L’Algérie a réaffirmé récemment son engagement en faveur de la création de la Banque africaine de l’énergie (BAE), une institution financière panafricaine destinée à financer les projets énergétiques sur le continent. Selon El Watan, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la coopération économique entre les pays africains et à accélérer leur transition énergétique.
La BAE, dont le principe a été acté lors du sommet de l’Union africaine en 2021, peine encore à se concrétiser. L’Algérie, forte de ses réserves gazières et de son expérience dans le secteur énergétique, se positionne comme un acteur clé pour donner une impulsion décisive à ce projet. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a souligné lors d’une récente intervention que cette banque pourrait jouer un rôle central dans le financement des infrastructures énergétiques, notamment les projets d’énergies renouvelables et les interconnexions électriques entre pays africains.
Un levier pour la souveraineté énergétique africaine
La BAE est conçue pour répondre à un double défi : réduire la dépendance du continent aux financements extérieurs et accélérer le développement des ressources énergétiques locales. Selon des sources proches du dossier, l’Algérie envisage d’y contribuer à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars, un engagement qui pourrait inciter d’autres pays à suivre. Le Nigeria, l’Égypte et l’Afrique du Sud, également membres fondateurs potentiels, ont montré un intérêt croissant pour ce mécanisme.
L’institution permettrait de mutualiser les risques et d’attirer des investissements privés, souvent réticents à s’engager dans des projets énergétiques en Afrique en raison des incertitudes politiques et économiques. « La BAE pourrait devenir un outil de stabilisation pour les pays qui peinent à mobiliser des capitaux pour leurs projets énergétiques », explique un expert du secteur interrogé par El Watan.
Des obstacles persistants
Malgré l’enthousiasme des promoteurs du projet, plusieurs défis subsistent. Le premier concerne la gouvernance de la banque : les pays membres doivent encore s’entendre sur les modalités de prise de décision, la répartition des quotes-parts et les critères d’éligibilité des projets financés. Certains États, comme le Maroc, ont exprimé des réserves sur la structure proposée, craignant une marginalisation des pays non producteurs d’hydrocarbures.
Un autre enjeu est celui du financement initial. Si l’Algérie et d’autres pays producteurs de pétrole et de gaz sont prêts à injecter des fonds, la participation des pays moins dotés en ressources naturelles reste incertaine. « Sans une contribution significative des économies africaines les plus dynamiques, comme le Kenya ou la Côte d’Ivoire, la banque risque de manquer de liquidités pour lancer des projets ambitieux », note un analyste financier algérien.
L’Algérie mise sur son leadership régional
Pour l’Algérie, le soutien à la BAE s’inscrit dans une stratégie de repositionnement sur la scène africaine. Après des années de relations tendues avec certains voisins, notamment le Maroc, Alger cherche à renforcer ses partenariats économiques avec le reste du continent. La récente visite du président Abdelmadjid Tebboune en Afrique de l’Ouest, où il a signé plusieurs accords dans le domaine de l’énergie, témoigne de cette volonté.
Le pays mise également sur son expertise dans le gaz naturel, une ressource de plus en plus convoitée en Europe et en Asie, pour attirer des investisseurs vers la BAE. « L’Algérie a tout intérêt à ce que cette banque voie le jour, car elle pourrait devenir un canal privilégié pour exporter son savoir-faire et ses technologies dans le domaine énergétique », estime un économiste algérien.
Prochaines étapes
D’après El Watan, une réunion des pays fondateurs est prévue dans les prochains mois pour finaliser les statuts de la banque. L’Algérie a proposé d’accueillir le siège de l’institution à Alger, une proposition qui devra être validée par les autres membres. Si les négociations aboutissent, la BAE pourrait commencer ses activités d’ici fin 2026, avec un capital initial estimé à 5 milliards de dollars.
Pour l’Algérie, ce projet représente une opportunité de diversifier ses partenariats économiques et de consolider son rôle de leader énergétique en Afrique. Reste à savoir si les autres pays du continent partageront cette vision et accepteront de s’engager financièrement pour faire de la BAE une réalité.