L’Algérie produit son premier vaccin anti-Covid

L’Algérie a franchi une étape décisive dans son autonomie pharmaceutique avec le lancement récent de la production locale d’un vaccin contre le Covid-19. Selon Allo Docteurs, ce projet, mené par le groupe public Saidal en partenariat avec des laboratoires internationaux, marque un tournant pour le secteur de la santé algérien. Le vaccin, dont le nom n’a pas encore été officiellement dévoilé, est produit dans l’usine de Saidal à Constantine, modernisée pour répondre aux normes internationales de fabrication.

Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a confirmé cette avancée lors d’une visite sur le site de production en juin 2025. « Cette réalisation s’inscrit dans la stratégie du président Abdelmadjid Tebboune visant à réduire la dépendance aux importations de médicaments et à renforcer la souveraineté sanitaire du pays », a-t-il déclaré. Le groupe Saidal, qui domine le marché pharmaceutique algérien avec plus de 60% des parts, avait déjà annoncé en 2023 son ambition de produire des vaccins locaux, mais les retards dans les partenariats techniques avaient repoussé le calendrier.

Un partenariat technique avec la Chine

Cette collaboration s’ajoute à d’autres initiatives algéro-chinoises dans le domaine médical, comme la construction d’un complexe pharmaceutique à Sidi Abdallah (Alger) en 2024. Le choix de Sinovac s’explique par son expérience dans les pays à revenus intermédiaires, où les contraintes logistiques (comme la chaîne du froid) sont similaires à celles de l’Algérie.

Réduction des coûts et accès aux soins

Cette économie est cruciale dans un contexte de tensions sur les finances publiques. Le budget de la santé a été réduit de 12% en 2024 en raison de la baisse des recettes pétrolières, selon le rapport annuel de la Cour des comptes. La production locale de vaccins pourrait aussi atténuer les pénuries récurrentes, comme celles qui ont touché les médicaments anticancéreux en 2023 et 2024, dénoncées par des associations comme l’Algerian Cancer Society.

Défis logistiques et réglementaires

Un autre défi est la méfiance d’une partie de la population envers les vaccins locaux. Une enquête menée en 2024 par l’Office national des statistiques (ONS) révélait que 38% des Algériens préféraient les vaccins importés, perçus comme plus sûrs. Pour y remédier, le ministère de la Santé prévoit une campagne de communication mettant en avant les contrôles stricts de l’ANPP et les partenariats internationaux.

Une première étape vers d'autres vaccins

Cette ambition s’aligne sur le plan quinquennal 2025-2029 du gouvernement, qui prévoit d’investir 150 milliards de dinars dans l’industrie pharmaceutique. Le secteur emploie actuellement 25 000 personnes, mais pourrait en créer 10 000 supplémentaires d’ici 2027, selon les projections du ministère de l’Industrie.

Réactions des professionnels de santé

Les associations de patients, comme l’Association algérienne de lutte contre le sida (ALCS), appellent également à étendre cette autonomie à d’autres traitements. « Pourquoi ne pas produire des antirétroviraux localement ? Cela réduirait les coûts et éviterait les ruptures de stock », propose son secrétaire général, Kamel Eddine Aissat.

Perspectives économiques

Cette autonomie pourrait aussi positionner l’Algérie comme un acteur régional. Des pays voisins, comme la Tunisie ou la Mauritanie, ont déjà manifesté leur intérêt pour importer le vaccin algérien. « C’est une opportunité pour exporter notre savoir-faire et renforcer notre influence en Afrique », estime un analyste économique cité par Liberté.

Un modèle à reproduire

Cette approche s’inspire de modèles comme celui de l’Inde, qui produit 60% des vaccins utilisés dans les pays en développement. Pour l’Algérie, le défi sera de passer de la production de vaccins à celle de médicaments plus complexes, comme les anticancéreux ou les traitements contre le diabète. Un objectif ambitieux, mais réalisable si les investissements et les réformes réglementaires suivent.

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