs restent prudents. « L’impact sur les prix dépendra de la réactivité des importateurs et de la transparence des circuits de distribution », note un économiste cité par Algerie Eco.
Réactions mitigées des éleveurs locaux
Du côté des producteurs nationaux, la mesure suscite des réserves. La Chambre nationale de l’agriculture (CNA) craint une concurrence déloyale. « Nos éleveurs subissent déjà la hausse des aliments pour bétail et le manque d’infrastructures. Supprimer le DAPS sans plan de soutien, c’est les asphyxier », déclare son président, Mohamed Larbi. En 2023, l’Algérie a produit 450 000 tonnes de viande rouge, couvrant à peine 60% de la demande locale, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture.
Le gouvernement mise sur des contreparties. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a annoncé en septembre 2025 un renforcement de la « surveillance 24h/24 du marché agricole », avec des brigades mixtes (douanes, police économique) pour traquer les fraudes. « Nous allons aussi accélérer les subventions aux éleveurs, notamment pour les races locales comme l’Ouled Djellal », a-t-il précisé lors d’une visite à Sétif.
Ramadhan 2025 : entre espoir et incertitudes
À Alger, 18 marchés de proximité ont été aménagés pour le mois sacré, comme l’a révélé Algerie Eco. Ces espaces, censés offrir des prix encadrés, seront approvisionnés en priorité par les importations. « Les viandes blanches, moins taxées, pourraient devenir une alternative pour les ménages », estime un boucher de Bab Ezzouar. Pourtant, les consommateurs restent sceptiques. « En 2024, les prix avaient déjà flambé malgré les contrôles. Qu’est-ce qui changera cette année ? », s’interroge Fatima, une cliente du marché de Kouba.
La suppression du DAPS s’inscrit dans une stratégie plus large de libéralisation partielle du secteur. En juin 2026, l’Algérie prévoit de lancer un programme de « fertilisation biologique » pour réduire sa dépendance aux engrais chimiques, selon horizons.dz. Une initiative qui, si elle porte ses fruits, pourrait à terme renforcer la compétitivité des éleveurs locaux.
Un pari risqué ?
Pour les analystes, la clé réside dans l’équilibre entre importations et production nationale. « L’Algérie ne peut pas se passer des importations à court terme, mais elle doit investir dans les abattoirs modernes et les circuits de distribution », souligne un rapport de la Banque mondiale publié en 2023. Le pays importe actuellement 70% de ses besoins en viandes, un taux parmi les plus élevés du Maghreb.
Reste à savoir si la mesure suffira à calmer les tensions sur les prix. En novembre 2024, Le360 avait révélé que les viandes importées coûtaient en moyenne 1 800 DA/kg en Algérie, contre 1 200 DA pour les viandes locales. Sans filet de sécurité pour les éleveurs, le risque est de voir ces écarts se creuser, au détriment des petits producteurs.
Pour l’heure, les Algériens attendent de voir si cette décision se traduira par des étals mieux garnis et des factures allégées. Une chose est sûre : le Ramadhan 2025 sera un test grandeur nature pour la nouvelle politique agricole du pays.