L’Algérie réduit ses importations de médicaments de 800 millions d’euros

Cette semaine, le ministère algérien de l’Industrie pharmaceutique a confirmé une baisse significative des dépenses liées aux importations de médicaments. Selon les données officielles relayées par l’Établissement national de produits pharmaceutiques (ENPHP), la facture des importations devrait diminuer de 800 millions d’euros d’ici la fin de l’année 2025. Cette réduction s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’autonomie du secteur pharmaceutique national.

D’après les déclarations du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, cette baisse est le résultat direct des investissements réalisés dans la production locale. Plusieurs usines ont été inaugurées ou sont en cours de construction, notamment dans les domaines des médicaments anticancéreux et des injectables. L’usine d’Hikma Algérie, spécialisée dans les produits injectables, a été mise en service en juin 2025 à Alger. Cette infrastructure permet désormais de couvrir une partie des besoins nationaux, réduisant ainsi la dépendance aux importations.

Les chiffres publiés par l’ENPHP montrent que l’Algérie a importé pour plus de 2,5 milliards d’euros de médicaments en 2020. Cette dépendance aux marchés étrangers a été identifiée comme un risque majeur pour la sécurité sanitaire du pays, notamment lors des pénuries observées pendant la pandémie de Covid-19. En 2021, une pénurie de paracétamol avait notamment suscité des inquiétudes, poussant les autorités à accélérer les projets de production locale.

Pour soutenir cette transition, le gouvernement a mis en place plusieurs mesures. En juillet 2023, les droits d’importation sur les médicaments ont été réduits pour faciliter l’accès aux matières premières nécessaires à la fabrication locale. Par ailleurs, le ministère a annoncé en juin 2022 de nouvelles réglementations pour encadrer les importations, privilégiant les produits non fabriqués en Algérie. Ces mesures visent à éviter les doublons et à optimiser les dépenses publiques.

Les industriels locaux saluent cette dynamique. Selon Saïd Aït Messaoudène, président de l’Association des producteurs algériens de médicaments (APAM), « la production nationale couvre désormais près de 60 % des besoins en médicaments essentiels, contre seulement 30 % il y a cinq ans ». Il souligne également que plusieurs laboratoires algériens ont obtenu des certifications internationales, leur permettant d’envisager l’exportation. Le ministre Benbahmed a d’ailleurs confirmé en juillet 2025 la construction d’une unité de stérilisation destinée à l’export, marquant une nouvelle étape dans l’ambition algérienne de devenir un hub pharmaceutique régional.

Cependant, des défis persistent. Certains médicaments, notamment ceux destinés au traitement des maladies rares ou des cancers, restent difficiles à produire localement en raison de leur complexité technologique. Les autorités misent sur des partenariats avec des groupes étrangers pour combler ces lacunes. Hikma Algérie, filiale du groupe jordanien Hikma Pharmaceuticals, en est un exemple. Son usine d’Alger produit déjà des solutions injectables, et d’autres projets similaires sont en discussion.

Les économies réalisées grâce à la réduction des importations pourraient être réinvesties dans le secteur. Le ministère de l’Industrie pharmaceutique envisage de financer la recherche et développement, ainsi que la formation des professionnels de santé. L’objectif est de créer un écosystème pharmaceutique intégré, capable de répondre aux besoins nationaux tout en se positionnant sur les marchés étrangers.

Cette stratégie s’aligne sur les orientations économiques du président Abdelmadjid Tebboune, qui a fait de la substitution aux importations une priorité. Dans un discours récent, il a rappelé que « l’Algérie doit produire ce qu’elle consomme et consommer ce qu’elle produit ». Le secteur pharmaceutique, en raison de son importance stratégique, est l’un des premiers à bénéficier de cette politique.

Les résultats obtenus jusqu’à présent montrent que cette approche porte ses fruits. Selon les projections de l’ENPHP, la part des médicaments produits localement pourrait atteindre 70 % d’ici 2027. Cette autonomie accrue permettrait non seulement de réduire les dépenses en devises, mais aussi de garantir un approvisionnement stable en médicaments, même en cas de crises internationales.

Pour les citoyens, cette transition se traduit par une meilleure disponibilité des médicaments essentiels. Les pénuries, qui ont marqué les années précédentes, devraient devenir moins fréquentes. Cependant, les autorités appellent à la vigilance, notamment pour éviter les ruptures de stock liées à des problèmes logistiques ou à des retards dans les approvisionnements en matières premières.

En parallèle, le gouvernement travaille à renforcer le contrôle qualité des médicaments produits localement. L’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) a intensifié ses inspections et ses audits pour garantir que les produits fabriqués en Algérie répondent aux normes internationales. Cette rigueur est essentielle pour maintenir la confiance des professionnels de santé et des patients.

La réduction des importations de médicaments est donc un enjeu à la fois économique et sanitaire. Elle s’inscrit dans une vision plus large de développement industriel, où l’Algérie cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Le secteur pharmaceutique, en pleine expansion, pourrait devenir un pilier de cette nouvelle économie, à condition de surmonter les défis technologiques et logistiques qui subsistent.

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