L’Algérie a officiellement soumis 11 nouveaux sites à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO pour 2025. Cette démarche, annoncée récemment par le ministère de la Culture et des Arts, marque une étape majeure dans la valorisation du patrimoine national. Selon Afrik, qui a relayé l’information, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de promotion du tourisme culturel et historique du pays.
Parmi les sites proposés figurent des ensembles archéologiques, des paysages naturels et des centres urbains historiques. Le parc archéologique de Timgad, déjà partiellement classé, pourrait voir son périmètre étendu. La vallée du M’zab, avec ses cinq ksour, est également candidate à une reconnaissance élargie. D’autres sites comme les gravures rupestres du Tassili n’Ajjer, déjà classées depuis 1982, pourraient bénéficier d’une nouvelle inscription pour des zones adjacentes.
Le ministère de la Culture a travaillé en collaboration avec des experts internationaux pour préparer les dossiers. Selon des sources proches du dossier, les documents techniques ont été finalisés en juin 2025. Chaque candidature comprend une étude détaillée de la valeur universelle exceptionnelle du site, ainsi qu’un plan de gestion et de conservation.
Cette démarche intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier son offre touristique. Le pays compte actuellement sept sites classés par l’UNESCO, dont la casbah d’Alger, Djemila et Tipasa. Une reconnaissance supplémentaire renforcerait la position de l’Algérie comme destination culturelle majeure en Afrique du Nord.
Des sites variés à travers le territoire
Les 11 sites proposés couvrent différentes périodes historiques et régions géographiques. Dans le sud, le ksar de Ouadane et les oasis de Timimoun figurent parmi les candidats. Le nord n’est pas en reste avec la médina de Tlemcen et le site romain de Tiddis. La diversité des propositions reflète la richesse du patrimoine algérien, des vestiges préhistoriques aux monuments islamiques.
Le parc national du Tassili n’Ajjer, déjà classé, pourrait voir son périmètre étendu pour inclure de nouvelles zones de gravures rupestres. Ces œuvres, datant de plusieurs millénaires, représentent une source précieuse pour l’étude des sociétés préhistoriques du Sahara. Les experts soulignent leur importance pour comprendre les changements climatiques et les modes de vie anciens.
À l’est du pays, le site de Timgad, fondé par l’empereur Trajan en 100 après J.-C., est considéré comme l’un des exemples les mieux préservés de ville romaine en Afrique du Nord. La candidature propose d’étendre la zone protégée pour inclure des vestiges supplémentaires récemment mis au jour.
Une stratégie touristique ambitieuse
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan « Horizon 2025 » pour le développement du tourisme en Algérie. Le gouvernement vise à attirer 5 millions de touristes étrangers d’ici 2027, contre environ 2,5 millions en 2023. La promotion du patrimoine culturel constitue un axe central de cette stratégie.
Selon des chiffres du ministère du Tourisme, les sites classés à l’UNESCO attirent en moyenne 30% de visiteurs supplémentaires par rapport aux sites non classés. Une inscription réussie pourrait donc avoir un impact significatif sur l’économie locale des régions concernées.
Les autorités algériennes ont également annoncé des investissements dans les infrastructures touristiques autour des sites proposés. Des projets de réhabilitation d’hôtels et de création de musées sont en cours dans plusieurs villes. À Tlemcen, par exemple, un nouveau musée dédié à l’histoire de la ville doit ouvrir ses portes en 2026.
Défis et enjeux de la conservation
La préparation des dossiers a révélé plusieurs défis en matière de conservation. Certains sites, comme les ksour du M’zab, font face à des pressions urbaines croissantes. Les experts ont souligné la nécessité de mieux protéger ces ensembles architecturaux traditionnels tout en permettant leur développement économique.
Le site de Timgad, bien que bien préservé, nécessite des travaux de restauration pour certains monuments. Le ministère de la Culture a annoncé un budget de 1,2 milliard de dinars pour la restauration des sites proposés. Ces fonds serviront notamment à la consolidation des structures fragiles et à la formation de personnel spécialisé.
La gestion des flux touristiques constitue un autre enjeu majeur. Les autorités prévoient de mettre en place des systèmes de réservation en ligne et de limiter le nombre de visiteurs sur certains sites sensibles. Ces mesures visent à concilier préservation du patrimoine et développement touristique.
Réactions et attentes
La communauté archéologique et historique algérienne a salué cette initiative. Le professeur Kamel Eddine Fekhar, spécialiste du patrimoine saharien, a déclaré à l’APS que cette démarche « reconnaît enfin l’importance mondiale du patrimoine algérien ». Il a cependant souligné la nécessité de poursuivre les efforts de recherche et de protection.
Les opérateurs touristiques locaux voient dans cette candidature une opportunité de développement. Mohamed Benali, président de la Fédération nationale des agences de voyage, a indiqué que « ces classements pourraient positionner l’Algérie comme une destination culturelle incontournable ». Il a appelé à une meilleure promotion des sites à l’international.
La décision finale de l’UNESCO devrait intervenir lors de la session du Comité du patrimoine mondial prévue en juin 2026. En cas de succès, l’Algérie pourrait devenir l’un des pays africains comptant le plus de sites classés, devant le Maroc et l’Égypte. Cette reconnaissance internationale renforcerait également la position du pays dans les instances culturelles mondiales.